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Cully Jazz, le retour (deuxième partie)

Coucou c’est re-moi.
Si t’as pas lu le début, c’est par ici.
Mais t’es pas vraiment obligé.

≈ ≈ ≈

TROISIÈME CONCERT - au Temple

Me rappelant l’inconfort et la mauvaise visibilité de l’avant-veille...

(Ah ben oui au fait, si t’as pas lu la première partie, tu comprendras pas cette phrase. Mais c’est pas grave, c'est la seule!)

…je me dis qu’à défaut de pouvoir changer de siège, je peux au moins me placer plus en avant. Je me pointe donc devant la porte du Temple une grosse heure avant l’ouverture des portes. Je suis le troisième, et une impressionnante file d’attente se construit peu à peu derrière nous jusqu’à l’ouverture.

Le premier banc étant réservé, je m’installe sur le deuxième, à la première place au bord de l’allée centrale. J’ai ainsi une vue imprenable sur l’ensemble, la tête de mon voisin de devant ne me masquant que la queue du piano Bosendorfer devant lequel va s’installer Nik Bärtsch.

J’avais déjà eu l’occasion d’assister à un concert de son groupe de “Zen funk” Ronin. J’en ai parlé ici. Mais c’est avec sa formation acoustique, Mobile, qu’il se produit aujourd’hui. (On nous dit que c’est la première mondiale de Mobile en Suisse-Romande!) Outre le piano de Bärtsch, dont il fait un usage très varié, les mains passant une partie non négligeable du temps à farfouiller directement “sous le capot”, il y a les clarinettes basse et contrebasse de Sha, et les batteries et percussions de Nicolas Stocker et Kaspar Rast. Ce dernier est un complice de très longue date de Nik Bärtsch.

Cinquième nom mentionné sur le programme, celui de l’éclairagiste Daniel Eaton, qui crée une ambiance lumineuse sobre, intimiste et qui fait vraiment partie du spectacle.

Cette musique, je l’aime. J’aime cette superposition fascinante de rythmes irréguliers et asymétriques, ces harmonies qui me surprennent, me caresse le tympan ou me le bouscule, ces ambiances contrastées, mais qui, toujours, m’intériorisent.

Ceci dit, je comprends très bien que cette musique puisse taper sur les nerfs de certains. Le côté très répétitif, obsessionnel, peut agacer. Amateur de belles mélodies, passe ton chemin! Mais ce n’est manifestement pas le cas du public amassé dans le Temple aujourd’hui.

Le concert, d’une seule traite, sans coupure permettant d’applaudir (comme Yom le premier jour), connait un moment de silence saisissant au cours duquel je prends la mesure de la qualité d’écoute de ce public culliéran: un décrescendo très lent, très long, à l’issue duquel le batteur reste seul à “balayer” sa caisse claire de plus en plus doucement, longuement. Vient un moment où, étant à trois mètres de lui, je vois ses mains bouger encore imperceptiblement, bien que je n’entende plus rien depuis… mettons une bonne dizaine de secondes. Comme on dit, on entendrait une mouche voler. Mais s’il y en a une, elle a dû se poser pour ne pas déranger.

Je me demande alors si le public du fond, qui ne voit rien et n’entend probablement plus rien depuis plus longtemps que moi, va se mettre à applaudir. Mais non. L’immobilité des musiciens sans doute, mais surtout l’ambiance d’intériorité qu’ils ont réussi à créer fait que le public reste silencieux, comme recueilli. Même pas les raclements de gorges que l’on peut entendre entre deux mouvements durant un concert classique. Même la mouche retient son souffle. Puis la musique reprend, sans que le public ne manifeste en rien sa présence autrement que par son silence attentif. Tout comme j’aime.

Lorsque finalement, quelques dizaines de minutes plus tard, le concert se termine, et que l’extinction des lumières nous le confirme, c’est une explosion enthousiaste de bravos (bravi?) qui salue la prestation de Mobile.  La mouche s'y rallie d'un bzzz tonitruant. Je me lève, et en quelques secondes, tout le monde est debout. On appelle ça un triomphe.

Et comme on insiste, ils nous gratifient d’un “Modul” supplémentaire. Car c’est ainsi que Nik Bärtsch nomme ses compositions. Plutôt que de les enfermer dans un titre, et en suggérer une lecture précise, il les numérote. Comme le fait avec ses pièces Luc Tiercy, le sculpteur et ami que je vous ai présenté ici-même il y a peu.

On peut voir ici ce groupe à l’oeuvre. C’est un extrait qui commence de façon assez brutale. Si ce genre de rythme te va sur les nerfs, saute à la minute 16:00, c’est plus calme. Ou bien alors, va voir cette vidéo, réalisée par la SRF (Radio-Télévision suisse alémanique).

Les deux CD de Nik Bärtsch's Mobile se trouvent chez Qobuz, iTunes, Deezer (et ailleurs probablement!). Et lorsqu’à la fin je passe voir s’il y a un CD que je n’ai pas encore, Nik me dit qu’un nouveau Mobile est en gestation. Tu sais quoi? J’impatiente.

En attendant, j’écouterai les CD existants et je me remémorerai ce concert dont je retrouve un peu de la sobriété et la profondeur dans la photo qui présentait le groupe sur le site du festival:

Mobile

source

 

COUP DU MILIEU (ou “j’y étais pas, mais j’en cause quand même”)

Si Nik Bärtsch n’avait pas joué ce soir-là, je me serais rendu au Sweet Basile. On pouvait y voir et entendre un duo de jeunes musiciens que je connais et que j’ai vu à une autre occasion: Symbiosis.

Sympiosis

(image du site)

Le plus jeune, le pianiste Adriano Koch, est né en 1999. Quand je le vois jouer, j’ai parfois le souvenir de mes jeunes années, lorsque je faisais tourner sur le piano de l’école privée dans laquelle j’attendais la fin de la scolarité obligatoire les quelques suites d’accords que je connaissais (comme par exemple Atom Earth Mother des Pink Floyd), en y mettant toute mon énergie, tout fier d’être pour un moment le centre d’attention - et d'admiration - de mes petits camarades; jusqu’à ce que Monsieur Gabioud, le directeur, viennent fermer le piano que je faisais sonner beaucoup trop fort à son goût et que quand même, y a un moment où il faut savoir s’arrêter, non, mais. Bref. Je m’égare.

Adriano, lui, s’il est très jeune, est déjà un vrai pianiste, avec du talent, de la technique et tout, qui me ravit par cette fausse simplicité entrelacée de notes et accords auxquels je ne m’attends pas toujours, mais qui me font du bien.

Le batteur, Francis Stoessel, je t’en ai déjà parlé puisque c’est le batteur de Less Than Four.

Symbiosis propose une musique qui… que… bah! pourquoi vouloir la décrire! Vas-y donc par toi-même: il y a deux vidéos que je trouve plutôt bien réalisées, sur leur site.

 

QUATRIÈME CONCERT - au Temple


Bon. Autant te le dire tout de suite, je vis ce quatrième concert un peu sur le même mode que le premier. C’est de la bonne, mais je ne mords pas.

Piers Faccini, c’est mon fils qui m’en a parlé la première fois. Il avait assisté à un concert; ils étaient deux sur scène, l’autre était un batteur. Mon fils aussi est batteur, mais de Metal. Et le fait qu’il ait aimé cette musique qui doit se situer quelque part à proximité du point le plus antipodal de la musique qu’il joue et écoute, cela m’a interpellé, quelque part, au niv… enfin tu vois.

Mais là, à Cully, Piers Faccini était en duo avec un violoncelliste, Vincent Segal; l'ambiance musicale qu’ils proposaient était très différente de celle que m'avait décrite mon fils. Et moi, je n’ai pas mordu, contrairement au reste du public qui a été emballé. (Il me semble même avoir reconnu une mouche...) Mais bon. Peut-être était-ce aussi un peu la faute à mes nuages intérieurs.

Et pourtant j’ai envie de t’en parler parce que le bonhomme est vraiment intéressant. Une voix magnifique, tant par le timbre que par la maîtrise qu’il en a. Peut-être voudrais-je, moi, qu’il “envoie” un peu plus, qu’il s’éclate un chouïa, qu’il s’énerve pourquoi pas, sans se déchaîner bien sûr, ce qui n’est manifestement pas son truc. Mais après tout, il fait comme il veut, hein, c’est un grand garçon! C’est juste que moi, je le trouve parfois un peu… lisse.

Pourtant le duo fonctionne, la complicité est là. Segal, qui a l’habitude de s’exprimer dans des univers très variés (de M à Ballaké Sissoko, en passant par Dick Annegarn, Alain Bashung, Brigitte Fontaine, Sting…), entre parfaitement dans le monde de Piers Faccini. Ou plutôt, collabore à construire cet univers commun. Car il s’agit non d’un chanteur qui est accompagné par un violoncelliste, mais bien d’un duo. Et la symbiose est parfaite. Je retrouve tout à fait cette ambiance dans leur CD:

FacciniSegal

liens: tout d’abord le label Nø Førmat!,
qui fêtait à Cully son 10e anniversaire,
mais aussi Deezer - iTunes - Qobuz

 

Et tu sais quoi? En écrivant ce billet je suis en train d’écouter ce CD, et j’aime bien! je retrouve notamment un titre que j’ai apprécié, Mangé pou le coeur, dans lequel Segal fait un travail magnifique. Et aussi Cradle to the Grave, dans lequel Faccini, malgré son flegme, ne manque pas d’un certain swing (ou pourrait appeler ça le swengme).

Te dire encore que ce concert avait une particularité pour laquelle les artistes ont exprimé leur reconnaissance envers la programmatrice Carine Zuber; ils ont dit qu’elle était une des très rares personnes qui acceptaient ce genre de défi. Quel défi? Et bien, Faccini et Ségal jouaient sans aucune amplification. Alors bon, c’était au Temple, pas au Chapiteau, mais tout de même. Il fallait le faire et je pense que la qualité du public de ce festival a rendu la chose possible. (Ceci dit, j’ignore comment on entendait depuis le fond…).

Et pour terminer, je te livre une pépite que je viens de découvrir: la vidéo d’un concert, Carlos Maza & Familia feat. Vincent Ségal. Je ne connaissais pas cette famille Maza, mais ça vaut le détour! (Segal y entre vers la 19e minute).

≈ ≈ ≈

CONCLUSION

Bon, je m’arrête, mais sache encore qu’un bon nombre de concerts de ce Cully Jazz 2015 seront diffusés sur Espace 2 en juin et juillet. Tu trouveras ici un pdf  avec toutes les dates. Comme disait l'autre, dans un temps que les moins de vingt ans etc... : "À vos cassettes!"

Prends soin de tes oreilles et à bientôt!

 

P.S.: Si quelqu'un a des nouvelles de la mouche, merci de me contacter.

4 commentaires
1)
Madame Poppins
, le 11.05.2015 à 14:50
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Le Cully, généralement, je n’ai pas envie d’y aller – le fait que j’aie des tendances agoraphobes n’aide pas – mais chaque fois que je te lis, je parviens à la même conclusion : « zut, j’ai de toute évidence raté un truc » ! Je suppose que bien des musiques dont tu parles, justement, ne me « parleraient » pas mais ta manière de présenter, d’expliquer, d’illustrer, ben, ça fait envie.

L’année prochaine, je crois qu’avant de jeter le programme, je vais t’appeler !

Quant à la mouche, elle était dans ma salle de cours ce matin, lorsque j’ai demandé « avez-vous compris comment on calcule une rente invalidité » ;-)

2)
Dom' Python
, le 11.05.2015 à 14:58
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Madame,
Je suis content si je t’ai donné envie! Et chiche, l’année prochaine je te dirai ce que j’irai voir; et si on peut se retrouver pour un concert et se faire une ch’tite bouffe avant, ça me fera plaisir! Tu peux déjà noter les dates: du 8 au 16 avril!
Quand à la mouche, si elle a pigé les structures rythmiques de Nik Bärtsch’s Mobile à Cully, je pense qu’elle n’a pas eu trop de mal avec ta question!

3)
nic
, le 13.05.2015 à 14:06
[modifier]

Merci pour ces récits! j’étais aussi au concert de Faccini et Ségal, qui m’a bien plu, mais je n’étais pas bien placé et je pense que ce n’était pas leur meilleur concert. En tout cas de ceux que j’ai vus ;-)
Je regrette beaucoup de n’avoir jamais vu Nik Bärtsch en concert…

Mon prochain concert: Sophie Hunger à Paris mardi! Je me réjouis de la revoir sur scène, je commençais à être en manque ;-)
(j’irais peut-être à Zurich dimanche aussi…)

ciao, n