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Le cours de rien.

Voici le billet d'humeur que Madame Guru (expatriée non-fiscale en Belgique) a envoyé récemment à ses amis français. Elle m'autorise à vous en faire profiter:

Chers toutes et tous,

Voilà déjà bien longtemps que je vous laisse sans nouvelles de notre petit Royaume et de ses excentricités.

Heureusement, notre pays n’est pas en manque d’idées, et la dernière en date vaut son pesant de cornets de frites mayonnaise.

J'en veux pour preuve la dernière invention d’une de nos ministres de l’enseignement : «le cours de rien».

Ah oui, je vois, me direz-vous : "physique, métaphysique, ontologie du vide, Aristote, Galilée, Newton, Pascal et ses expériences, Sartre : l’Être et le néant. Facile !"

Ça, c’est bien une réponse de Français.

Les vrais Brusselaires vous diront: «ouyouye !  Mais avec quoi tu viens mon ami ? Un cours de rien ? Ça est pas compliqué ; ça est un cours avec rien dedans».

Ce sont les Belges, eux-mêmes, qui l’ont baptisé «cours de rien».

 

le soir

Et si aujourd’hui, le cours de rien fait la Une des journaux, c’est parce qu’un mois après la rentrée, on fait le bilan.
Non seulement il n’y a toujours rien dans le cours de rien, mais il n’y a personne pour le donner et Dieu merci, personne pour le suivre.
Enfin presque: 2,5 % contre 25 % prévus.
Ce doivent être des étrangers qui ne comprennent pas bien la langue et qui se sont trompés de case au moment de l’inscription.

Pas de contenu, pas d’élèves, pas de profs, mais on arrive quand même à faire un bilan.

Elle est pas géniale la Belgique ?

Bon, Siria arrête maintenant tes billevesées; sois un peu sérieuse s'il te plaît et dis-nous à quoi peut bien ressembler un cours de rien.

Et bien à rien justement ; car on ne sait toujours pas avec précision quoi mettre dedans.

Je comprends votre désarroi car l’esprit toujours en éveil, le Français aime tout comprendre, tout analyser, argumenter, confronter, débattre ; d’où sa surcharge intellectuelle et émotionnelle qui lui plombe le moral à longueur d'année.

Le Belge, lui, se marre. Il attend pour voir. Il nage encore en plein surréalisme et quelque part il aime ça. C’est sa fierté nationale. Parfois imité, jamais égalé. Il n’est jamais à court d’idées.

Pourtant au départ ; c’était une bonne idée ce cours de rien.

Il faut savoir qu’en Belgique depuis toujours des cours de religion catholique, protestante, judaïque, musulmane, laïque sont imposés au choix à l'école et c’est très bien ainsi. Qu’ils y restent surtout plutôt que d’être dispensés par Dieu sait qui, Dieu sait où.

Si j’ai mis le «laïc» dans les religions, ce n’est pas par erreur. C’est que justement, le cours de morale laïque prend trop souvent des allures d’anticléricalisme militant, prosélyte à souhait; en tout cas, "loin de la neutralité qu’on est en droit d’espérer d’une pensée qui se veut libre", peut-on lire dans certains journaux.

L’Éducation Nationale aurait pu remonter les bretelles de son corps enseignant et le rappeler sévèrement à l’ordre en cette période particulièrement sensible au sectarisme et à l’intolérance.

Non, non, notre ministre a eu l’idée d’ouvrir un autre cours. En plus. Déjà qu’on n’a plus d’sous…

L’idée était louable pourtant : «Apprentissage à la citoyenneté, à la tolérance, au respect de l’autre». (C’est là qu'on se demande ce que pouvaient bien faire les profs de morale laïque pendant une heure).

Et pour le secondaire, une autre super idée : histoire des grandes religions, des grands courants philosophiques et autres chouettes trucs qui, sans nul doute, auraient raflé la mise à tous les autres.

Les profs de religion et de morale commençaient déjà à trembler à l’idée de perdre des heures voire carrément leurs postes.

Et qui aurait donné ces cours de respect mutuel, de neutralité bienveillante, d’ouverture à l’autre, croyez-vous ?

Je vous entends d’ici : «Oh et bien justement ; yaka utiliser les profs de religion et de morale laïque en manque d’heures».

Sauf que je ne vois pas bien, et la ministre non plus, les laïcs militants et les religieux bien trempés dispenser des cours d’ouverture aux autres courants que les leurs.

Chacun prêche pour sa paroisse. Autant demander au grand méchant loup de vanter les vertus du végétalisme.

Et voilà. C’est comme ça qu’on se retrouve un mois après la rentrée avec pas grand'chose dans les cours de rien, personne pour les suivre et personne en vue pour les donner.

Si vous-même, ou une de vos connaissances, êtes titulaire d'un titre pédagogique, que vous êtes ouvert, œcuménique, tolérant et bon à rien, des places sont à prendre...

Vive la Belgique et vive le Roi !

19 commentaires
1)
fxc
, le 14.10.2015 à 00:41
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Une fois rien, c’est rien ; deux fois rien, ce n’est pas beaucoup, mais pour trois fois rien, on peut déjà s’acheter quelque chose, et pour pas cher. Alors maintenant si vous multipliez trois fois rien par trois fois rien, rien multiplié par rien égale rien, trois multiplié par trois égale neuf, ça fait rien de neuf.

Raymond DEVOS

3)
ToTheEnd
, le 14.10.2015 à 09:47
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Très sympa cette histoire de rien… mais chez moi la photo ne s’affiche pas.

Vivement que les cours prennent de la hauteur avec une licence en rien, un master en néant et un doctorat du vide… et puis après, je vois déjà des grandes institutions comme l’ENA revendiquer que c’est eux qui sont le plus avancés dans cet enseignement avec des dizaines de représentants dans les plus hautes sphères de l’état…

T

4)
fxc
, le 14.10.2015 à 10:10
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J’en veux pour preuve la dernière invention d’une de nos ministres de l’enseignement : «le cours de rien».

Une suffirait, mais dans ce pays,il y en a plusieurs, un cigare et une surprise à celui qui trouve le nombre exact de ministres de l’enseignement en belgique.

5)
PhilSim
, le 14.10.2015 à 11:34
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Attention, le rien n’a pas besoin d’être multiplié par trois pour valoir quelque chose. Par exemple, si vous prenez l’expression « un rien l’habille » (en parlant d’une femme, bien sûr), ce rien va être attirant, d’autant plus qu’il sera petit ; et je pense que cela s’applique dans plein d’autres situations.

Il est évident que le vide, le rien, l’absence crée une attraction, un point de fixation, voire de référence ; dès lors, il s’agit d’un objet qui n’est pas que conceptuel mais prend bel et bien place dans la réalité. À partir de là, il faut envisager la taille de ce rien (les petits riens et les grands riens), la couleur (un rien de rose sur une pommette), le goût (l’absence, l’oubli du sel dans l’eau de cuisson des pâtes), etc

Le rien apparaît donc comme un objet finalement très important, à l’égal du zéro dans les mathématique ou nos simples calculs quotidiens. En fait, tout se joue entre le rien et l’infini, où nos vies essaient de trouver leurs places tant bien que mal.

Il faut donc encourager vivement et pousser à développer ces cours de rien, qui sont manifestement une introduction à une approche du tout et de l’universel…

8)
PhilSim
, le 14.10.2015 à 12:40
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@pter

Avec quelques cours de rien, votre compréhension va s’enrichir et s’ouvrir vers le moins que rien… ;-)

9)
M.G.
, le 14.10.2015 à 14:49
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je vois déjà des grandes institutions comme l’ENA revendiquer que c’est eux qui sont le plus avancés dans cet enseignement avec des dizaines de représentants dans les plus hautes sphères de l’état…

Un doute m’assaille : les dignes représentants de la Promotion Voltaire n’avaient-ils pas déjà bénéficié de cet enseignement ?

N.B.- Chez moi non plus, l’image ne s’affiche pas…

11)
guru
, le 14.10.2015 à 19:10
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J’ai réinstallé l’image qui est un extrait avec un titre du journal Le Soir.
Et puis, il y a ceci.

12)
Gr@g
, le 14.10.2015 à 19:42
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L’air de rien, je n’ai rien contre cela, je crois même que j’ai le cerveau qui s’est rempli, tout à cause de ce rien.

13)
ToTheEnd
, le 14.10.2015 à 19:59
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J’ai réinstaller l’image qui est un extrait avec un titre du journal Le Soir.

Je me demande qui a la main foutue sur ce site;-)

T

14)
Zallag
, le 14.10.2015 à 22:13
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Hé hé, mais c’est très logique tout ça, des cours de rien. Du moins si on est resté latiniste après l’avoir été il y a des années ou qu’on est intéressé aux mots et à leur étymologie.

Le mot « rien » vient du mot latin res, qui veut dire « chose », contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord. La république, c’est la chose publique…

Un petit rien, c’est donc une petite chose. Si on dit qu’il n’y a rien, c’est qu’il n’y a pas de chose.

« Il n’y a rien de plus vrai » veut dire « il n’y a pas de chose plus vraie ».

Allez, je repars sans avoir rien apporté à la discussion) ou si vous préférez, sans avoir apporté quelque chose à la discussion.

Ce qui est pareil.

15)
tibet
, le 14.10.2015 à 23:28
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Le rien apparaît donc comme un objet finalement très important, à l’égal du zéro dans les mathématique ou nos simples calculs quotidiens. En fait, tout se joue entre le rien et l’infini, où nos vies essaient de trouver leurs places tant bien que mal.

Un rien jouissif que tout cela, et pour la citation de PhilSim, je veux croire qu’il passe du zéro… à l’infini en voulant un peu nous rappeler Arthur Koestler :°)

16)
François Cuneo
, le 15.10.2015 à 00:15
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Je me demande qui a la main foutue sur ce site;-)

:-)

Je n’ai toujours pas l’image non plus!

Guru… du JPEG et ça passe!:-)

Sinon… C’est surréaliste cette histoire!

17)
guru
, le 15.10.2015 à 09:02
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Voilà j’ai remis l’image en jpg… mais qu’est-ce que c’est ce site qui n’accepte pas les png !!!

18)
yl
, le 15.10.2015 à 10:21
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Voilà j’ai remis l’image en jpg… mais qu’est-ce que c’est ce site qui n’accepte pas les png !!!

C’est probablement plus les caractères accentués qui posaient problème que le format de l’image…

19)
Hervé
, le 15.10.2015 à 12:09
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Après le latin, passons au grec, c’est tout aussi amusant. Le grec à le mot τίποτα (tipota en lettres latines).

Question : έχεις τίποτα; (ékis tipota ?) = As.tu quelque chose?
Réponse : έχω τίποτα (éko tipota) = j’ai rien

Aussi tordus que les Belges !