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La dictature des objets

Commençons par une petite histoire...

Un jour de décembre, juste avant Noël, mon bon vieux iPhone 4s décide de ne plus fonctionner correctement. Vu son âge avancé, une réparation ne se justifie plus et je me plonge dans les petites annonces pour trouver son remplaçant. Un iPhone 5s est à vendre à un jet de pierre de mon domicile, le prix est très attractif, je contacte le vendeur par mail. Mon interlocuteur est très réactif et après quelques échanges virtuels, je me retrouve le soir même dans son salon. Sur la table, l’objet convoité et une série de coques dont je peux puiser pour protéger ma nouvelle acquisition. L’appareil étant en parfait état, la négociation ne dure que quelques minutes. Je paye mon dû et demande alors à mon vendeur, qui doit avoir 13 ou 14 ans, le pourquoi de cette vente. Il me sort de sa poche, un sourire au coin, un iPhone 6s flambant neuf. Fin du premier épisode.

Cogitation au volant de mon véhicule (une Smart « Green Melon » limited edition 2009) 

Comment se fait-il que ce jeune pubère, qui n’a pas encore besoin de réfléchir sur la meilleure marque de rasoir à adopter pour son faciès, puisse posséder un iPhone 6s fraîchement sorti, alors que moi, sexagénaire confirmé, je dois me contenter d’un appareil d’occasion. La réponse tombe directe: parce que notre vision de la chose n’est pas du tout la même ! En effet, pour ce jeune garçon, l’objet est important. Il le valorise et lui donne l’impression que son statut social prend de la hauteur. Pour moi-même, le même instrument n’est qu’un simple outil servant à communiquer et à ne pas me perdre (grâce au GPS). Tant qu’il répondra correctement à ces fonctions, tout ira bien pour mon ego.

Aurais-je acquis une certaine sagesse avec l’âge ?

Malheureusement, non. D’abord, on parle bien ici d’un iPhone. Exclu pour moi d’envisager une marque concurrente. On est Apple addict ou on ne l’est pas. Je le suis ! Tans qu’on reste dans la communauté de la Pomme, on peut parler de son Mac hors d’âge sans honte, on fait partie du clan.

OctopusYacht

L'Octopus, de Paul Allen

C’est dur, la tyrannie des objets

Quel que soit son statut dans la hiérarchie sociale, il faut prouver par les objets qui nous entourent qu’on est bien à la hauteur de ce quoi on prétend. Chez les ultra-riches, c’est particulièrement compliqué. Un des signes intéressant quand on a beaucoup d’argent, c’est de se distinguer par la longueur (et le prix) de son yacht. Il faut savoir à ce sujet qu’aujourd’hui, au-dessous d’un 70 mètres, on n’a qu’une simple barcasse. Pour se démarquer de son voisin, mieux vaut franchir le cap des plus de cent mètres. Paul Allen (cofondateur de Microsoft) a par exemple un yacht de 126 mètres. Steve Jobs s’est essayé avec un 70 mètres (dessiné par Philippe Starck), cela ne lui a pas trop réussi. Vérifiez quand même vos finances avant de vous lancer. Ce genre de jouet coûte plus d’un million d’euros le mètre, sans les options !

o-JOBS-YACHT-facebook

Venus, de Steve Jobs

Et si on est moins riche ?

Tout au long du 20e siècle, la voiture a été un bon indicateur de richesse. Malheureusement, celle-ci n’a plus forcément la cote et le fait d’argumenter sur votre nouvelle berline allemande risque de faire bailler d’ennui votre entourage, au même titre que si vous lui présentiez un aspirateur (sauf si ce dernier est un Dyson, bien entendu) ! En fait, se situer par rapport à un objet est devenu assez difficile. Heureusement il reste quelques trucs. Si vous dites que vous ne consommez que « BIO », vous marquez des points. Vous pouvez également vanter votre café labellisé « équitable », ou alors vous satisfaire en proposant un « Nespresso » (what else?). Pour le reste, votre « Rolex » ? Pas original ! Votre nouveau Nikon ? Si votre interlocuteur ne jure que par Canon, c’est raté ! Votre montre connectée ? Pas mal, mais pour combien de temps ?

IMG_7657

Le bateau d'un rédacteur de Cuk (et son équipage)

Comment s’en sortir

Une solution serait de devenir moine bouddhiste. Aucun grand couturier ne s’est encore intéressé à dessiner une robe de moine bouddhiste. Mais peut-être ne vaudrait-il pas mieux simplement rire de notre propre bêtise en nous rappelant que nous ne sommes que de fragiles êtres humains qui avons besoin d’objets pour survivre !

18 commentaires
1)
pter
, le 08.03.2016 à 01:13
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Epicure….peut-etre une voie de sortie?
En tout cas, « le bateau d’un rédacteur de Cuk » me va parfaitement comme moment fun après avoir amarré le catamaran :P

2)
Filou53
, le 08.03.2016 à 09:33
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Excellent !
Merci Roger
mais es-tu conscient des risques que tu prends en évoquant ce genre de sujet sur ce site en particulier ??? ;-))

3)
djtrance
, le 08.03.2016 à 09:37
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mais es-tu conscient des risques que tu prends en évoquant ce genre de sujet sur ce site en particulier ??? ;-))

Il a déjà pris le large ;)

4)
Gokart
, le 08.03.2016 à 09:48
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Comment marquer quelques points ?
Rouler (au quotidien) en auto ou moto de collection. Les conversations s’alimentent d’elles mêmes…
… et il y a pas plus écolo : pas de recyclage et un souvenir (très) lointain de l’empreinte carbone lors de la production !

5)
ToTheEnd
, le 08.03.2016 à 09:57
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En effet, pour ce jeune garçon, l’objet est important. Il le valorise et lui donne l’impression que son statut social prend de la hauteur.

Es tu certain de cette affirmation? Je connais des ados qui passent beaucoup d’heures sur leur appareil pour communiquer et à ce titre, un 6s est un meilleur outil que le 5s… Je ne doute pas que d’avoir le dernier jouet flate l’ego mais j’ai également l’impression que dans la tranche 12-18 ans, le smartphone est un peu LA passerelle entre le virtuel et la réalité.

Au sujet des voitures, visiblement en suisse, le profil de l’acheteur de voiture neuve à 55 ans…

T

PS: petite étude intéressante à lire…
L’automobile ne séduit plus les jeunes urbains

7)
lvme
, le 08.03.2016 à 11:07
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pourquoi avoir honte de ce 5s qui retrouve une nouvelle jeunesse dans les mains de son nouveau propriétaire.

Je suis content pour ce téléphone qui va tranquillement continuer sa vie électronique.

La question de fond est finalement assez simple ; comment devenir jaloux et envieux d’un petit privilégié qui peut me revendre son 6smachindelmortquitue à bon prix dans quelque mois ?

8)
Migui
, le 08.03.2016 à 12:39
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C’est vrai que, pour un addict de la Pomme, c’est difficile de ne pas yeuter sur le dernier iQuelqueChose qui vient de sortir: entre « je n’en ai pas besoin » et « oui, mais quand-même, telle fonctionnalité me serait bien utile »…

Mais finalement, c’est chacun en fonction de son portefeuille: les yachts et autres grosses voitures ne m’intéressent pas (quoique, une Tesla…), je ne regarde avec envie que les appareils photo et les produits Apple.

Je trouve tout de même une consolation une fois par an: le pèlerinage Paris-Chartres dure trois jours, période pendant laquelle je ne touche aucune électronique, et je ne ressens aucun manque!

Le but essentiel en me connectant, c’est de pouvoir m’informer. Internet n’est-il pas tout simplement la version moderne du journal papier que lit mon père quotidiennement?…

[Mise à jour]: Il y a pire que nous tous réunis: Un chinois vend sa fille pour s’acheter un iPhone.

9)
mff
, le 08.03.2016 à 13:15
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Sans devenir moine bouddhiste, on peut lire par exemple :
Plaidoyer pour l’altruisme

et naviguer dans ce sens au mieux de nos possibilités

Ce matérialisme à outrance est pour moi simplement écœurant.

Peut-être pourrai-t’ont envisager d’apprendre aux enfants certains grands traits importants et le monde pourrait changer un peu, mais voilà, faudrait-il encore que l’adulte veuille et soit capable de l’enseigner !

10)
Zallag
, le 08.03.2016 à 14:08
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Pour aller voir une émission TV sur le sujet dont tu parles, c’était sur Arte tout récemment, et c’est vraiment intéressant, l’altruisme chez les adultes, les enfants, les bébés même, les chimpanzés aussi, nos cousins.
C’est passionnant, alors choisissez bien votre moment, et prenez votre temps.

11)
ToTheEnd
, le 08.03.2016 à 14:55
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Au sujet des acheteurs de voitures neuves, si seulement c’était la réalité il y aurait un peu moins de bouchons sur les routes… A moins que les « jeunes » acheteurs de voitures d’occasions achètent pour la majorité leurs véhicules à l’étranger, sinon le compte n’y est pas…

Ca n’a rien à voir. La courbe démographique et les 10 ans de moyenne que « vit » un véhicule en Suisse fait la différence. Par exemple, en 1990 et 2013 il y avait 6.7 et 8 millions d’habitants en Suisse… dans le même temps, les véhicules de tourisme sont passés de 3 à 4.3 millions… il y a donc une augmentation du nombre de voiture dans l’absolu mais aussi proportionnellement aux habitants. Ce constat est sensiblement le même dans tous les pays occidentaux.

T

12)
Dom' Python
, le 08.03.2016 à 18:34
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Merci Roger pour ce billet interpellant.
Mon iPhone 5 commence à battre de l’aile. Il n’a pourtant que 3 ans. Une clean instal et le remplacement du bouton qui coupe le son lui permettront vraisemblablement de durer encore un peu. Et pourtant la tentation est grande de le remplacer… Un 6+, avec un confort de lecture, une autonomie supérieure, tout ça. Mais objectivement, mon 5, s’il fonctionnait parfaitement, devrait me suffire.
En passant devant le stand iPhone de la fnac hier, j’ai regardé un 6+ dans les yeux. Il m’a semblé alors assez clairement que s’il y avait un dictateur dans l’affaire, c’était pas l’objet lui-même mais ma relation à lui. Et que le pouvoir de fascination ce ce truc avait sur moi devait plus à ma propre gestion du désir, à mon rapport à lui, qu’à lui-même.

13)
OliDa
, le 08.03.2016 à 19:11
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On existe surtout à travers qu’on fait ou ce qu’on réalise, pas par rapport à ce qu’on possède.

Maintenant c’est vrai, c’est bien agréable de pouvoir utiliser (et posséder) des très bons outils/jouets.

Parfois on veut de la nouveauté et suivre une mode ou succomber aux nouvelles fonctionnalités.
D’autres fois on est presque contraint de suivre les nouveautés, car l’obsolescence est une réalité…
J’enrage de voir mon iPad (presque 4 ans) ramer comme c’est pas possible alors qu’au début il galopait bien. Pourtant, il n’a aucun soucis ! Je changerai cette année, non pour la frime, mais pour retrouver une tablette qui réagit bien. Dommage.

Le plaisir de l’acquisition c’est bien, mais le plaisir retombe bien vite. L’éphémère jouissance de la nouveauté toute belle, qu’on déballe, qu’on protège contre les griffes. Après quelques temps, on s’est habitué.

La frime matérielle, je m’en tape un peu.
Par contre partager des bons moments me parait nettement plus important.

Une belle et couteuse voiture ?
bof. Confortable, pratique, pas moche, et ensuite faut voir le prix.
Nettement plus de plaisir avec une bicyclette, entre amis :)

Les bouddhistes ont tout compris alors ? ;-)

14)
Modane
, le 08.03.2016 à 21:55
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Ce consumérisme, c’est encore une histoire de fond et de forme…

Si on ne possède pas le nécessaire, comment dire, culturel, intime, familial, relationnel pour acquérir une place de choix dans la société, en posséder les symboles suffit. D’où les marques prestigieuses, dites de luxe, et les gadgets dernier cri, dont on n’utilise que la moitié du potentiel; l’essentiel étant d’avoir, en quelque sorte, le bijou, la médaille, le certificat. Desmond Morris avait une très bonne explication du phénomène, avec son Singe nu.

Sinon, je viens de lire, sur Mac4ever :

Apple a récemment mis à jour la liste de ses produits obsolètes afin d’y faire figurer les MacBook Pro 17 pouces ainsi que les modèles 15 pouces sortis à la mi-2010 et les Xserve mis en vente début 2009. Ces machines, qui ont fait leur temps, ne pourront donc plus être pris en charge pour des réparations, sauf dans des cas exceptionnels, si un vice caché est mis en lumière, par exemple. À ce rythme, on peut craindre que le moniteur Apple Thunderbolt 27 pouces (et le Mac Pro 2013) soient parmi les prochains à rejoindre la liste funèbre de la Pomme.

Va falloir racheter des trucs pour briller à nouveau…

Merci pour cette occasion de réflexion!…

15)
Gr@g
, le 09.03.2016 à 16:06
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Et quand le produit ne remplit plus le cahier des charges que l’on s’est fixé?

Pendant longtemps, je voulais le dernier MBPro, le dernier iPod, le dernier iPhone.

Aujourd’hui, j’ai un MBP de 2008 (j’en ai parlé dans une humeur) que je vais devoir remplacer parce que l’écran est en train de mourir. Et je risque très fortement de prendre un portable Why! sous Ubuntu.

J’ai un iPhone 5s (mon dieu!) que j’ai acheté alors que le 6 était déjà sorti (re-mon dieu!) parce que je le trouve trop grand! Et il se porte comme un charme!

J’ai un iPod 160 Go que je ne souhaite pas remplacer. Il n’a que la moitié utilisé, mais je n’ai pas encore tout numérisé mes CDs (des quoi???)

J’ai un iPad Mini qui commence à ralentir du feu de dieu, alors qu’il se porte comme un charme!!! fini les màj avec cet appareil si je veux qu’il serve encore (la taille idéal pour moi).

Bon, on a remplacé un iMac de 2006 par un iMac de 2015 à la fin de l’année… Mais, là, il était temps! il n’était plus compatible avec rien!

Du coup, pour la tablette, l’ordinateur portable, voire le téléphone, je guette vraiment du côté d’Ubuntu parce que cela me semble intéressant le développement de la convergence Ubuntu Touch, même si elle n’est pas encore réellement concrête et facile d’accès, semble-t-il.

Je deviens vieux/critique/écolo/raisonnable/fou/marginal??? (cocher la bonne case)

18)
Sic Transit
, le 16.03.2016 à 08:53
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Je relève une faiblesse dans cet article : le fait de placer sur le même plan (celui du statut social) des préoccupations bien différentes.
Posséder une montre connectée, une grosse bagnole clinquante ou un zoli-bateau-qui-va-très-vite relève bien, la plupart du temps et quoi qu’on en dise, de la construction de l’image sociale que l’on projette vers les autres – tout ces objets n’étant pas foncièrement vitaux et même, la plupart du temps, deumeurant complètement superflus.
Par contre, consommer bio s’s’inscrit généralement dans une recherche de bien-être physiologique personnelle, ‘intérieure'(« j’arrête de bouffer des merdes chimiques pour me sentir mieux ») assortie quelquefois d’un acte militant et/ou politique (« ok ça me coûte plus cher, mais c’est une façon de soutenir et d’investir dans cette partie de la société qui défend des valeurs en lesquelles je crois »).
Laisser sous-entendre que les consommateurs de bio le sont par posture et pas par conviction, c’est bien les méconnaître ! … (même s’il y a partout des frimeurs, cela va sans dire…)