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Sauver un immeuble de la démolition

Après Un pont en Casamance que j'avais publié le 16 juillet, j'avais promis que je reviendrai sur Cuk avec un nouvel article sur une réhabilitation remarquable. Le voici.

Je tiens à dire en préambule que les malfaçons que nous allons découvrir ne sont pas l'apanage de la construction en Afrique. Dès 1984, le directeur technique de l'entreprise française la plus impliquée dans les travaux de réhabilitation m'affirmait « La plupart de nos interventions ont lieu sur des ouvrages de moins de quinze ans ».

Les 25 photos qui illustrent cet article proviennent de mes archives personnelles. Les premières datent de mai 2006, les dernières de mai 2008. Les travaux ont été réalisés entre juillet 2006 et mars 2007. Pas facile de choisir parmi les 475 photos accumulées au fil des mois. J'espère que l'ensemble soit cohérent et compréhensible.

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Photo 1 – L'immeuble lors d'une première visite (il n'est plus habité)

Les intervenants

Le « Maître d'Ouvrage ». Le propriétaire de l'immeuble (une compagnie d'assurances).
Le Bureau d'Études Techniques (BET). Chargé de valider nos solutions et d'établir les plans d'exécution, après les calculs nécessaires.
Le Bureau de Contrôle. Chargé de contrôler la bonne exécution des travaux, en conformité avec les plans du BET et nos propres descriptifs techniques préalablement validés.
L'Entreprise. C'est nous.

État des lieux

Cet immeuble R+5 est situé à Dakar, sur le "Plateau", à proximité immédiate du Palais de la Présidence de la République.

À la date de notre première visite, il avait été évacué (hormis les boutiques du rez-de-chaussée) sur injonction du Bureau Véritas après qu'un locataire du 4° étage se soit plaint d'avoir entendu plusieurs fois des craquements dans la nuit !

Le Maître d'Ouvrage n'avait plus que deux alternatives : faire procéder à la démolition pure et simple de l'immeuble et à sa reconstruction (solution préconisée par le Bureau Véritas) ou trouver un opérateur capable de le réhabiliter dans les meilleures conditions de pérennité.

Sincèrement, je ne sais plus comment nous nous sommes retrouvés consultés dans le cadre d'une réhabilitation éventuelle. Ce dont je me souviens, c'est que nous avons réussi à constituer rapidement une équipe avec nos partenaires habituels, en qui nous avons une totale confiance réciproque.

L'immeuble avait été construit douze ans auparavant et n'était donc plus couvert par l'Assurance Décennale obligatoire au Sénégal pour les ouvrages neufs. Bref, tous les frais de travaux éventuels étaient à la charge du Maître d'Ouvrage.

On peut estimer le coût de la démolition et de la reconstruction à près de 6 millions d'euros. Les travaux que nous proposions représentaient à peine 4 % de cette somme, à laquelle il a quand même fallu ajouter le montant des travaux des corps d'état secondaire  : Carrelage – Électricité – Plomberie – Peinture, qui furent remis à neuf.

Particularité des fondations

Cet immeuble a été construit sur un Radier Général qui sert de parking en sous-sol. La taille relativement modeste de l'immeuble et les qualités de résistance du sol sous-jacent permettaient de s'affranchir de fondations profondes. Les dégradations les plus graves ayant été constatées dans cette partie essentielle de la structure, nos travaux ont consisté en la réhabilitation totale des ouvrages au niveau du parking.

Ce que nous avons trouvé

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Photo 2 - Un des poteaux de façade. Les fissures sont de très mauvais augure !

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Photo 3 - Un autre poteau de la façade principale, à l'entrée de l'immeuble.

Là aussi, les fissures prouvent que les charges limites ont été dépassées.

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Photo 4 - Un des voiles périphérique du sous-sol.

On y voit une tentative de puisard pour évacuer les eaux d'infiltration. Peu efficace.

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Photo 5 - Là, on constate des velléités de réparation par un replâtrage inapproprié !

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Photo 6 - Une des dalles pleines en plafond.

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Photo 7 - L'entrée du parking, accessible par le sous-sol de l'immeuble voisin.

Dans cette zone, le plafond est constitué de la dalle pleine de la cour de service,

qui sert elle-même de parking à ciel ouvert.

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Photo 8 - Prise du même endroit, avec vue vers la droite.

À gauche de la photo, le noyau central de l'immeuble, qui contient la cage d'escalier et la trémie des ascenseurs. L'immeuble commence à la caisse rouge, jusqu'au voile

périphérique situé au fond, le long de la rue en surface.

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Photo 9 - Un des quatre poteaux les plus chargés de l'immeuble.

Il reprend la totalité de la charge de la cage d'escalier centrale,

la machinerie d'ascenseur…

Et le réservoir d'eau de 20 m3 qui se trouve en terrasse, au-dessus du 5° étage.

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Photo 10 - Ce qui reste d'un support de la dalle du parking de la cour de l'immeuble…

Diagnostic général

La cause la plus évidente de la dégradation de l'ouvrage en général est la mauvaise qualité des bétons mis en œuvre. Ce constat fera s'écrier à l'ingénieur du Bureau de Contrôle, habituellement très pondéré dans ses propos : « Mais ce béton, ce n'est pas du béton, c'est de la m… ».

C'est vrai que tout concourait à favoriser la catastrophe : mauvais agrégats de calcaire, sous-dosage en ciment, mauvais calage des aciers dans les coffrages.

Pourtant, ce n'était pas tout et les premiers repiquages devaient nous réserver d'autres surprises. En particulier un sous-dimensionnement généralisé des aciers de ferraillage. Il faut savoir que le Maître d'Ouvrage n'avait pas retrouvé les plans B.A. de l'immeuble et que l'entreprise avait disparu.

Les solutions mises en œuvre

Dans un premier temps, le BET reconstitua les "descentes de charge" de l'immeuble et recalcula un plan de ferraillage crédible. Comparé aux résultats de nos premiers repiquage, le verdict était sans appel : tous les poteaux étaient sous-dimensionnés. Avec une sorte de record pour les quatre poteaux du noyau central (Photo 9). Alors qu'ils avaient à reprendre chacun une charge de 440 tonnes au sous-sol, leurs dimensions étaient telles qu'elles ne pouvaient laisser espérer que 240 tonnes au mieux !

La décision fut prise de renforcer tous les poteaux existants en les "rechemisant" par l'extérieur au micro-béton projeté après avoir ajouté les armatures nécessaires.

Le radier existant serait conservé comme coffrage d'un nouveau radier armé de 20 cm d'épaisseur rendu solidaire de l'ancien par des crochets scellés à la résine époxydique.

Toutes ces techniques, nous les maîtrisions parfaitement. Restait le problème de l'étançonnage provisoire pendant les travaux, sachant que nous avions 5 étages au-dessus de la tête, avec des poteaux qui avaient commencé à s'écraser ! Une solution fut trouvée par un de nos partenaires qui calcula et réalisa en une nuit les premiers étais à vis capables de supporter une charge de 30 tonnes. C'était mieux que les étais du commerce qui résistent au mieux à 1,5 tonne…

Quelques photos pour illustrer les travaux

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Photo 11 - L'aspect typique d'un poteau en cours de renforcement.

On voit très bien par la déformation de ses armatures originales et l'éclatement du béton

qu'il s'est littéralement écrasé sur lui-même !

Les nouvelles armatures sont en place, avant sablage et projection du micro-béton.

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Photo 12 - Notre seule et unique technique pour renforcer les éléments de structure.

Ici, c'est sur un voile périphérique dont on voit la deuxième nappe d'armatures.

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Photo 13 - Un poteau en cours de projection.

On note les étais à vis qui peuvent supporter 30 tonnes.

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Photo 14 - Le même, en attente de la dernière couche de projection.

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Photo 15 - Le même, terminé.

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Photo 16 - Le ferraillage du radier complémentaire avec ses cales, avant coulage.

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Photo 17 - Aciers d'ancrage du radier dans les poteaux, scellés à la résine.

Le recouvrement avec les aciers de la nappe du radier est de 52 diamètres.

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Photo 18 - Pour l'état avant traitement, voir Photo 10 ;-)

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Photo 19 - Notre seule intervention extérieure, sur la façade.

On note la présence en quantité des étais à vis de 30 tonnes !

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Photo 20 - Les deux poteaux de l'entrée après traitement.

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Photo 21 - La façade au rez-de-chaussée après traitement.

On note les deux caissons que nous avons ajoutés pour ventiler le sous-sol.

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Photo 22 - Le parking terminé, peint et remis en service.

Photo 023

Photo 23 - Une autre vue, pour le plaisir.

Photo 024

Photo 24 - La zone de la Photo 10, terminée et peinte.

Photo 025

Photo 25 - Jean-Marie (le "Zorro" du Pont Émile Badiane) dans un moment d'émotion,

sans rancune apparente envers ce fameux poteau "P36" qui lui a valu une sainte frayeur pendant le chantier. Si vous le rencontrez, il vous racontera ;-)

En guise de conclusion

Une fois de plus, ce ne fut pas un chantier facile, dans ce sous-sol mal ventilé, avec des poteaux existants vraiment mal en point.

Commentaire de mon "maître" parisien de passage à Dakar pendant le chantier « Tu es fou ! Jamais je n'aurais engagé un tel truc à Paris ». Lorsqu'il est repassé en 2008, il a tenu à voir le résultat. Son seul mot a été « décidément… ».

J'ai pourtant l'habitude de dire que ce chantier était à la limite de ce que l'on peut faire en termes de réhabilitation-reconfortement. Les nouveaux immeubles en construction dans Dakar sont pour la plupart réalisés dans de telles conditions qu'il serait impossible de les réparer après cinq ans. La preuve, certains s'effondrent avant même d'être terminés !

Photo 026

Cet immeuble était en cours de construction à Dakar en mai 2013 !

 

32 commentaires
1)
François Cuneo
, le 12.08.2015 à 07:14
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Eh bien!

Quel travail!

Moi je vois les photos du départ, je pars en courant, même pas le courage de travailler dessus.

Vous êtes bien courageux!

2)
Ritchie
, le 12.08.2015 à 07:18
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Aie !

Après cet article, on reposera la question : « Qui veut encore aller habiter en Afrique ??? »

5)
M.G.
, le 12.08.2015 à 08:19
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Après cet article, on reposera la question : « Qui veut encore aller habiter en Afrique ??? »

« En tout, il faut savoir ne pas forcer son talent »

En Casamance, chez mes amis Diolas, on peut vivre à l’abri de la pluie dans une case à impluvium sans risquer de se prendre la maison sur la tête ;-)

6)
Ritchie
, le 12.08.2015 à 08:39
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… dans une case à impluvium …

Tout de suite, on a vraiment envie d’y être dans ce « palace » !

7)
Jaxom
, le 12.08.2015 à 08:58
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Très intéressant. Surtout la photo 11 où on voit la barre d’armature qui a commencé à flamber ! Réussir à sous-dimensionner à ce point un pilier, il faut vraiment le vouloir.

Sinon en questionnement plus général sur la construction chez nous : n’a-t-on pas tendance à construire pour trop longtemps ? Nos immeubles sont fait pour 50 ans au minimum et dureront sans doute sans difficulté un siècle. Avec l’évolution des techniques et des législations de construction, est-il vraiment raisonnable de faire des construction aussi durables ? Il faut bien comprendre que construire pour plus longtemps non seulement coutera plus cher, mais que l’énergie grise est sans doute aussi plus importante.

Il y a des pays où on construit pour moins longtemps. En vacance, un ami s’est excusé en m’invitant chez lui parce son immeuble était vieux : il avait déjà 30 ans.

9)
J-C
, le 12.08.2015 à 09:52
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Nos immeubles sont fait pour 50 ans au minimum et dureront sans doute sans difficulté un siècle

À Ajaccio, en bord de mer, vu de mon balcon, la mode est au blockhaus..

10)
ThierryS
, le 12.08.2015 à 10:07
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Après cet article, on reposera la question : « Qui veut encore aller habiter en Afrique ??? »

Pas plus tard que la semaine dernière, je suis passé sur le pont « Ölandsbron » (Oland Bridge), qui relie la la Suède à une de ses iles (öland)

Lien wiki

On pourrait penser que dans ce pays dit « ultra sérieux », le pont serait construit dans les règles de l’art.
Que nenni, de l’eau de mer a été utilisée pour faire le ciment ce qui a causé une détérioration très rapide des piliers et la nécessité de réparations extrêmement couteuses.

Lien sur la restauration (en anglais)

Je pense que ce n’est pas l’appanage d’un seul continent malheurusement

11)
Lutoblerone
, le 12.08.2015 à 10:14
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Merci Marc pour ces images impressionnantes à double titre : tout d’abord sur la « fragilité » de nombre de constructions modernes; et ensuite sur ce que l’on peut faire en terme de rénovation/restauration aujourd’hui sur de grosses structures, sans avoir besoin de tout mettre par terre.

12)
M.G.
, le 12.08.2015 à 10:23
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Sinon en questionnement plus général sur la construction chez nous : n’a-t-on pas tendance à construire pour trop longtemps ? Nos immeubles sont fait pour 50 ans au minimum et dureront sans doute sans difficulté un siècle.

On pourrait aussi parler des cathédrales dont les plus jeunes datent du XIII° siècle !

Une rénovation est actuellement en cours à Dakar. Il s’agit du plus grand bâtiment urbain construit avant l’Indépendance. À l’origine on le nommait le « G.G. » pour Gouvernement Général… De l’A.O.F. !

Il date de 1958. En 1960, c’est devenu le « Building Administratif » qui était censé regrouper tous les ministères du Sénégal.

Le déshabillage des façades montre que les bétons sont intacts après 57 ans. Pas une trace de corrosion des armatures. Pourtant, on voit bien que les coffrages utilisés étaient de simples planches de bois raboté, pas des panneaux bakélisés comme aujourd’hui.

Seule explication : un béton constitué d’agrégats de basalte (et non de calcaire), correctement dosé en ciment et une rigueur générale dans l’exécution.

Tout Dakar a l’œil sur ce chantier « politique » de plus de 30 millions d’euros (l’estimation varie suivant les sources), dans l’attente de voir comment seront finies les façades. Quant à Jean-Marie, il surveille les échafaudages dans l’espoir de nous les faire racheter à la fin du chantier ;-)

Vue de la façade Sud. La façade principale est à droite, à l’Est. Elle doit faire 200 m sur l’avenue du Président Léopold Sédar Senghor.

Une vue du porche monumental d’entrée, au centre de la façade Est.

Détail du porche. On voit encore certains « polochons » qui tenaient les plaques de marbre dont tous les poteaux étaient habillés. Aucune trace de corrosion…

On peut aller sur Google Earth, cap sur Dakar. Le Building a fait l’objet d’un dessin en 3D avec Sketchup. Cela donne une bonne idée de la taille de l’immeuble et de sa situation.

13)
406
, le 12.08.2015 à 10:29
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intéressant comme article. tiens, pas plus tard qu’hier, on a constaté qu’un morceau de décoration sous un balcon (10cmx 15cm au total) s’était décroché et cassé une vitre du auvent de l’entrée de porte. le ravalement a été fait y’a plus de dix ans mais pour remplacer la partie manquante de cette pierre calcaire (à droite), ils ont mis …. du ciment (à gauche) qui pèse en plus, deux fois plus lourd. pour un immeuble haussmannien du XVII de Paris à côté de la Grande armée à 8000 euro le m2, ça craint, ce boulot de sagouin…

14)
J-C
, le 12.08.2015 à 10:36
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Tout Dakar a l’œil sur ce chantier « politique » de plus de 5 milliards d’euros (!)

euh… cela ferait 3 279 Milliards de FCFA ? ?

Je confirme qu’actuellement le bâtiment a l’air tout neuf, étonnant !

Quelques infos supplémentaires ICI

Un toubab au travail …

15)
g4hd
, le 12.08.2015 à 10:56
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Bonjour,
Pour cette réhabilitation d’immeuble dont les sous-oeuvres étaient bâclés, je suis étonné qu’il n’y ait pas eu de graves déformations évidentes dans les étages, puisque M.G. dit que l’immeuble a été évacué après qu’un locataire du 4° étage se soit plaint d’avoir entendu plusieurs fois des craquements dans la nuit !
Ou alors, les habitants s’étaient habitués et ne voyaient plus les fissures ?

Merci pour ce « reportage », M.G.

;•) j’aime bien la photo 3 : la voiture qui retient le mur !!!

16)
M.G.
, le 12.08.2015 à 11:04
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euh… cela ferait 3 279 Milliards de FCFA ? ?

Ah ! L’homme du Trésor, très attaché à la bonne utilisation de l’argent public s’est réveillé ;-)

Quant à moi, je ne l’étais pas encore lorsque j’ai fait la conversion…

Merci pour la remarque pertinente. Je corrige dans le texte de mon commentaire. Merci également pour le lien vers Dakar Actu, excellent.

17)
M.G.
, le 12.08.2015 à 11:32
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@ThierryS
Merci pour le PDF sur le chantier du Oland Bridge ! Je constate que la technique utilisée a été du même type que celle que nous avons mise en œuvre pour le Pont Émile Badiane : chemisage extérieur des voiles qui supportent les chevêtres du pont, à une hauteur identique sur la longueur de l’ouvrage. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la corrosion n’est intervenue que sur une hauteur limitée au-dessus de la zone de marnage.

En revanche, l’argument du béton gâché à l’eau saumâtre pour expliquer le phénomène est souvent remis en question. Avec un ciment validé « prise mer » de type CHF, on peut très bien réaliser des ouvrages en béton armé gâché à l’eau de mer qui soient pérennes, toutes autres règles de mise en œuvre respectées.

Le Chlorure de Sodium NaCl contenu dans l’eau de mer n’est pas le plus dangereux des sels dissous dans l’eau de gâchage. D’autres le sont beaucoup plus, comme le Sulfate de Magnésium MgSO4 car il réagit avec la chaux pour donner du gypse, gonflant et soluble dans l’eau.

18)
M.G.
, le 12.08.2015 à 11:43
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Pour cette réhabilitation d’immeuble dont les sous-oeuvres étaient bâclés, je suis étonné qu’il n’y ait pas eu de graves déformations évidentes dans les étages

J’ai l’habitude de dire que « le béton est très gentil ».
Aussi curieux que cela puisse paraître, le béton armé bénéficie d’une élasticité non négligeable, due aux aciers de ses armatures. Sur la hauteur de l’immeuble, les tassements des poteaux du sous-sol sur eux-mêmes ont été amortis par le réseau croisé des poutres. Dieu merci.

19)
M.G.
, le 12.08.2015 à 12:00
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Case à impluvium, je ne connaissais pas. Et pourtant…

Ce peut être une bonne façon de se ressourcer et de méditer. Au moins, on est sûr de n’avoir aucun problème de smartphone : ni réseau GSM ni 3 ou 4G, ni courant pour recharger les batteries ;-)

Seul désagrément du matin : le vacarme des oiseaux qui fêtent le jour qui se lève et vous obligent à en faire autant.

Dans la journée, balade en forêt ou dans les rizières. À la sieste, lecture de quelque bon bouquin (à ne pas oublier dans ses bagages). Le soir, veillée à l’écoute des anciens qui ont toujours des souvenirs à raconter. Initiation à l’État de nature, avant de retrouver la fumée des échappements de diesel dans les rues de Dakar…

Marc, l’Africain

20)
Zallag
, le 12.08.2015 à 13:39
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J’aime bien tes articles, l’Africain. Ça me sort complétement de ce que je connais, de ce que j’ai fait comme métier. Il y a là tout un savoir, tout un vocabulaire, c’est plein de termes qui, dans ce que tu fais, ont évidemment des significations très précises.

Je suis allé au moins cinq fois sur Google pour apprendre par exemple ce que c’est qu’un chevêtre (on comprend bien qu’il y a dans ce mot l’origine du mot enchevêtrement), ou ce qu’est une case à impluvium (bon ça évoque bien sûr la pluie, mais pas plus pour moi), terme que Google me propose justement avec le mot Casamance, dont j’ignorais (déjà dans ton autre article) que c’était un fleuve.

Bref, je sais qu’on ne peut pas tout savoir, bien sûr, mais dans ton domaine, comme dans bien d’autres sans aucun doute, je suis un ignorant absolu, et maintenant, avec ce que tu nous racontes, je le suis un peu moins. Tu m’as ouvert quelques pistes supplémentaires de culture, de savoir, je t’en remercie.

21)
ysengrain
, le 12.08.2015 à 15:01
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Rapporter une expérience personnelle ici … on se sent at home.
Voici la nôtre, mon épouse et moi.
En 1991, nous achetons une grande maison en banlieue ouest de Paris, entre Poissy et Mantes. Sur un mur du salon, une fissure. Question au propriétaire, réponse assurance prévenue, sera pris au titre de la garantie décennale.
Dans l’acte notarié, nous faisons préciser que la réparation de la fissure DOIT être pris au titre de cette garantie.
Un mois après notre emménagement, apparait une nouvelle fissure, sur un autre site.
Enquête, lecture attentive de l’acte notarié, contacts avec les compagnies d’assurance celle de l’architecte et celle du vendeur.
Il s’avère que
1- la maison est construite en dehors des bonnes pratiques: pas de fondation (3 cm au maximum, les murs sont en Ciporex très léger
2- la réparation de la première fissure n’a pas été faite sous couvert de la garantie décennale
3- le notaire a fait figurer des renseignements faux … qu’elle a avoué par écrit

Le procès a duré 16 ans, car les 2 compagnies d’assurance ont empêché pendant ce délai la constitution d’une expertise.
Une fois réalisée, le jugement a condamné tout le monde: notaire, les 2 compagnies d’assurance, l’entreprise qui a construit la maison, l’ancien propriétaire et l’architecte (qui n’était pas diplômé !!!)
Des travaux pour un montant de 400.000 € ont été faits: dalle de fondation de 0,80 m, 84 micropieux sous la maison (les « micropieux » mesuraient 17 mètres du haut et 22 cm de diamètre en béton armé).

C’était il y a 8 ans. À ce jour, la maison n’ose plus bouger

22)
M.G.
, le 12.08.2015 à 15:23
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Tu m’as ouvert quelques pistes supplémentaires de culture, de savoir, je t’en remercie.

Tu penses bien que tes mots me vont droit au cœur.

Certes, on ne peut pas tout savoir. Pourtant, j’ai le souvenir d’une superbe phrase de Joël de Rosnay au sujet de l’Internet (c’était chez Bernard Pivot) « Tu ne sais pas, demande. Tu sais, partage ».

Aujourd’hui, j’ai envie de remercier Noé une fois de plus pour le superbe outil d’édition qu’il a mis à la disposition des rédacteurs de Cuk.ch :-)

23)
M.G.
, le 12.08.2015 à 15:34
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C’était il y a 8 ans. À ce jour, la maison n’ose plus bouger.

Avec 84 micropieux enfichés de 17 mètres et connectés sur un radier généralisé de 80 cm, il ne manquerait plus qu’elle ose bouger, ta maison ;-)

Que de projets loupés avec le SIPOREX, sous prétexte qu’il est très léger (densité 0,3 – 300 kg au mètre cube, ça flotte sur l’eau) ! C’est dommage, parce que ce béton cellulaire industriel a bien d’autres avantages en termes d’isolation thermique et d’ignifugation mais a toujours été mal exploité dans la construction de maisons individuelles.

Si mon ami l’Expert parcourt ces commentaires, ça lui rappellera quelques souvenirs…

24)
M.G.
, le 12.08.2015 à 19:26
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@PhB
Durable, la cité Ginko ? Moi je veux bien ;-)
Je me méfie de ces fantasmes d’architectes.
En ce qui concerne la cause du « balcon replié », la photo légendée « Reste à déterminer comment ce balcon a pu s’effondrer. » donne un début de piste : ce qu’elle montre des aciers qui restent apparents sur la tranche de la dalle à la jonction avec la façade de l’ouvrage prouve qu’ils ne sont pas à leur place.

Ils sont situés dans la partie basse de l’épaisseur de la dalle, alors qu’ils devraient être dans la partie haute.

Les aciers de la dalle d’un balcon doivent toujours se trouver dans la partie haute de l’épaisseur du béton, pour qu’ils puissent travailler en traction. S’ils n’ont pas été calés correctement, le simple fait de leur marcher dessus au moment du coulage va les faire descendre dans la partie basse de la dalle, où ils n’auront plus l’effet attendu. Le béton à la jonction avec l’immeuble, trop sollicité au cisaillement, finira par se casser et la dalle du balcon se repliera sur la façade, restant en général suspendue aux aciers pliés à 90 °. À Dakar, c’est un phénomène courant, les balcons ayant tendance à se replier dès qu’on enlève les étais du coffrage :-)

Dans le cas de la Cité Ginko, il semble que les aciers aient eu le temps de s’oxyder et qu’ils se soient rompus sous la contrainte anormale.

Mise à jour du 16 août

Je viens de retrouver une photo de « balcon replié » que j’ai prise à Tarrafal, sur l’île de Santiago au Cap Vert :

On y voit les aciers inférieurs de la dalle qui ont été prolongés sans autre forme de procès vers l’extérieur dans le but d’armer le balcon.

À la jonction, le béton qui travaillait au cisaillement s’est cassé et le balcon s’est replié vers le bas. CQFD.

25)
lvme
, le 14.08.2015 à 18:01
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Ah, j’adore les Folies de Montpellier, enfin un peu d’air frais dans l’urbanisme français. Mais sur les 9 projets initiaux (il me semble qu’il y en avait 9) seul deux vont voir le jour. Dommage, car entre les boîtes à chaussure « Astron » de nos zones commerciales en entrée de ville, et les cages à lapin qui s’invitent au centre ville, il ne restera plus d’endoit pour s’émerveiller devant nos bâtisseurs.

Dernier exemple en date, le centre Pompidou de Metz. Voilà un édifice original qui se retrouve petit à petit encerclé par des bâtiments « promotion pâtés » à 8 étages. Rien n’a été fait pour mettre en valeur le bâtiment qui va se retrouver noyé dans un océan de béton et de verre.

Personnelement je suis pour l’audace architecturale, un peu ras le bol du dictat des ingénieurs sur les chantiers.

Sinon, la remise à plat de ce sous-sol est impressionnante même si je n’ai pas tout compris (pathologie du béton et nature des travaux de réfection) Cela devait vraiment être particulier.

A l’avenir, il faudra être ingénieux pour réparer les sinistrés liés aux nouvelles technologies qui sont de plus en plus complexes à appréhender. Un exemple, les forages géothermiques très à la mode, qui percent les couches géologiques que l’on n’arrive pas à reboucher.

A suivre

26)
zit
, le 15.08.2015 à 08:07
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Passionnant !

Quelle a été la durée de l’opération ?

Pour ce qui concerne la nécessité de la réhabilitation, je suis plus circonspect : il n’est pas très joli, cet immeuble ;o)… je préfère de loin la case à impluvium (ça a l’air grand, comme truc).

Je suis assez d’accord avec Ivme, pour ce qui est de l’architecture en France, on autorise des millions d’hectares de verrues en tôle ondulée et autre horreurs pour les zones commerciales péri-urbaines alors que les archis des bâtiments de France font la fine bouche sur la nuance de la teinte de la couleur d’une tuile d’une maisonnette perdue au fin fond de la cambrousse (qui a dit deux poids deux mesures ?). La ville la plus incroyable que j’ai pu voir, c’est Osaka : des quartiers entiers d’immeubles plutôt bas (R + 2 R + 3 seulement), dont de nombreuses finitions en béton à la Ando Tadao : on a envie de toucher les murs tellement ça a l’air doux ! Et une variété incroyable, du plus sage au complètement exubérant, apparemment là-bas, du moment que les normes antisismiques sont respectées, le reste à l’air vraiment très libre…

Bon, ça progresse un peu quand même, je trouve que les dernières réalisations dans ma ville (Vitry sur Seine, proche banlieue parisienne), qu’elles soient de nature publique ou privée, vont dans un sens intéressant, maximum R+5 ou 6 et des tentatives (plus ou moins réussies, là n’est pas le problème) d’originalité avec les finitions en façade, du bois, de la couleur…

Quand aux éco–quartiers, si, si, c’est du développement durable… pour Bouigues et consort ;o).

z (ya pas un dicton qui dit : le béton, 10 ans à sécher, 30 ans à pourrir ? je répêêêêêêêêêêêêêêêêête : j’aime bien mes murs en pierre – le bâtiment que j’habite est né 100 ans avant moi-)

PS : sinon, j’aimerais bien faire un petit plan de lavabo en finition béton ciré, en enduit de 10 mm sur du carreau de plâtre ou du Siporex par exemple, de conseils avisés je suis preneur !

27)
lvme
, le 15.08.2015 à 09:42
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1) Bah, le plan de travail en béton ciré, c’est jolie dans les revues de décoration, mais les quelques réalisations que j’ai pu voir après quelques années d’utilisations me laissent perplexe. Il s’agissait avant tout de migration (matière grasse ou humidité ???) dans le corps même du béton malgré un entretien régulier (cire ou je ne sais plus quoi).

2) La France n’est pas mure pour la réalisation des éco-quartiers. Si la volonté politique semble bien réelle, elle touche de plein fouet la réalité économique du moment, mais surtout l’inertie du monde du bâtiment. Personne n’est prêt. On a un retard considérable par rapport à nos voisins allemands notamment. Il faut bien voir que la presse professionnelle (Le Moniteur & co) avait regardé d’un oeil bien condescendant ces premières réalisations (notament Freibourg in Brisgau dan les années 90) et que ce regard des professionnels Français n’a pas évolué d’un poil en 20 ans.

Et puis, pour concevoir un ouvrage moderne sans trop de pertes de calories, on connait la solution qui est déjà largement mise en oeuvre chez nos amis suisse et allemands, c’est tout simplement la préfabrication, qui dans nos contrées est encore synonyme de bas de gamme.

3) attention tout de même à nos « villes musées » qui s’encroutent. La vieille pierre c’est bien, mais bon, on peut évoluer aussi. Sus à la limite des 37 metres à Paris, et vive la tour triangle !!!

28)
M.G.
, le 15.08.2015 à 11:28
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Quelle a été la durée de l’opération ?

« Les travaux ont été réalisés entre juillet 2006 et mars 2007. »

Quand aux éco–quartiers, si, si, c’est du développement durable… pour Bouygues et consort ;o).

C’est assez bien vu :-)

PS : sinon, j’aimerais bien faire un petit plan de lavabo en finition béton ciré, en enduit de 10 mm sur du carreau de plâtre ou du Siporex par exemple, de conseils avisés je suis preneur !

Pour des tas de raisons, il y a peu de chance qu’un tel système résiste longtemps à l’humidité ambiante et aux agressions chimiques (savon, détergent, anti-calcaire etc).

Le béton ciré est à la mode et très joli sur la photo pour vanter le procédé. Mais j’aimerais bien que l’on publie les photos des mêmes ouvrages après cinq ans de service…

En revanche, je suis très surpris de la bonne tenue dans le temps des éléments de cuisine et de salle de bains réalisés en résine chargée et colorée dans la masse. On réinvente ainsi toutes les matières et les créateurs s’en donnent à cœur joie.

29)
406
, le 17.08.2015 à 16:05
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tout les plans en résine que j’ai pu voir en magasin, étaient rayés. pourtant, ils ne s’amusent pas à passer des clés dessus… c’est de la daube.
j’ai préféré la céramique pour ma vasque.

30)
Ritchie
, le 17.08.2015 à 17:12
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Pour la salle de bain, comme pour la cuisine, il n’y a rien de mieux (bien que cher) que le plan de travail en granit avec évier collé dessous.

J’ai pu apprécié en vacance c’est top !

31)
M.G.
, le 18.08.2015 à 19:57
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Très intéressant. Surtout la photo 11 où on voit la barre d’armature qui a commencé à flamber ! Réussir à sous-dimensionner à ce point un pilier, il faut vraiment le vouloir.

Il est clair que si l’on découvre des aciers déformés de cette manière dans un poteau, c’est bien que le béton a souffert d’une surcharge anormale et que le poteau s’est tassé sur lui-même !

Je viens de retrouver (encore !) la photo d’un poteau « écrasé » sur lequel nous avons été amenés à intervenir :

On voit très bien les armatures qui se sont déformées sous la surcharge.

Le problème, c’est qu’il s’agit là d’un immeuble neuf de type R+8, que nous sommes au rez-de-chaussée et que ce poteau part du sous-sol pour monter jusqu’au plancher-haut du 7ème !

Les calculs du BET ne sont pas en cause. Le béton a bien été réalisé avec des agrégats de basalte comme il se doit mais il a été loupé au malaxage en centrale et souffre d’un manque de ciment évident. Des tests au Scléromètre réalisés par Véritas l’ont d’ailleurs crédité de 140 bars au lieu des 280-300 bars prévus au « Cahier des Charges et Prescriptions Techniques ».

Bref, la rigueur dans la construction passe par toutes les phases d’un chantier. Une seule question : où est passée la rigueur ?

32)
Ritchie
, le 18.08.2015 à 21:03
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… où est passée la rigueur ?

au même endroit que la rigueur budgétaire en France … à la trappe !!!