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Alors voilà : les 1001 vies des Urgences

Rappelez-vous, en septembre 2013, je vous avais présenté un livre qui trouvait sa genèse dans un blog médical; Jaddo rassemblait alors ses anecdotes piquantes, mais tellement drôles, dans un ouvrage décrivant la vie d'un médecin, de ses années d'études à son établissement dans un cabinet médical. Aujourd'hui, j'ai envie de vous présenter un autre ouvrage issu d'un blog célèbre : Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, Baptiste Beaulieu, aux éditions Fayard, 2013. Comme vous l'avez compris, nous allons rester dans le domaine médical et suivre la vie d'un jeune interne de 25 ans durant sept jours. Entre les urgences situées « en bas » et le cinquième étage d'un hôpital du Gers, nous allons découvrir la vie intense d'un petit monde parfois joyeux, parfois rude, parfois tendre, parfois bouleversant, mais assurément humain.

 

 

Alors voilà

Alors voilà : les 1001 vies des Urgences, Baptiste Beaulieu

 

 

Récits d'histoires vraies rassemblées par ses soins, le narrateur nous donne de suite le ton : « Je déteste commencer ma journée par une tentative de suicide ». Et des tentatives de suicides, il y en aura. Mais également une foule d'autres histoires qu'il va nous narrer en passant des urgences au service des soins palliatifs : c'est ici que se trouve une femme qui s'accroche à la vie de toutes ses forces, dans l'attente du retour de son fils retenu en Islande à cause d'un maudit volcan. Et pour l'aider à résister au gros crabe la rongeant jours après jours, le narrateur va décider de raconter ce que lui et ses collègues vivent au quotidien et la relation parfois si compliquée entre patients et soignants, dans le secret espoir de voir enfin l'unique enfant tant attendu arriver.

 

Une pépite d'humanité dans un quotidien si austère

Et des histoires, il en a à raconter ! Tantôt cocasses, tantôt drôles comme ce coup de fil improbable d'une patiente :

 

« [...] Brigitte arrive, téléphone à la main et sourire jusqu'aux oreilles :

- Il y a une dame au téléphone, elle a un gros, un très gros problème [...].

Le doigt posé sur le combiné, elle chuchote : 

- C'est gratiné ! 

[...]

- Bonjour docteur, je lis mon thermomètre et je fais 34 degrés.

- Sachez-le : il y a des zones plus chaudes que d'autres dans le corps. D'ailleurs, la même zone est amenée à fluctuer [...]. Réponse totalement incompréhensible de la patiente :

- Sous le bras. Mais je suis électro-sensible, et les ondes téléphoniques sont comme des micro-ondes. Pensez-vous que, dans la mesure où elles chauffent le corps, elles peuvent a contrario refroidir ma peau ?

C'est d'une logique imparable et il y a sûrement un épisode de « C'est pas sorcier » avec Fred et Jamy, intitulé « De l'effet dermo-refroidissant des micro-ondes sur l'augmentation de la température corporelle ».

- Avez vous un portable ?

- Non, mais il y a une antenne relais à cent mètres en face de chez moi. Dans le bus, quelqu'un téléphonait à coté de moi. Est-ce possible ?

[...] Comment s'en tirer ? Nouveau tour de claquettes qui fonctionne toujours : déléguer à un spécialiste.

- Je ne vois qu'une chose à faire : appelez votre opérateur et il vous répondra !

Il y a une plateforme téléphonique au Bangladesh où un pauvre bonhomme ignore ce qui lui tombera dessus dans quelques minutes... »

 

Mais comme on l'imagine aisément, la vie dans un hôpital, ce n'est pas toujours drôle et la grande qualité de Baptiste Beaulieu c'est de pouvoir nous raconter à la fois ce qui est cocasse, et à la fois ce qui est terrible, tant pour les soignants que pour les patients ou leurs familles, sans perdre une once d'humanité !

 

« Chambre 12 : Mme Stiverdt, quarante-huit ans, hospitalisée pour fausse route avec pneumopathie d'inhalation. Elle ne mange plus sans avaler de travers. Depuis dix ans, elle souffre d'une maladie de Steinert, saloperie dégénérative qui change vos muscles en soupe et vous métamorphose en poupée de chiffon.

Ils sont trois à porter Mme Steinert après son passage sur la chaise percée : l'aide-soignante, l'infirmière, le médecin. Le corps humain est composé de 70% d'eau. Pour Mme Steinert, Dieu a ajouté du plomb.

Du plomb et pas mal de déveine.

Cette semaine, le médecin a vu son confrère neurologue, il voulait son avis sur Mme Steinert. Il le lui a donné. Il s'est tourné vers le pneumologue, a sollicité son expertise sur la radio de Mme Steinert. Il la lui a donné. [...]

Ce matin, [...] l'aide soignante interroge le médecin : « Pourquoi l'appelles-tu Mme Steinert ? Elle s'appelle Mme Stiverdt ! »

Depuis le début de la semaine, il a confondu son nom à consonance germanique, avec celui de sa maladie.

Depuis le début de la semaine, différents spécialistes ont donné de leur temps et de leur connaissance. A l'hôpital il y a CEUX qui donnent et CE qui vole. Les infirmiers, les aides-soignants, les médecins donnent.

La maladie vole.

Depuis dix ans, la maladie de Steinert a tout volé à Mme Stiverdt : sa vie de femme, sa vie de maîtresse, sa vie sociale, sa dignité, son droit de se torcher toute seule ou de manger sans suffoquer.

Ce matin, la maladie lui a aussi volé son nom : elle s'appelle Mme Stiverdt. »

 

Avec les histoires que conte le narrateur, en dehors de la terrible souffrance des patients et de leurs familles, on découvre également que le métier de soignant s'avère parfois être à la limite du supportable :

 

« L'autre jour, Chef Viking, a été appelé sur un carambolage, il a dû expliquer l'inexplicable : dire à des parents que leur fils unique, né après plusieurs années d'assistance médicale à la procréation, était mort sur le coup.

Chef Pocahontas s'est rendue sur les lieux d'un accident de voiture, elle a annoncé à deux enfants de huit et onze ans que leur mère, la conductrice, ne serait pas là pour fêter leur bac ni les accompagner le jour de leur mariage.

Chef Pocahontas et Chef Viking ont respectivement un mari et une épouse. Ils ont chacun des enfants et ne se voient pas en dehors du boulot, ne trinquent pas, ne jouent ni au tennis ni au Scrabble ensemble. Chef Pocahontas et Chef Viking sont simplement collègues. Parfois, quand le poids est trop lourd, quand ils ont besoin de vider leur sac, ils s'appellent et se confient.

Il y a des choses, personne d'autre ne les comprendrait. »

 

Ainsi, Baptiste Beaulieu va nous raconter comment les patients et leurs familles peuvent être confrontés à la joie, à la peine ou au chagrin, mais aussi comment les soignants peuvent vivre des moments forts, émouvants ou profondément brutaux, tout en devant être présents pour ceux qui en ont besoin. En nous parlant un peu de lui, on apprendra que le médecin, si souvent adulé, si souvent décrié, n'est au final qu'une personne comme une autre, avec ses vices et ses vertus, avec juste son humanité pour surmonter tout cela.

Après la lecture de cet ouvrage, lorsque nous serons obligés de nous rendre dans un service d'urgences, il est certain que notre vision sur l'attente souvent interminable ou sur le fait que personne n'est encore venu nous donner l'antalgique qu'on espère depuis trop longtemps, sera différente : nous n'oublierons pas que l'hôpital est un lieu rempli d'humains où se déroule « la vie de ceux qui sont couchés et de ceux qui les relèvent ».

 

 

 

17 commentaires
1)
yl
, le 29.07.2015 à 08:31
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Concernant le premier extrait, c’est un esprit médical assez étriqué qui amène à se moquer des électro-sensibles. Les symptômes répertoriés de l’electrosmog sont aussi divers que variés et il n’est pas exclu qu’il y en ai d’autres à venir…

Plus d’infos pour celles et ceux que ça intéresse: http://www.alerte.ch

2)
Madame Poppins
, le 29.07.2015 à 09:32
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Merci pour ce billet : sur ton conseil, j’avais acheté le livre de Jaddo et en avais adoré la lecture. Je vais donc te suivre aussi sur ce coup-là !

Bonne journée,

3)
Renan Fuhrimann
, le 29.07.2015 à 09:36
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@yl :

Il est consternant d’observer une fois encore que dans ce monde « moderne », il n’est plus possible de rire de quoi que ce soit sans déclencher la frustration de quelqu’un.

Sans rentrer dans un débat stérile, la seule chose qui est communément admise par l’ensemble de la communauté scientifique (et pas seulement par un petit groupe aux intérêts bien définis), c’est que l’exposition prolongée à un rayonnement puissant peut localement élever la température des tissus. Ainsi, une personne (comme cité dans l’article) se plaignant d’un dermo-refroidissement se trouve être en totale contradiction avec la théorie scientifiquement admise mais également avec les plaintes des personnes se disant électro-sensibles.

La seule chose qu’on peut reprocher à l’auteur, c’est peut être un humour trop second degré, voir un peu douteux. Par contre, considérer mon article ainsi que l’humour de l’auteur comme « médicalement étriqué » fait preuve d’un manque complet de second degré et de discernement…

6)
ysengrain
, le 29.07.2015 à 10:48
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Sans doute intéressant comme l’exposition de toute histoire de ce cachet.

Au-delà, de ce qui se passe aux urgences, en France, le système est totalement thrombosé – moyenne nationale d’attente entre 3 et 4 h, on peut se poser la question des explications d’une telle situation.

Un des éléments réside dans le fait que la revalorisation des actes médicaux – je ne plaide pas pour moi, je n’ai JAMAIS eu à me plaindre et ai toujours très bien gagné ma vie – n’a jamais eu lieu.
En 1994, le prix de la consultation de spécialiste était de 23 FF. Aujourd’hui ? allez voir ici. Même chose pour les généralistes.
On a donc eu 2 types de réponse: la création de secteur à honoraires libres, d’une part (médecine à 2 vitesses), et engorgement des services d’urgence.
Un de mes amis, chef d’une service d’urgence m’avait dit qu’il « avait changé de métier: il était devenu pompier, tant il passait son temps à gérer les conflits ».

Un dernier mot personnel. En cas d’exigence particulière d’un patient en cours de consultation, le médecin est autorisé à pratiquer un Dépassement Exceptionnel ou DE. En 40 ans, je ne l’ai fait qu’une seule fois: j’ai demandé 1FF de plus au patient. Aïe !! j’ai été emmerdé par la sécu pendant un mois.

7)
yl
, le 29.07.2015 à 11:21
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Par contre, considérer mon article ainsi que l’humour de l’auteur comme «médicalement étriqué» fait preuve d’un manque complet de second degré et de discernement…

C’est bien de l’extrait de l’auteur que je parlais et pas de ton article! Il semble qu’en matière de discernement, nous soyons victimes de la même faiblesse ;-)

Sans rentrer dans un débat stérile, la seule chose qui est communément admise par l’ensemble de la communauté scientifique (et pas seulement par un petit groupe aux intérêts bien définis) […]

De mon côté, ce que je trouve consternant, c’est de partir du postulat que le débat est stérile, lorsque l’on est d’un avis différent! Car en terme d’intérêts, j’en vois plus du côté de la communauté scientifique que de celui des associations d’electro-sensibles…

Les exemples d’une communauté scientifique guidée par des intérêts économiques sont malheureusement nombreux: l’amiante, l’aspartame, les perturbateurs endocriniens et même le déni du réchauffement climatique.

Pourquoi en serait-il autrement avec les entreprises de télécom et pourquoi ne pas appliquer le principe de précaution en matière de multiplication des ondes? Le vrai problème, n’est-ce pas justement l’absence de débat sur cette question?

8)
Migui
, le 29.07.2015 à 13:32
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Les exemples d’une communauté scientifique guidée par des intérêts économiques sont malheureusement nombreux: (…) et même le déni du réchauffement climatique.

Et les tenants du réchauffement climatique, ne peuvent-ils pas être guidés par des « intérêts économiques »?

Au travers de me lectures des dernières années, je le crains très fort!!!

9)
ToTheEnd
, le 29.07.2015 à 14:36
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Et les tenants du réchauffement climatique, ne peuvent-ils pas être guidés par des « intérêts économiques »?
Au travers de me lectures des dernières années, je le crains très fort!!!

D’une manière générale, il y a un abus de language quand on parle de « réchauffement climatique » car c’est en réalité un dérèglement climatique. Dans certaines régions ou zones géographiques, ça pourrait se traduire par une hausse des températures alors que dans d’autres, c’est des baisses.

Le problème, c’est les contrastes et les événements climatiques inhérents à ces différences… toujours plus d’évènements violents sont à craindre.

Enfin, à noter quand même plus de 90% des scientifiques estiment que le dérèglement climatique est d’origine anthropique… penser autre chose, c’est un peu comme de dire que le 9/11 ou l’affaire Charlie est un complot.

T

10)
yl
, le 29.07.2015 à 14:42
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Et les tenants du réchauffement climatique, ne peuvent-ils pas être guidés par des «intérêts économiques»?

Sur les pistes alternatives à suivre sans aucun doute. Toutefois entre industrie nucléaire, écologie libérale, développement durable, transition et décroissance les intérêts ne sont pas tous équivalents! De même que les rapports de force dans des sociétés occidentales droguées aux énergies fossiles.

11)
Renan Fuhrimann
, le 29.07.2015 à 14:49
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@yl :

Du moment que je cite un passage (que je juge intéressant pour la présentation du livre), ta critique inclu de facto mon article. Mais, bon, tu te dédouanes comme tu peux.

Pour ce qui est du pseudo débat, de deux choses, l’une :

Premièrement, n’étant pas un spécialiste du domaine, mes connaissances (tant du point de vue médical que technique) sont limitées et pour ne pas induire le lecteur en erreur ou simplement énoncer des vérités dogmatiques, je préfère m’abstenir.

Deuxièmement, considérant que les chantres de l’électro-sensibilité ne prennent pas en compte les postulats scientifiques de K. Popper comme la reproductivité et la réfutabilité, alors oui, tout débat sur le sujet s’avèrera aussi fructueux que de discuter avec E. Tessier de l’astrologie comme étant une science ou non…

Je ne nie pas l’électro-sensibilité mais d’après mes maigres connaissances dans le domaine, il n’y a pas d’études en doubles aveugles avec toute la rigueur scientifique (dont l’indépendance) qui permettent d’associer les plaintes réelles des patients avec une exposition prolongée à des ondes magnétiques.

12)
Renan Fuhrimann
, le 29.07.2015 à 14:51
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@TTE :

Je n’aurai pas dit mieux. Sans compter que les anti-dérèglements climatiques sont massives soutenus par l’industrie pétrochimique américaine (comme l’ont démontrés le NYT et le WSJ),

13)
ToTheEnd
, le 29.07.2015 à 16:43
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Je ne nie pas l’électro-sensibilité mais d’après mes maigres connaissances dans le domaine, il n’y a pas d’études en doubles aveugles avec toute la rigueur scientifique (dont l’indépendance) qui permettent d’associer les plaintes réelles des patients avec une exposition prolongée à des ondes magnétiques.

Aucune connaissance non plus du sujet mais j’ai entendu plusieurs cas délirants sur le thème et j’avais été surpris de lire, l’année dernière, un article sur le premier immeuble pour « électrosensibles » à Zurich.

A Zurich, le premier refuge européen pour électrosensibles

Ce machin ayant coûté un bras (CHF 6 millions ou 25% plus cher qu’un immeuble classique) y compris avec l’aide de la ville pour le terrain, j’imagine que quelques études sont venues « certifier » ce mal…

Mais encore une fois, connais rien au sujet…

T

14)
Zallag
, le 29.07.2015 à 17:10
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Electrosensibilité ?

Internet, avec sa possibilité donnée à tous d’intervenir sur le marché des idées, dessine les contours d’un dédale cognitif dans lequel beaucoup de nos contemporains prennent le risque de se perdre : où trouver l’information fiable ? Indépendamment des espoirs que cet outil suscite à juste titre, il est d’ores et déjà possible de déceler certains mécanismes qu’il autorise, plus favorables à la diffusion de croyances et d’idées douteuses qu’à celle de la connaissance.

Certaines inquiétudes illégitimes progressent de façon spectaculaire. Ainsi, en 2005, 49 pour cent de Français déclaraient croire, contre les données scientifiques disponibles, que vivre à proximité d’une antenne relais augmente les risques de cancer, et ils étaient 69 pour cent en 2012.

La croissance exponentielle des informations disponibles permet notamment d’amplifier la tendance de tout « croyant » à chercher des données qui vont confirmer sa croyance plutôt qu’à prendre le risque de se confronter à la contradiction. On trouve souvent le moyen d’observer des faits qui ne sont pas incompatibles avec un énoncé douteux, mais cette démonstration n’a aucune valeur si l’on ne tient pas compte de la proportion, ni même de l’existence de ceux qui le contredisent.

Quelqu’un croit-il à l’efficacité de l’homéopathie par exemple ? Grâce à n’importe quel moteur de recherche sur Internet et en quelques clics, il trouve des centaines de pages lui permettant d’affermir sa croyance. Ainsi, une étude menée en 2006 et publiée par Eric Lawrence et ses collègues de l’Université américaine George Washington a montré que 94 pour cent des internautes ne consultent que les blogs épousant leur sensibilité politique ou idéologique (au sens général). En fait, cette disposition à la confirmation est très ancienne, mais Internet permet de l’amplifier. En effet, le mécanisme de recherche sélectif de l’information est rendu plus aisé par la massification de cette information : plus le nombre d’informations non validées sera important dans un espace social, plus la crédulité risque de se propager .

Dans le bras de fer qui s’engage entre la démocratie des crédules et celle de la connaissance, Internet paraît souvent relayer les forces de la première plutôt que celles de la seconde.

On pourrait évoquer des processus favorables à la diffusion d’idées douteuses tels que le fait que la révolution du marché de l’information crée une pression concurrentielle qui place les médias classiques dans des positions délicates et réduit le temps de vérification de l’information. Cette temporalité, qui n’est pas celle de la science, autorise la mise en scène alarmante d’hypothèses concernant la santé publique ou l’environnement et nous conduit peu à peu à devenir des hypocondriaques permanents.

L’une des voies de réflexion pour sortir de cette situation fâcheuse serait d’examiner les façons dont l’expertise scientifique peut renouer des liens de confiance avec l’opinion publique.

15)
yl
, le 29.07.2015 à 19:29
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Dans le bras de fer qui s’engage entre la démocratie des crédules et celle de la connaissance, Internet paraît souvent relayer les forces de la première plutôt que celles de la seconde.

Ce que tu appelles la démocratie de la connaissance, je l’appelle la technocratie. Ce sont en effet deux visions différentes du monde qui s’opposent.

L’une dominante, avec la science comme représentation unique de notre manière de comprendre et de nous relier au monde. Une science fondée sur l’expropriation et la dévalorisation des savoirs populaires ainsi que sur la constitution d’une caste de savants au service des puissants. La plupart de nos décisions collectives sont prises sur la base de données scientifiques qui se vantent d’être objectives et universelles. Qu’il s’agisse d’économie, d’éducation ou encore d’agriculture, les études scientifiques et les chiffres sont les principaux éléments sur lesquels se basent les décideurs.

Et l’autre avec d’autres rationalités qui refusent la séparation entre l’être humain et la nature, et qui choisissent de conserver les connaissances enchâssées dans le social et le lien à la nature, pour éviter sa surexploitation aussi bien que la perte de sens de nos vies.

Ce débat est bien plus vieux qu’Internet et la crédulité n’est peut-être pas là où tu penses, mais je n’ai pas de preuve scientifique à te proposer ;-)

16)
M.G.
, le 30.07.2015 à 07:25
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Puisque la présentation par René Fuhrimann d’un livre sur les Urgences tourne au débat philosophique (que j’apprécie par ailleurs) sur les idées reçues (ou imposées par la doxa dominante), quelques chiffres pour redescendre sur terre, chiffres qui sont volontairement « oubliés » par les médias.

Ce matin à 06h00, la production globale d’électricité en France est de 40 000 MW. La part du nucléaire est de 87 %. L’émission de CO2 générée par la production d’électricité de l’Hexagone est de 22g/KWh.

Au même moment, 2 232 MW sont exportés vers la Suisse ;-)

À titre de comparaison, la puissance totale installée au Sénégal est de 500 MW, produite pour 100 % à partir d’hydrocarbures (Fuel lourd ou Jet A1 pour nos soi-disant « Turbines à gaz »).

En Basse-Normandie où je réside actuellement, la part du nucléaire est de 95 % et par la grâce de la météo nous sommes à l’abri des émanations de suies en provenance des centrales à charbon d’Allemagne (souvenir du 13 décembre 2013).

Bonne journée à tous.