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La Fontaine à La Traverse…

Pour une fois, je me tais, parce qu'il n'y a rien, mais alors rien à ajouter.

Je laisse la parole à... Je vous laisse deviner.

Pas de micmac, oui, je l’avoue, le Mac n’est pas ma Mecque:

Je ne suis pas un mec à Mac et quoique je clique, deux claques je mérite: paf! paf!, je vous jure que ça fait mal.

En suis-je moins un homme?

D’ailleurs, à ce sujet, je ne fais pas que des couacs je suis le fier père de François.

Puisque je le cite, il m’a demandé de vous parler ici de moi, ou plutôt du spectacle: «Fables et Contes de Jean de la Fontaine» que je présente au Théâtre de La Traverse, à Genève.

Qu’en dire? François est venu hier le photographier et ses images parleront probablement mieux que des mots.

J’essaye, tout de même:

La Fontaine, je me souviens d’un «débile poète» que, à l’école primaire, j’ânonnais à travers une Cigale et sa commère Fourmi, qui se plaisait à m’envoyer «danser» si j’imaginais chanter durant un été.

Le prof en concluait qu’il fallait travailler si l’on voulait avoir ensuite de quoi bouffer…

–Non, mais hé! tu viens d’où toi? T’es ouf? Moi je te dis que d’abord tu t’amuses, on verra bien après, comme si ça existait «après»…

Oui, ça tombait mal, j’aimais par-dessus tout chanter Brassens, Brel, Piaf, Ferré, Montand et plein d’autres encore.

Alors, sans me soucier des pédantes leçons, pendant longtemps j’ai chanté, tout ce que j’aimais. Des poèmes, les miens, ceux des autres, nombreux: Baudelaire, Prévert, Boby Lapointe, sont devenus en moi des secondes natures, m’ont grandi, malaxé, mûri…

L’autre jour, il y a deux ans, donc, un ami m’a offert «Contes et Nouvelles» de Jean de La Fontaine, que je ne connaissais pas.

J’ai lu et… je suis tombé dans la marmite.

J’ai compris que La Fontaine, loin d’être le moraliste qu’on m’avait enseigné était avant tout un viveur, un gai luron qui, avec une écriture d’une beauté remarquable nous parlait de la vie en termes de plaisir, d’amour: ça me plaisait bien.

La subtilité de sa langue, de ses images poétiques, m’a convaincu qu’il fallait le proposer au public dans sa véritable identité: un sage, à travers ses Fables, un viveur, un amoureux de la vie, à travers ses Contes: médaille et son revers, un peu vous, beaucoup moi…

Christiane Cuneo à la console lumière...

Le tout mis ensemble en fait un être subtil et, trois cent cinquante ans après qu’il a vécu, encore bien présent, intéressant.

Aujourd’hui le spectacle est là, je n’ai plus rien à en dire qu’à vous le proposer: à vous de voir…

Avec plaisir?

Roger Cuneo

 

 

Fables et Contes de Jean de La Fontaine
par Roger Cuneo
du 18 au 29 janvier au Théâtre de La Traverse
50, Rue de Berne, Genève
du 18 au 29 janvier à 20 h 30
Relâche dimanche et lundi
Réservations 022 909 88 94 ou www.mqpaquis.ch

23 commentaires
1)
Franck_Pastor
, le 18.01.2005 à 00:07
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Une famille d’amoureux de la littérature, dites donc !

2)
Jonathan
, le 18.01.2005 à 00:38
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Bravo ! les photos sont tout simplement magnifique !!!

4)
Okazou
, le 18.01.2005 à 05:07
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« J’ai compris que La Fontaine, loin d’être le moraliste qu’on m’avait enseigné était avant tout un viveur, un gai luron qui, avec une écriture d’une beauté remarquable nous parlait de la vie en termes de plaisir, d’amour: ça me plaisait bien. »

Roger — enchanté de faire ainsi ta connaissance —, tu ne me feras jamais croire que tu ignorais que le plaisir tient nécessairement sa morale. On pourrait même se demander pourquoi certains se plaisent à opposer plaisir et morale. Diaboliser le plaisir en refusant de lui reconnaître une morale est toujours une tentative du pouvoir (temporel ou religieux) d’accentuer sa mainmise sur les hommes.

La vie de patachon menée par Jean de La Fontaine et l’écriture d’œuvres quelque peu libertines (de fait plus coquines que libertines — illustrées à une époque sur France 3) fut peut-être une réaction de sauvegarde face à la morale religieuse intransigeante et tout puissante de l’époque, notamment lorsque la Montespan se mit à la colle avec le grand Louis (ou Louis le Grand, comme on voudra). Le goût du plaisir n’y fut sans doute pas pour rien non plus. On ne force pas sa nature !

Comment Louis prit-il les fables de Jean ? Sans doute assez mal puisqu’elle sont dénonciatrices des hypocrisies de l’époque et critiques vis-à-vis du pouvoir. La Fontaine avait-il conscience de travailler pour la postérité autant que pour son époque ? La valeur universelle de ses fables et leur intemporalité les rendent inusables et les placent dans les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale.

Sans doute La Fontaine fut-il un grand moraliste par son refus de voir la morale nuire et contraindre au lieu de servir et libérer.


Un mot pour François, pour lui dire que si le plaisir d’enseigner l’abandonne il pourra toujours se muer en photographe de plateau ;-)
Le profil2 est superbe et cela ne tient pas qu’à la justesse de l’expression de l’artiste, l’autre : papa !


P.-S. : J’allais oublier de vous inviter à visiter Jean de La Fontaine qui passe désormais ses nuits et ses jours ici , aux côtés de Molière. Demandez La Fontaine, on vous mènera à lui.


« L’intensité du plaisir est proportionnelle à la conscience qu’on en a. »

5)
Mirou
, le 18.01.2005 à 09:19
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Wow !
Quel sublime article ! Voilà enfin un moraliste du plaisir comme je les aime. Au diable le travail acharné ! Ce qui compte, c’est l’amour de ce qu’on fait. Il nous mènera là où l’on doit !

La famille Cuneo a donc plein de ressources dans son mac… sac pardon.

Roger : à quand une chronique hebdomadaire sur CUK ? Cette écriture rafraichissante fait du bien !

6)
Inconnu
, le 18.01.2005 à 11:03
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Mais quelle famille !
Merci de faire (re)découvrir La Fontaine, largement dévalué par les ânonnements scolaires. De ce fait, il a été cantonné dans les salles de classe, à preuve pour lui d’éduquer les chères têtes blondes.
Mais son génie, en digne héritier d’Esope, de Rabelais, dans la tradition humaniste, c’est de proposer plusieurs niveaux de lecture et, si on dépasse le pensum de la récitation et de la morale laïque et obligatoire, on s’aperçoit qu’il y a là une formidable connaissance de l’âme humaine, une philosophie de la vie exemplaire.
Ethnologue ? Sociologue ? Philosophe ? Poète ? Humoriste ? Conteur ? Il est tout cela à la fois et c’est pour cela qu’il reste toujours moderne et qu’il est bon de le faire connaître.

Oulà ! Je m’emporte, je m’emporte moi et j’ai quelque chose sur le feu…

Je terminerai par cette citation d’Etzel Andergast : « l’âme humaine est à l’instar de Windows : plus on rajoute de couches, plus elle bogue. »

;-)

^. .^ GerFaut
=U= http://gerfaut.com
, http://equinoxiale.com
GerFaut c’est frais, mais c’est pas grave.

9)
Inconnu
, le 18.01.2005 à 14:04
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Ca donne envie, ce spectacle. Mais Genéve est bien trop loin de chez moi :(
Francois, tu peux pas réaliser le DVD de la pièce?

10)
Caplan
, le 18.01.2005 à 14:21
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Merci, Roger! Merci encore!

J’ai eu le plaisir et le grand privilège d’entendre Roger Cuneo dire des textes de Boby Lapointe et de Jacques Prévert: époustouflant!

Les photos de François sont magnifiques, mais je peux vous dire qu’il manque l’essentiel: le son!

C’est pas croyable de voir quelqu’un s’approprier à ce point un texte! De le vivre, D’ETRE le texte. Quel talent! Boudiou quel talent!

Si vous croisez une affiche annonçant un de ses spectacles: ALLEZ-Y! Ne faites pas la connerie de votre vie en restant chez vous…


Petit cours de guitare sommaire :
Une guitare…est un instrument… en forme de
guitare…qui comporte six cordes. Si l’on partage la
guitare en deux par le milieu (ce qui n’est pas à
conseiller…)
On obtient deux moitiés de guitare… et …3 cordes
d’un côté… 3 cordes de l’autre.
Ces 3 cordes du haut s’appellent par conséquent
les basses.. en guitare « classique » !
En guitare « sommaire » on ne les appelle pas : on
les ignore !
La grosse difficulté de la guitare sommaire est
d’éviter de toucher à ces cordes du haut qu’on
appelle « les basses. »
Pour ce : ne tripotons pas la guitare avec tous les
doigts…
Servons nous uniquement du pouce…
Comme son nom l’indique « Pouce » ça ne compte
pas.
Pouce, c’est pour rire : Ah ! Ah ! Ah ! Ah !… Assez
ri…

Quel souvenir…

11)
MadMac
, le 18.01.2005 à 18:48
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Comment Louis prit-il les fables de Jean ? Sans doute assez mal puisqu’elle sont dénonciatrices des hypocrisies de l’époque et critiques vis-à-vis du pouvoir.

En fait, Jean de La Fontaine était un des protégés de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV, tombé en disgrâce, embastillé puis exilé après la célèbre fête de trois jours (orchestrée par Vatel, voir le film éponyme de Roland Joffé, avec Gérard Depardieu) à l’occasion de l’achèvement de son château de Vaux-le-Vicomte . Le Roi Soleil n’apprécia guère que son ministre des Finances lui fît de l’ombre, ce qui est du reste d’une troublante actualité en France. ;-))
La comparaison s’arrête là, parce que Fouquet collectait lui-même les impôts, faute d’administration royale, et se servait copieusement au passage.

MadMac

12)
Franck_Pastor
, le 18.01.2005 à 19:24
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… Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV, tombé en disgrâce, embastillé puis exilé

Petite précision : il avait été effectivement condamné à l’exil à la vie, mais Louis XIV, n’étant pas satisfait de cette peine, la commua en détention à perpétuité, et il termina sa vie à la forteresse de Pignerol (Pinerolo, alors Française) au Piémont, où était aussi enfermé le fameux « Masque de Fer »… Le comble de l’absurde est que Fouquet mourut alors que Louis XIV signait son décret de libération.

13)
alec6
, le 18.01.2005 à 21:38
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… hum, quelques décennies plus tard on raccourcissait quelques Fermiers généraux histoire de leur apprendre les bonnes manières.
Parfois je me dis qu’on devrait faire de même avec les bandits et les crapules qui nous gouvernent ! Cela aiderait peut être les français à combattre la « sinistrose » (cf Le Monde de ce soir) qui les (nous) envahit.

Alexis… debout les damnés de la terre !

14)
Iris
, le 18.01.2005 à 22:43
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J’ai beaucoup apprécié les spectacles de Prévert et de Bobby Lapointe.

Roger, vous avez le don de capter l’attention comme j’ai rarement vu.

Le « dit » des mots, le rythme, le phrasé font vibrer le texte dans une grande limpidité. Pas de chichis, pas de décor, pas d’accessoire inutile, juste une main qui s’ouvre, un sourcil levé et ça suffit. Très fort!

Juste 2 questions en prime:
Est-ce que le spectacle sera joué ailleurs?
Et l’affiche, elle est aussi de la main de l’artiste? Parce qu’il faut s’attendre à tout avec cette tribu…

16)
Anne Cuneo
, le 18.01.2005 à 23:03
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Iris: comme Roger ne surfe que rarement sur Internet (l’ordinateur et lui ça fait deux bien distincts), je réponds à sa place, moi pour qui l’ordinateur est une extension de mes dix doigts: oui, l’affiche c’est lui qui l’a faite. Car il peint, en plus. Je sors de la première des contes de la Fontaine: éblouissant.
Franck: pour Bruxelles, je suis sûre qu’il n’y a pas de problème. Organise-lui ça, il vient (il ne sait pas que tu souhaites sa venue, en ce moment, mais l’idée, j’en jurerais, lui paraîtrait bonne).

17)
Franck_Pastor
, le 18.01.2005 à 23:30
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Arf, s’il faut que j’organise ça moi-même, on est mal barré : je n’ai aucune idée de la façon de faire, ni aucune connexion dans le monde du spectacle belge. En tout cas, si ça se fait, je suis le premier spectateur !

20)
alec6
, le 19.01.2005 à 14:10
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Ha oui François !
Comme d’habitude je me laisse entraîné sur les pistes de la digression polémiste…
Mais j’ai oublié de te féliciter pour tes photos, un peu plus et je laisserais tomber mon Minox (ça y-est, je recommence…), un peu trop contrastées à mon goût, mais au delà de l’aspect technique, c’est pas mal !

Alexis… tous les défauts !

21)
Iris
, le 19.01.2005 à 14:35
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oui, l’affiche c’est lui qui l’a faite. Car il peint, en plus.

Qu’est-ce que j’disais… Savent décidément tout faire!

A Chavannes, pour nos élèves, dans quelques semaines!

Ah, ben chouette, alors…

Ça me rappelle une petite anecdote lors du spectacle de Roger Cuneo consacré aux poèmes de Prévert dans notre école.
Pour informer les parents, je fais noter aux élèves « Spectacle Prévert » dans la case idoine de leur carnet journalier. Et un gamin, un peu fâché avec les lettres a écrit « Spectacle Pervert » !!!
Nul doute que le poète, qui avait un faible pour les cancres, en eût souri…