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Savoir, savoir-faire et savoir-être

"Quoi, une mesure avait été prise ? Je n'en ai même pas été informé !" (voix outrée et très agacée).

"Je....." (ton patient et tentant de ne pas monter en symétrie).

Tuuuuuuuuuuut : mon interlocuteur avait purement et simplement raccroché !

Alors que je reposais à mon tour le téléphone, j'ai ressenti un découragement extrême. En effet, supposée oeuvrer comme co-cheffe de projet avec cette personne, j'avais pourtant pris soin de respecter certaines de ses demandes, dont, notamment, la communication par mail des éléments dudit projet - j'avais un temps transmis des choses par SMS - parce que, selon elle, "il est nécessaire d'archiver les choses importantes", chose que le SMS ne permet effectivement pas dans la même mesure et j'ai accepté de présenter sous forme de tableau excel les bilans financiers intermédiaires (qui me connaît un brin aura à l'esprit mon incompétence complète avec ce logiciel) parce que "c'est mieux ainsi".

Ainsi, si cet homme m'en avait laissé le temps, j'aurais pu lui rappeler le mail que je lui avais adressé au sujet de ladite mesure et lui remémorer la conversation téléphonique qui s'en était suivie, conversation au cours de laquelle il avait abondé dans mon sens, validant la décision.

Vous l'aurez compris, je lui ai finalement transmis une nouvelle fois mon message.

Dans les jours qui ont suivi, j'ai pensé que je recevrais à tout le moins une ligne "au temps pour moi, j'avais oublié ce message, désolé", différentes variantes étant possibles, toutes ayant la même finalité : présenter de brèves excuses.

J'aurais toutefois dû savoir que rien de tel ne viendrait : il y a peu, un autre accrochage avait eu lieu entre nous, au cours duquel il m'avait reproché dans un mail virulent de ne pas veiller au respect de décisions communes prises, récrimination basée sur trois éléments dont aucun n'avait le moindre fondement objectif, chose que j'ai pu lui démontrer sans aucune difficulté. Là déjà, le silence avait été assourdissant alors qu'il avait clairement tiré des conclusions fausses de faits non réalisés.

Je suis bien assez vieille pour savoir que l'erreur est humaine, je sais que même lorsqu'on est concentré et impliqué, il est possible d'oublier des messages : il n'empêche que ni le stress quotidien ni la multiplication des tâches ne devraient justifier de faire l'impasse de reconnaître qu'un malentendu a surgi et que pour l'autre, se voir accuser à tort peut être blessant. Je serais même tentée de dire qu'admettre une faute et présenter des excuses sont parmi les rares éléments au sujet desquels règne, tant dans le monde professionnel que dans la vie privée, une forme de consensus social quant à leur nécessité pour la poursuite d'une "cohabitation" acceptable. Ces excuses, ne vous méprenez pas, n'ont selon moi pas besoin d'être publiques, contrites ou auto-flagellantes : elles doivent juste être, même sous une forme très brève, même rédigées "avec les pieds" (le fameux "je m'excuse" alors que seul l'autre peut excuser).

Ma formation d'avocate m'a appris, douloureusement parfois, à ne pas vouloir vivre dans le monde des Bisounours et je ne crains pas les échanges vifs, nourris, le conflit pouvant même faire avancer des "causes"; je n'ai donc pas besoin que la personne m'apprécie personnellement mais pour pouvoir travailler de façon constructive, un certain respect m'est nécessaire. Ainsi, consciente que le climat entre nous est délétère, j'ai proposé à ce monsieur une ou des rencontres afin de mettre les éléments de tension à plat : à ma simple question "quels seraient, sur le principe, les moments les plus favorables pour vous pour une telle réunion ?", aucune réponse !

Ce qui me chagrine beaucoup, c'est le constat que cet homme est très compétent, tant au niveau du savoir que du savoir-faire et que ce sont nos savoir-être qui divergent - je me retiens d'écrire "sont diamétralement opposés", mon optimisme légendaire ne m'ayant pas (encore) totalement quitté - ! Le hic est, à mon avis, que le succès d'un projet, quel que soit son ampleur et/ou sa durée, repose tant sur les connaissances et leur mobilisation que sur la faculté de communiquer, voire de méta-communiquer, le fameux "savoir-être" déjà évoqué.

Alors bien sûr, je peux fort bien imaginer qu'il est encore et toujours persuadé d'avoir à lui seul totalement et entièrement raison - sexisme latent, frustration d'être moins diplômé que moi, crainte d'une perte hypothétique de pouvoir, désir de me voir remplacée par une autre personne qu'il aurait choisie, je n'en sais rien - : il n'en demeure pas moins que l'affirmation "je n'ai pas été averti - je raccroche" alors qu'un mail se trouvait (depuis des semaines) dans sa boîte justifiait à elle seule un bref retour de sa part.

Ceci étant, vous avez raison - je vous entends penser - juste gémir sur mon sort ne fait pas avancer le schmilblick (même si je l'admets, simplement déposer ici mon désarroi m'a fait du bien) : je vais continuer à retrousser mes manches, à m'investir dans ce projet que je trouve très important, justifié et stimulant, pour terminer sur la rituelle question du lundi "dans votre parcours professionnel, qu'avez-vous mis en place pour sortir d'ornières en matière de communication ?"

 

 

14 commentaires
1)
PSPS
, le 10.10.2016 à 04:52
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J’ai rencontré ce type de problème avec un collègue de travail.
Devant le blocage de la situation, je fus contraint de recourir à l’arbitrage de notre hiérarchie.
Le projet en cours parvint à son terme, mais je me rendis compte, assez rapidement, que le collègue en question passa son temps à me débiner auprès de notre entourage jusqu’à son départ pour une nouvelle affectation.
Moralité : leur pratique de la mauvaise foi rend impossible une relation harmonieuse avec certains individus, quel qu’effort qu’on consente pour aplanir le terrain !

2)
Tilékol
, le 10.10.2016 à 07:44
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C’est un cas très classique de manipulation : faire semblant de se mettre en colère pour que les autres, les gentils, les naïfs, lâchent prise et vous laissent les coudées franches.

C’est comme cela que les petits chefs s’auto-proclament et prospèrent, ou que ceux qui n’ont pas envie de travailler se construisent un petit nid douillet où personne ne viendra les déranger.

Lorsque je tombe sur une de ces personnes hyper-toxiques, j’agis de trois manières :

-Je remet les choses à leur place, calmement, et devant témoins. Dans bien des cas, cela suffit à faire comprendre au manipulateur que finalement, ils n’a pas les coudées si franches que ça.
-J’ai une petite discussion privée avec le manipulateur, au cours de laquelle je lui explique que je ne suis pas dupe et que le coup de la colère, on ne me le fait pas.
-Et finalement, si les deux premières solutions ne donnent pas de résultat, je me débrouille pour faire ma vie sans lui. Qu’il aille au diable, la vie est belle, le ciel est bleu, les oiseaux chantent, qu’il aille déverser son venin dans son coin si ça lui chante.

3)
Ellipse
, le 10.10.2016 à 09:10
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@Tilékol

« -Et finalement, si les deux premières solutions ne donnent pas de résultat, je me débrouille pour faire ma vie sans lui. Qu’il aille au diable, la vie est belle, le ciel est bleu, les oiseaux chantent, qu’il aille déverser son venin dans son coin si ça lui chante. »

Lorsqu’il s’agit de supérieurs hiérarchiques ou de personnes avec lesquelles vous êtes obligé de collaborer, c’est nettement plus compliqué, mais pas impossible.

Cela fait hélas partie de la vie, et en général, elle corrige les choses à plus ou moins long terme. Cela fait un peu justice immanente, mais je l’ai souvent vérifié. C’est facile à écrire tant que le manipulateur n’a pas trop de pouvoir sur vous.

Dans le fond, je vous donne raison, prendre de la distance autant que possible est la meilleure des solutions.

4)
ysengrain
, le 10.10.2016 à 09:51
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J’ai vécu 2 types de rencontre.
La première qui a duré – et dure toujours, mais dans des circonstances différentes pour cause de retraite – 40 ans. Mon associé et moi avons eu un parcours commun à l’hôpital. Nous avons partagé la direction de notre service sans accroc pendant toutes ces années.
Aucun conflit n’est apparu: nous avons incessamment dialogué.

La seconde rencontre a été très sévèrement houleuse: le directeur de notre établissement est un pervers narcissique – je mesure la portée de ce que j’écris. Il n’y a pas d’autre solution que la force, hélas.

5)
Blues
, le 10.10.2016 à 10:05
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La crème des situations : c’est quand on a en face de soi quelqu’un de conscient, d’intelligent et surtout qui a du respect pour son interlocuteur/trice et les « choses dites », on peut, dans ce cas s’attendre à que la communication passe bien. De plus, souvent avec ce genre de personne en cas de désaccord une bonne discussion bien ouverte (voir même très animée) résout in fine les problèmes.

Par contre (et c’est mon cas depuis 8 ans) quand on a en face de soi une personne bornée et pas très « fute-fute » qui ne fait que de tirer la couverture à lui, un peu manipulateur et pire encore lunatique régulier, là c’est peine perdue.
Mon expérience en la matière m’a prouvé qu’il vaut mieux « baster »- se détacher, plutôt que de se battre pour des prunes, on en dort que mieux, ceci à condition que passer pour le/la « perdant(e) » ne vous dérange pas trop. Mais c’est vrai que ça dé-motive grave quand c’est une situation journalière.

En conclusion (pour moi) c’est si bien dit ici

Moralité : leur pratique de la mauvaise foi rend impossible une relation harmonieuse avec certains individus, quel qu’effort qu’on consente pour aplanir le terrain !

6)
François Cuneo
, le 10.10.2016 à 12:23
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Mon Dieu…

Le travail en groupe est déjà compliqué.

Mais si en plus on doit craindre le collègue, le chef, ou que sais-je, ça doit être l’horreur.

Je me rappelle à mes débuts en Municipalité, un de ses membres était hargneux, sûr d’avoir toujours raison.

J’allais en séance la boule au ventre. Mais n’ayant pas peur de lui dire devant les autres clairement quand je n’acceptais pas sa manière de faire.

Finalement, c’est lui qui est parti, clamant aux alentours et à nous tous que nous étions trop cons pour lui.

Mais s’il savait le bien qu’il nous a fait en partant!

Ensuite, 10 ans de séances avec des gens qui s’entendaient magnifiquement bien, oeuvrant pour le bien commun.

Ça change la vie!

Mme Poppins, je ne vois pas trop comment tu vas pouvoir continuer avec ce Monsieur…

Courage en tout cas.

7)
Madame Poppins
, le 10.10.2016 à 13:20
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PSPS, j’aimerais presque qu’il s’agisse de mauvaise foi : il se trouve que selon ma vision, il s’agit surtout de l’impossibilité à trouver un mode de communication qui tienne compte des sensibilités de l’un comme de l’autre.

Tilékol, comme tu le dis, en présence de tiers, ça aide : c’est bien pour ça que ma proposition de rencontre pour mettre les choses à plat devait inclure la collaboration d’une personne neutre, pour faire émerger des modes de communication acceptables pour l’un comme pour l’autre.

Ellipse, prendre de la distance, c’est en effet toujours une excellente solution mais pour ce faire, il faut aussi être capable de méta-communiquer, je crois. A suivre.

Ysengrain, ce n’est pas la première fois que j’entends cette expression « pervers narcissique » mais j’avoue ne pas vraiment savoir de quoi il s’agit (outre un phénomène qui remplit depuis peu les rayons « développement personnel » chez les libraires). Cela dit, je ne crois pas que la personne soit perverse, narcissique peut-être : les deux termes ne sont pas forcément liées, « ou bien » ?

Blues, je conserve en effet l’espoir qu’une mise à plat pourra résoudre, à tout le moins aplanir les difficultés.

François, le plus difficile, je trouve, notamment dans la situation que tu décris, c’est d’obtenir de l’autre qu’il s’arrête un bref instant, juste le temps de prendre aussi en considération ton point de vue, ta manière d’aborder et de traiter les questions. Je suis en revanche ravie que par la suite, la collaboration au sein de la Municipalité a été placée sous le signe d’une collaboration fructueuse !

8)
virgiled
, le 10.10.2016 à 14:20
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Il me semble que ce collaborateur est soit un incompétent notoire, soit au contraire un calculateur (ou Pervers)

Dans les deux cas il n’aurait pas sa place chez moi parce qu’un nuisible cela coûte beaucoup trop cher à mon organisation : soit le boulot n’avance pas, soit au bout de quelque temps je perd un collaborateur (trice) compétent qui ne supporte plus de devoir travailler avec ce genre d’individu.

Pour votre tranquilité et votre objectivité Madame Poppins et si je peux me permettre cette bien humble suggestion, notez immédiatement au fur et à mesure chaque comportement déplacé de ce collaborateur sur une page dédiée.

Cela vous apportera deux choses :

la première c’est de pouvoir oublier (puisque c’est noté) car même quand on a le cuir bien tanné, il reste toujours quelque chose de ces micro-agressions. La preuve que cela n’est pas si insignifiant : vous éprouvez le besoin de nous en parler.

La deuxième chose c’est de pouvoir constater en toute objectivité à la relecture un jour de la liste, que quelqu’en soit la cause et quelque soit sa compétence, ce collaborateur est un nuisible qui ne mérite pas de travailler dans une équipe.

9)
ysengrain
, le 10.10.2016 à 14:45
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@ Madame Poppins: La définition princeps (wiki) de la perversion narcissique est: « Le mouvement pervers narcissique se définit essentiellement comme une façon organisée de se défendre de toute douleur et contradiction internes et de les expulser pour les faire couver ailleurs, tout en se survalorisant, tout cela aux dépens d’autrui ».
On ne rencontre heureusement assez rarement ces malades.
Le « nôtre » était un non-communiquant d’abord – génial pour un patron. Toute intervention donnait en toute circonstance l’impression d’avoir été conçue pour gêner et surtout perdre le contact avec la réalité. Un exemple: il avait fait sortir de l’établissement sans avis médical une vieille dame grabataire n’ayant aucune aide extérieure. Ça a été très chaud.
Pour revenir au sujet du jour, n’as tu pas la possibilité:
1- d’avertir ta hiérarchie que la communication avec ton zozo est impossible
2- et par conséquent, de mener à bien le projet seule

10)
Gr@g
, le 10.10.2016 à 18:14
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Ça ne mérite qu’une seule chose: une mise au point avec témoin. Si tu as les preuves matérielles qu’il délire, il ne pourra pas se cacher longtemps.

11)
Dom' Python
, le 11.10.2016 à 16:21
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C’était durant mon apprentissage. Mon patron avait pris l’habitude de me faire tous les reproches qu’il pouvait, sans jamais relever les points positifs. A trois mois des examens, alors qu’il était en train de me tomber dessus, j’ai posé ce que j’étais en train de faire, me suis retourné et me suis entendu lui dire:

– Foutez-moi à la porte!
– Co… comment?
– Vous n’arrêtez pas de me faire des reproches, jamais un encouragement.
– Encore faut-il les mériter!
– C’est bien ce que je dis. Si je ne mérite que vos reproches, c’est que je suis vraiment mauvais et que je n’ai aucune chance de réussir mes examens de CFC (Certificat Fédéral de Capacité). Donc en me gardant vous perdez votre temps. Donc, foutez-moi à la porte!

Il s’est replié dans son bureau, m’a fait la gueule toute la journée, puis a progressivement changé de ton. Durant les trois derniers mois, je n’ai essuyé plus aucun reproche. Tout au plus quelques remarques – justifiées – dans l’esprit de m’aider à bien me préparer à mes examens, que j’ai réussi.

Encore aujourd’hui je me demande où j’ai puisé cette énergie pour oser me dresser contre lui. Mais en tout cas ça a payé!

Ceci étant, vous avez raison – je vous entends penser – juste gémir sur mon sort ne fait pas avancer le schmilblick (même si je l’admets, simplement déposer ici mon désarroi m’a fait du bien)

Il n’y a rien à « admettre »! En parler (par oral ou écrit) implique une clarification de la pensée, une mise à plat qui n’a rien à voir avec les gémissements!

12)
Blues
, le 12.10.2016 à 08:48
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c’est que je suis vraiment mauvais et que je n’ai aucune chance de réussir mes examens de CFC

Tu nous racontes ton histoire, mais tu ne nous a pas dit si finalement tu as réussi ton CFC ? 😃

14)
pcst
, le 12.10.2016 à 09:59
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Cas assez classique de relations humaines: malheureusement, de nombreux individus fonctionnent en mode « meute »: s’il ne sont pas mordus, ils mordent. C’est de mon point de vue un mode de fonctionnement très inférieur, et qui exclut de fait une collaboration saine.
Plus tu t’écrases, plus il va mordre. Une seule solution: une bonne gueulée sur l’individu, et il sera doux comme un agneau pour les trois prochains mois. Puis il faudra lui refaire une morsure de rappel, le naturel revenant.
Désolé pour toi, mais le monde est ainsi fait :)
J’ai moi-même appris à contre-mordre, c’est nécessaire, tu dormiras mieux.
Luc