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Encore un centenaire…

En 2012, je vous avais narré l’arrivée de troupes russes en France, il y a deux cents ans.

Mais elles sont aussi venues il y a cent ans, en de toutes autres circonstances.

À la fin de 1915, la situation n’est pas rose sur le front occidental et les offensives russes soulagent un peu cette pression en obligeant les Allemands à transférer une partie de leurs forces armées vers l’Est. Mais les lourdes pertes du début de la guerre sont un problème récurrent d’effectifs en ligne pour les Anglais comme les Français.

En Russie, toutes les classes de 1887 à 1915 sont mobilisées…mais la loi russe ne permet qu’un recrutement limité ! Pour autant Paul Doumer propose au Tsar la fourniture de matériel contre l’envoi de troupes russes en France.
Ce marchandage reflète un changement drastique par rapport au siècle précédent, n’est-il pas ?

Doumer obtient la promesse d’un contingent expéditionnaire de 44 000 hommes, la dotation en matériel étant à la charge des français.

Je vais vous dire deux mots sur la première brigade (quatre seront formées) qui a parcouru un cheminement hallucinant.
En effet, elle est composée d’hommes de Moscou et de Samara, ville sur la Volga. Deux régiments la composent, le premier plutôt composé d’ouvriers, le second de paysans.
Ce sont des hommes de réserve, c’est à dire qu’ils n’ont jamais combattu. La sélection s’est faite sur des critères d’homogénéité physique, un peu comme c’était naguère le cas dans notre Garde Républicaine, mais la plupart savent lire et écrire. Les officiers parlent presque tous français. Dans le second bataillon, ils sont tous de carrière, parlent français et seront complétés à leur arrivée par des officiers français parlant russe.

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Belle randonnée, comme quoi le plus court chemin…

Cette brigade prend donc le train à Moscou ou Samara…vers l’Est ! On est en plein hiver et on va vers la Mandchourie dans des wagons de marchandise pour la troupe, un vieux Pullmann pour les officiers. Le but est le port de Daïren, au sud de la Mandchourie qui a été annexée par le Japon après le désastre de la guerre de 1905.

L’escale à Irkoutsk dure deux jours par une température de -50°C.
Surprise : les troupes paient la restauration avec le la poudre… d’or. En effet le Crédit Lyonnais avait alloué la valeur d’un million de francs-or pour les « frais de représentation » du 2e régiment.

Lors du passage en Mandchourie, les Japonais sont, bien entendu, au courant mais tout est fait pour masquer cette « transhumance » à d’éventuels espions allemands : impossible de descendre ou de mettre le nez à la lucarne.

Après 18 jours de voyage, la brigade arrive au port et le premier régiment part dès le lendemain sur deux bâtiments français. Sur le « Latouche-Tréville » s’embarque également l’État-Major.
Après la glace, c’est l’autre extrême dans l’Océan Indien et la Mer Rouge.
Après soixante jours de mer ils arrivent à Marseille, avec au total un périple de 30 000 kilomètres !

Parade dans la ville, la foule enthousiaste couvre de fleurs les soldats accueillis par le Général Joffre et, après avoir reçu son armement, la Brigade part vers le camp de Mailly pour y être entrainée, le lendemain de la Pâques orthodoxe, le dimanche 23 avril. Notons au passage que cette année c’était le 1er Mai.

Je reviendrai sur cette aventure quand on parlera de l’impact de la révolution russe… En tout cas, le corps expéditionnaire a acquis « une solide renommée au combat » comme il est relaté dans la presse d’époque.
Et donc subi de lourdes pertes, comme les autres armées engagées dans la Somme au début juillet et surtout, l’année suivante, lors de la désastreuse « offensive Nivelle » avec la perte en quelques jours de 4542 hommes dont 70 officiers tués, blessés ou disparus.

Il y a toujours des occasions de sourire dans ces moments tragiques : voici Michka, la mascotte du régiment.

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Michka, belle bête !

Il y eut aussi ce cadeau de la Tsarine pour les armées françaises : 17 ambulances…Benz !

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Photo © ASCERF

C’est ce qui m’amène à vous parler de Saint-Hilaire le Grand.

C’est là que les dépouilles des soldats tombés au feu ont été regroupées après la guerre dans une nécropole/mémorial qui regroupe 915 corps. On a continué à en ré-inhumer en 1957, 1972 et encore 35 exhumés à Charleville en 1988. Mais beaucoup reposent encore dans des cimetières militaires nationaux français ou des carrés communaux, voire encore pour beaucoup dans des cimetières…allemands.

 

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La chapelle et une partie du cimetière

En 1937 une chapelle est érigée dans le style du XVe siècle et il y a également un ermitage qui veille sur les lieux.

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L’intérieur de la chapelle.

Tous les ans, il y a un pèlerinage, le dimanche de Pentecôte, donc…dimanche prochain, 15 mai, et je ne peux donc vous faire voir des photos de cette année, manifestation importante puisque centenaire commémoratif. Si la situation politique actuelle n’était pas aussi …distante il y a fort à parier que le Président russe aurait été de la partie.

Je vous propose donc quelques images des manifestations précédentes.

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Procession et discours…

Il y a donc une cérémonie à la mémoire de ces soldats avec la présence des autorités locales, d’une délégation d’anciens combattants français de la région, et aussi de descendants des militaires qui se sont installés en France après la guerre.

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Il y a toujours des amateurs d’uniformes anciens qui permettent de voir

que les uniformes russes étaient alors plus « modernes » que les nôtres.

Parmi les protagonistes des la commémoration on notera le porte-fanion des "descendants de Gallipoli », principal lieu de repli en 1920 des Armées Blanches, avec Lemnos (déjà…) et Bizerte.
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La procession se met en route.

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Pas certain que ce fanion plaise vraiment à Son Excellence l’Ambassadeur de Russie…

On est ici juste de l’autre côté de la route départementale. Les pionniers de la 2e brigade avaient érigé un monument à notre intention :

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« Enfants de France !

Quand l’ennemi sera vaincu et quand vous pourrez librement cueillir des fleurs sur ces champs, souvenez-vous de nous, vos amis russes et apportez-nous des fleurs."

Les « Corps Constitués » vont déposer leurs gerbes devant la stèle :

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Madame le Maire est aisément identifiable… de même que le Préfet.

Vous retrouverez l’ambassadeur dans le groupe ci-dessus grâce à la photo suivante où il retrouve une Dame que certains reconnaîtront…

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Priviet !

On dit qu’en France tout se termine autour d’une table : c’est vrai même quand bon nombre de participants ont des origines variées.

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L’Armée française prête 4 tentes comme celle-ci
et une antique « roulante » pour cuisiner.

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Ça sent bon…

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…c’est la « Roulante ».

7 commentaires
4)
Saluki
, le 06.05.2016 à 08:49
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@ysengrain

… ?

@Filou53

Comme je l’ai écrit :

Je reviendrai sur cette aventure quand on parlera de l’impact de la révolution russe…

et n’entend pas le passer sous silence, le mot « impact » n’a pas été posé à l’improviste, mais l’anniversaire est l’année prochaine…

5)
Filou53
, le 06.05.2016 à 09:00
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désolé d’avoir ‘spoilé’ (c’est comme cela qu’on dit ?) ton futur article ;-)
C’était pas le but …

6)
jibu
, le 06.05.2016 à 17:38
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Ysengrain; c’est le fait d’avoir équipé ces pauvres soldats russe d’un fusils pour 5 qui te fait réagir ainsi?

7)
Saluki
, le 06.05.2016 à 22:12
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Il y a un autre anniversaire aujourd’hui, tant qu’on y est :

5 mai 1821
5 heures 49 du soir
Napoléon n’est plus.