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Réflexions humanistes…

Aujourd'hui, je souhaite partager avec vous quelques réflexions nées de certains sujets dont les sources abondent en ce moment, mettant à mal une vision résolument positive de l'être humain. Et je précise d'entrée de jeu que ce n'est pas un texte d'une couleur politique partisane, mais plutôt un point de vue d'un citoyen pour qui la politique est avant tout le sens premier, soit "la vie de la cité".

 

Mais pour commencer, je veux repréciser quelques aspects me concernant.

Si vous vous souvenez, je fais un travail qui me passionne: l'animation socioculturelle. Ce métier, peu connu, peut être un peu plus compris avec la définition qu'en donne le Conseil de l'Europe en 1997:

l'animation socioculturelle est une action sociale qui s'exerce au travers d'activités diverses au quotidien, en tenant compte des conditions sociales, culturelles, économiques et politiques des populations concernées. Son action vise à organiser et à mobiliser des groupes et des collectivités en vue d'un changement social.

Elle s'exerce sur la base d'une participation volontaire et démocratique faisant appel à la notion de citoyenneté. L'animateur-trice socioculturel-le est en effet un-e facilitateur/trice de l'action démocratique : il ou elle favorise les prises de conscience d'identités collectives, il ou elle permet aux communautés d'intérêt de mieux jouer leur rôle et de bâtir des projets pour agir. Il ou elle s'efforce en particulier de faciliter l'accès à l'expression et à l'action des groupes minorisés. 

L'animation a une éthique démocratique exigeante dans ses finalités et ses formes d'action, elle défend toutes les formes d'expression de la vie des gens qui renforcent le lien social et permettent des fécondations mutuelles entre différentes cultures.

Mandaté-e par un service public, une institution privée ou une association, l'animateur-trice socioculturel-le travaille au sein d'une équipe, souvent multidisciplinaire, dans des terrains de pratique extrêmement variés (maisons de quartier, terrain d'aventures, foyer de jour pour personnes âgées, centre culturel, syndicat, université ouvrière,…). À travers ces emplois variés, l'animateur--rice socioculturel-le exerce trois fonctions essentielles qui caractérisent son action:

  • promotion-conscientisation : favoriser l'émergence des acteurs/trices;
  • organisation : gérer, diriger, communiquer;
  • négociation-médiation entre les acteurs/trices dans le contexte socio-politique.

Si cela vous intéresse, on trouve des informations à ce sujet sur le site de l'Ecole d'Etudes Sociales et Pédagogiques, sur le site de la Plateforme Romande de l'Animation Socioculturelle, sur le site de l'institution pour laquelle je travaille.

Et ce métier se base sur 4 axes essentiels:

  • la liberté d’adhésion : les individus et les groupes s’investissent librement dans l’action. Ils sont des acteurs et non les usagers de l’action socioculturelle ;
  • la participation : toute activité ou action est construite avec les individus et groupes qui le souhaitent. Ces pratiques et activités concernent les intérêts manifestés pas les individus dans leur vie culturelle et plus particulièrement dans leur temps libre, dont les intérêts peuvent se classer ainsi : artistiques, intellectuels, sociaux, pratiques, physiques… Ces pratiques répondent à des besoins non satisfaits d’initiation, de formation, d’actions par les institutions existantes;
  • le changement social : les interactions participatives entre individus et groupes donnent la priorité aux dynamiques d’innovation et de changement ;
  • la solidarité et l’égalité au sein d’une communauté diversifiée : l’animation socioculturelle est « tout public », elle privilégie les interactions entre groupes de toute culture, tout âge et tout statut social. L’essence même du travail est d’éviter la rupture, de favoriser le rapprochement, la compréhension, la complémentarité, la découverte et le partage.

Voila, c'est le tableau idyllique de ma profession. Quel programme n'est-ce pas? Je ne tiens pas à dire par là que ce métier est novateur, mais plutôt qu'il est né de l'évolution de la société. Pendant longtemps, les enseignants et les gens d'églises portaient tout ou en partie ces fonctions. Car c'est là que ce métier touche à l'improbable, et à la difficulté de l'expliquer: c'est qu'il est issu d'une réorganisation de tâches qui ont toujours plus ou moins existées, mais qui se sont retrouvées mélangées dans une nouvelle profession dans le courant du XXème siècle.

Porté par ces valeurs au plus profond de moi, j'ai envie de partager avec vous quelques réflexions qui m'ont habitées autour des votations du week-end dernier. Car depuis plusieurs années, et avec le contexte actuel du monde, je m'interroge sur des choix de sociétés qui sont en contradiction avec ces valeurs qui portent mon action et mon engagement. Ce métier, l'un des plus mystérieux mais un des plus libres métiers touchant aux relations humaines, n'est pas choisi par hasard. Il est un métier militant de par ses croyances aux potentiels humains, et ne peut être porté que par des travailleurs qui croient à ce potentiel. Sans cela, je ne pense pas que l'on puisse durer dans ce métier. Et je ne veux pas dire par là que c'est un don de soi, ou un dévouement total, non, je veux surtout parler de cohérence entre les valeurs de la profession et nos valeurs personnelles.

Je crois donc, vous l'avez compris, aux potentiels des êtres humains, quitte à passer pour un idéaliste, un rêveur. Je suis persuadé que l'instruction, l'éducation, l'ouverture à l'autre, et la tolérance sont des piliers fondamentaux pour une société équilibrée. Il n'y a rien de tel que l'ignorance pour générer la peur.

Pour cette récente campagne "de mise en oeuvre" visant à inscrire des délits passibles d'expulsions dans la Constitution, plus encore que le côté manipulateur des initiants, c'est l'injure fait à la séparation des pouvoirs au sein de notre démocratie qui s'est jouée. Au-delà des points de vues, c'était sous couvert d'une thématique abrutissante que l'UDC pensait contourner le droit. Car même si la loi ne résout pas tout, c'est un des moyens, me semble-t-il, les meilleurs pour éviter la partialité due à un texte. On voit ce que des textes "divins" provoquent comme réactions (et pas seulement aujourd'hui... ).

Bref, je vous livre ce texte maladroit pour principalement poser par écrit mon malaise grandissant face à une forme d'imbécilité qui s'empare de nous. Mais j'espère vraiment qu'un jour, "la majorité" se rebelle, en réalisant que des élites jouent avec les instincts les plus bas pour leur faire passer un message quasiment contradictoire. Comment un parti financièrement aussi puissant et soutenu par autant d'entrepreneur richissime peut parler à une part de plus en plus grande des (+/-) démunis ?... C'est d'ailleurs le sujet d'une étude dont le 24 Heures a parlé.

Aussi, sans parler d'autres "laveurs de cerveau", je suis toujours attristé de voir à quel point certaines personnes ne peuvent se distancer d'un discours faisant appel si ouvertement aux instincts les plus bas de l'humanité.

Car, en tant que personne positive, je crois sincèrement que nous sommes tous capables de changer, d'évoluer, de devenir "meilleur" dans une définition d'ouverture, de tolérance, bref d'humanisme. Et en ces temps troubles, de montée des extrêmes, des intégrismes, des replis sur soi, le confort dont nous avons hérités nous a éloigné des valeurs basiques de l'humanité, soit le droit de vivre dignement.

Heureusement, les urnes ont rendus leur verdict... le putsch démocratique proposé a été écarté. Et non, ce n'est pas une victoire des humanistes, ce n'est pas une révolte comme le titre le 24Heures. Une révolte, c'est un soulèvement du peuple contre le système en place. On est loin d'une révolte. Le peuple a simplement pensé que notre système est suffisamment huilé (pour l'instant) pour appliquer les intentions de la 1ère initiative. La Suisse, suite à ce vote, n'est pas devenu un petit ange qui va accueillir 300'000 réfugiés tout à coup.

Cela m'inspire une réflexion que Platon (ça ne nous rajeunit pas) avait tenu quant à la naissance possible de la tyrannie au sein de la démocratie, si elle n'est pas cadrée un minimum. Le texte complet est là.

Au moins, cela est rassurant. La présence d'humanisme semble suivre un mouvement de balancier selon une arythmie difficile à prévoir... il faut peut-être que je me fasse une raison...

Mais ce n'est pas pour autant que je vais arrêter de croire en l'être humain. Je suis pour l'humanisme, pour la tolérance, et je me battrai toujours pour cela. Je ne veux être l'instrument de personne. Je veux juste amener ma petite pierre au monde, en y insufflant un peu de positif. Et peut-être un peu de tendresse, un peu de tolérance, un peu de naïveté, un peu de rêve et d'espoir.

Dans ce domaine, j'ai l'impression qu'en ce moment il y a une tendance à montrer cela. Le film "Demain" pour commencer (que je n'ai pas encore vu d'ailleurs), celui de "Global Partage" bientôt dans les villes de Suisse Romande, ou alors d'une manière un peu plus décalée, "Dibs", par la Dresse Virginia Axline. Ce livre que ma femme m'a fait découvrir il y a 10 ans,  parle du suivi qu'une pédopsychiatre a effectué avec un enfant de 5 ans, muet, refusant d'être approché au travers de la thérapie par le jeu. Bien plus que la méthode utilisée, c'est le récit d'un changement radical. D'un être muré dans la peur et la colère, c'est l'éclosion d'un nouvel être qui est montré. Ce livre est un message éminemment positif sur les potentiels des uns et des autres. Il ne faut cataloguer personne. Tout le monde a en lui la possibilité d'évoluer. Peut-être pas toujours avec autant d'éclat, mais l'être humain est un être dont la principale caractéristique est la capacité d'adaptation, autant l'utiliser dans une optique de mieux vivre ensemble.

Voila, ce texte est maladroit, pas forcément bien construit, mais je l'assume. Il est représentatif des réflexions qui m'habitent ces temps. Donc, excusez pour sa forme particulière, peut-être plus proche d'un journal de bord personnel que d'un article d'un site comme celui-ci. Mais je crois savoir que nous, rédactrices et rédacteurs, avons cette liberté, et j'en remercie François.

7 commentaires
1)
Dom' Python
, le 03.03.2016 à 06:10
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J’aime bien cette phrase:

…mon malaise grandissant face à une forme d’imbécilité qui s’empare de nous.

J’aime ce nous qui exprime bien que l’imbécile n’est pas toujours l’autre, que je suis moi aussi porteur de traces de cette gangrène… C’est du moins ainsi que je l’ai compris.

2)
François Cuneo
, le 03.03.2016 à 12:01
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Merci.
Étonnant qu’il n’y ait pas plus de commentaires…
Peut-être que nos amis français ne savent pas à quoi nous avons échappé !

3)
djtrance
, le 03.03.2016 à 12:43
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J’ai fait un commentaire « à ma manière », gr@g comprendra ;)

J’aime bien ce texte…

4)
gece
, le 03.03.2016 à 15:47
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si,si les amis français pour certains savent et je souscris totalement au commentaire 5 de hi-phil

7)
Gr@g
, le 03.03.2016 à 21:15
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Merci déjà pour vos retours!

>>> Dom’ Python
oui, je m’inclus dedans. Si je crois en l’intelligence de l’être humain, je connais également son potentiel imbécile. Et vu que j’en suis un, je ne me crois vraiment pas supérieur aux autres. Au mieux, j’ai peut-être la chance d’avoir des clés de lectures que d’autres n’ont pas encore, tout en sachant que d’autres existent également.
Et quoi de mieux que le débat pour confronter ces clés? c’est un point qui m’attriste aujourd’hui, j’ai l’impression que les débats visent davantage à démonter la personne en face, plutôt que de confronter des idées, avec au minimum l’humilité d’accepter que l’on peut avoir tort.

>>> François Cunéo
de rien!
étonnant en effet… même si mon article ne pose pas de questions aux lecteurs, j’avais l’impression qu’il susciterai plus de réaction… mais ce n’est pas grave. Je n’écris pas pour battre les records des articles barbant ;o)

>>> Hi-Phil 4.
On est au moins deux! ;o) (voire plus… je le sais)

>>> Hi-Phil 5.
je suis conscient de ce privilège. Je milite justement pour ce que nous ne régressions pas. Et le monde, et pas seulement la Suisse, montre des signes inquiétants. Je n’en ai pas parlé ouvertement, mais j’avais en tête les montées des extrêmes-droites un peu partout, les problèmes de gestion de l’immigration dans l’Europe, le grand-guignol de l’autre côté de l’Océan, les états sans frontières, les lois liberticides, l’écologie, le nucléaire… je pourrais dresser une liste impressionnante de thématiques qui dépasse la simple Suisse. Mais si nous ne nous battons déjà pas dans la base et au niveau local, il ne faut pas espérer que les puissants (financièrement, politiquement, économiquement, armés…) changent avant nous.

>>> gece
j’espère que tu as compris que je ne hiérarchise pas les soucis, mais plutôt que c’est l’actualité proche de moi (votation) dans un contexte global (qui touche tout le monde, et bien plus encore en-dehors de notre petit pays) qui m’a poussé à écrire cela. Et justement, j’ai entendu en France et en Belgique des voix revendiquant que cela ne remet en rien en question certaines valeurs essentielles de ces magnifiques pays. C’est en ce sens que je suis persuadé que si l’éducation (instruction, école…) avait les bons moyens de former ET de s’occuper de nos jeunes, ils ne pourraient pas être des proies aux discours simplistes leur promettant une vie meilleure. J’ai vu passer un texte que Adolf Hitler a écrit dans les années 30 sur sa définition de la propagande et de ses objectifs d’aliénation collective. Nous sommes à nouveau dans une ère similaire.

>>> Lebarron
pas eu le temps de suivre le lien encore!

>>> Hi-Phil 10.
Merci pour ton admiration, ce n’était pas mon but que de provoquer ce genre de commentaire. Après, je ne pense pas faire un métier que l’on peut admirer. Je fais un métier formidable, qui a une liberté d’action (pour l’instant encore…) incroyable, et qui est exigeant en terme d’implication personnelle. J’admire pour ma part tous celles et ceux qui sauvent des vies, concrètement. Ma profession ne se situe pas sur ce plan-là. Elle fait partie des métiers du domaine d’intervention de prévention, donc avec une incroyable difficulté à prouver que nos actions changent les gens, car si l’on peut savoir ce que l’on peut si on retire une maison de quartier. On n’est pas certain au départ de son effet…