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Marcher

(Un texte que je t'invite à lire à haute voix, fût-ce silencieusement, dans ta tête…)

 

Marcher.

Simplement marcher.

Parce que c'est probablement la première victoire que j'ai emportée sur la dépendance,
ma première forme d'autonomie.

L'activité physique la plus basique,
peut-être la plus essentielle.

Marcher pour marcher,
sans autre but que la marche elle-même,
sans autre projet que le mouvement,
sans attente,
mais avec attention

Marcher, simplement marcher.

Nourrir chaque pas de ma présence,
l'investir de ma reconnaissance pour ce qu'il m'offre de vivre,
cette manière unique et irremplaçable de me sentir vivant;
lui accorder toute l'attention qu'il mérite,
pour ne pas le gaspiller.

Marcher avec mes pieds.

Et si ces deux-là ne cessent de se devancer,
il n'y a aucune compétition entre eux.
Au contraire.
Tandis que l'un avance, l'autre le soutient,
lui assurant une stabilité dynamique.
Et tout à l'heure, lorsque viendra son tour d'avancer,
il sait qu'il pourra compter sur son partenaire.

Marcher avec mes jambes.

En étroite complicité avec mes pieds,
par leur balancement et leur support,
mes jambes opèrent une savante succession de déséquilibres maîtrisés
grâce à laquelle je peux avancer.

Marcher avec mes bras.

Par leur balancement inverse à celui des jambes,
ils contribuent à l'équilibre,
apportant un peu de gauche à la droite,
un peu de droite à la gauche.

Marcher avec mon bassin et mes épaules, qui,
entraînés par mes membres dans leur va-et-vient croisé,
impriment à mes viscères un massage bénéfique et vitalisant.

Marcher avec mon souffle.

L'accorder à mes pas, le rythmer,
l'approfondir,
l'apaiser,
le déployer avec reconnaissance.

Marcher avec mon cœur.

Lui qui charge mon sang d’apporter à chaque cellule ce dont elle a besoin,
et qui reçoit en retour ce qu'il convient d'éliminer ou recycler,
il permet à l'extraordinaire machine qu'est mon corps de marcher,
de fonctionner,
d'être une part importante de moi.

Marcher avec mes yeux, mes oreilles, ma bouche,
toute la peau de mon visage.

Tous les sens en éveil,
je reçois la lumière et l’ombre,
les couleurs et les transparences,
le chant des oiseaux et celui du vent dans les arbres,
les odeurs de la nature et des activités humaines,
la chaleur du soleil et la fraîcheur du vent.

Marcher avec mon cerveau aussi.

Bien à l'ombre tout là-haut dans ma tête,
il fait un travail formidable,
humble, mais combien vital,
silencieux, bien qu’habité par de multiples bruits intérieurs,
traversé par d’innombrables pensées,
parfois obsédantes,
parfois nourrissantes;
recevant toutes les informations que mon corps lui adresse,
et renvoyant sans cesse les impulsions au bon endroit et au bon moment
pour que la marche se fasse.
La marche et tout le reste.

Marcher, simplement marcher....

...et apprendre à vivre comme je marche.

 

marcher

 

 

12 commentaires
1)
ysengrain
, le 12.10.2016 à 05:06
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Marcher. Simplement marcher.
Parce que c’est probablement la première victoire que j’ai emportée sur la dépendance,
ma première forme d’autonomie.

Sans aucune provocation de ma part, est il juste de dire qu’une dépendance en a remplacé une autre ?

2)
NewAncien
, le 12.10.2016 à 06:14
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Merci pour ce magnifique texte qui me permet de commencer ma journée en marchant et en chantant tant je trouve le rythme musical.
Ysengrain pose la question du remplacement d’une dépendance pour une autre. En tout cas votre texte poétique est une très belle reconstruction. Bravo

5)
guru
, le 12.10.2016 à 08:49
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Je hais la marche, elle m’est pénible… et pourtant plus de 50 ans de basket et de tennis… Bizarre, non?

6)
Zallag
, le 12.10.2016 à 09:45
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Ah! Dom, là, je ne peux pas manquer de parler d’un article de l’une de mes revues préférées depuis des années, et du fait que, en tant que scientifique, on est sans arrêt surpris de voir tous les aspects auxquels elle peut s’intéresser. Va donc jeter par exemple un coup d’œil ici et peut-être lire aussi cet autre article .

Merci de ta chronique de ce jour, et partons tous d’un bon pied. Pas besoin de iBidule à prendre avec soi, de toute manière il n’arriverait pas à mesurer quoi que ce soit du bien que fait la marche aux neurones.

7)
Dom' Python
, le 12.10.2016 à 09:52
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Merci pour ces premiers commentaires. Mais les deux premiers (ainsi qu’un autre, reçu par mail) me donnent à penser que ma première phrase peut être ambiguë. Le mot dépendance désigne ici celle du bébé par rapport à l’adulte. L’apprentissage de la marche lui permet de se déplacer librement. Il ne s’agit pas d’une addiction dont je me serais libéré par la marche.
Donc oups.
On ne se relit jamais assez.

guru: Bizarre en effet! En même temps, dans le basket et le tennis, il s’en passe des choses! La marche est plus contemplative. Question de caractère, peut-être?

8)
François Cuneo
, le 12.10.2016 à 11:44
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Je pourrais écrire (avec le talent en moins) tout ton texte en écrivant « courir » à la place de marcher, sauf le tout dernier vers.

Là, je ne remplace pas.

9)
NewAncien
, le 12.10.2016 à 13:41
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Bonjour Dom’Python. Mon commentaire est une erreur d’interprétation liée à ma profession car je suis addictologue. C’est une déformation professionnelle. Bonne journée

10)
tibet
, le 12.10.2016 à 15:56
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@NewAncien : « C’est une déformation professionnelle » … Ben, c’est pas ça une addiction ? Ce qui est bien c’est quand on arrive à en vivre :°)

@DOM Après l’épisode du bonheur… Joli texte ! Tout ça résonne comme un pèlerinage (toute idée de religion mise à part).

11)
Dom' Python
, le 12.10.2016 à 18:37
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Zallag: Merci pour ces deux liens. J’ai également plusieurs fois lu ce genre d’information. Et j’ai fait moi-même l’expérience que les moments de marche sont souvent fécond en idées créatives.

NewAncien: Erreur d’interprétation grandement facilitée par ambigüité de mon texte!

12)
zit
, le 13.10.2016 à 12:23
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Ah, oui, la marche, c’est formidable aussi. Je marche peu à cause du vélo, mais je me suis aperçu de l’effet décrit dans les articles cités par Zallag : c’est souvent après avoir un peu marché que les pages de mon carnet se remplissent de croquis et de pattes de mouches, le vélo n’a pas le même effet (les cocktails à hautes doses d’hormones sont plus corsés par l’effort, sans doute comme pour la course, et submergent l’encéphale, l’orientant en mode « survie » et non « rêverie »).

z (marcher, c’est formidable, mais, après avoir bien marché, je répêêêêêêêêêêêête : il y a aussi manger… et faire une petite sieste ;o)