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Liège-Bastogne-Liège challenge, ou la bataille des Ardennes

Il y a deux semaines, le dimanche 26 avril, avait lieu une course cycliste professionnelle, une « classique » réputée : Liège-Bastogne-Liège, dont le cadre principal est l'Ardenne belge.

Cette classique belge a une telle réputation, en Belgique et ailleurs, que depuis quelques années l'organisateur en propose une version « randonnée » ouverte à tous et sans classement, la veille de l'épreuve officielle. Cette randonnée s'appelle le  Liège-Bastogne-Liège challenge.

Trois parcours sont proposés : le « grand » est presque exactement celui que les pros empruntent le lendemain, et fait pas moins de 270 km. À côté, un « petit » parcours d'environ 75 km et un parcours « moyen » d'officiellement 156 km sont proposés pour ceux qui n'ont pas la « caisse » nécessaire pour boucler près de 300 bornes.

Cette année, profitant d'un répit bienvenu dans mon agenda, j'ai décidé d'y participer. Sur le parcours moyen de 156 bornes, vu mon entraînement encore peu avancé.

Le samedi 25 avril, à six heures du matin environ, j'ai donc quitté Bruxelles en voiture, avec le vélo dans le coffre, direction Liège. Ville par ailleurs passionnante à découvrir et visiter en touriste, et à laquelle j'espère consacrer bientôt un article.

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Liège, vue panoramique.

De Liège, ce matin, je ne vois que les bords de Meuse, d'où la randonnée prend son départ. Pour ma distance, on est libre de partir de 6 h 30 à 9 h 30. Ce n'est pas une course, et chacun roule au rythme qu'il souhaite… et doit respecter le code de la route. Pas question de griller un feu ou un stop, il n'y a aucun privilège pour le randonneur là-dessus.

Pour ma part, je prends mon envol vers 8 h 00 environ. Sous la pluie… qui va durer les trois-quarts de la randonnée. C'est rarement agréable la flotte quand elle tombe du ciel, mais quand on roule à vélo ça l'est encore moins. J'ai dû souvent faire la tronche pendant la sortie, avec cette pluie qui me fouettait le visage (oui c'est bien moi le bonhomme à l'imper jaune sur la photo).

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On traverse le sud de la ville de Liège, plutôt sinistre (surtout par ce temps) et hop, direction l'Ardenne, en passant par les bonnes villes de Chaudfontaine et d'Aywaille. Déjà quelques longues bosses, non répertoriées dans le parcours, font chauffer les jambes, mais rien de particulièrement méchant. Après Aywaille, les trois parcours prennent chacun un itinéraire différent. Le « moyen », celui que j'emprunte, bifurque vers Stavelot, tandis que le « petit » retourne vers Liège et que les costauds qui sont sur le « grand » vont tout naturellement vers Bastogne, en Luxembourg belge.

La première côte répertoriée de ce parcours moyen est une route large comme un boulevard, en « faux-plat » montant de 4,8 km à 4,7 % de moyenne, très régulière, appelée « l'Ancienne barrière » (aucune idée de l'origine de ce patronyme). Elle nous fait passer à la commune de Trois-Ponts, puis à celle de Stavelot.

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Stavelot.

Stavelot est une des plus anciennes cités de Belgique, et l'ancien siège d'un évêché puissant au Moyen-âge. Hors cyclisme, elle est réputée pour son cadre, et son ancienne abbaye.

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L'abbaye de Stavelot, vue du porche d'entrée.

Il ne reste malheureusement pas grand'chose de l'abbaye originelle, et l'actuelle, à vrai dire, n'est pas d'un grand intérêt architectural. Ce qui la rend intéressante actuellement, ce sont les musées et expositions qu'elle contient : un de ces musées, passionnant, relate l'histoire de l'abbaye et de sa région, un autre est un musée du Sport automobile qui ravira les fanatiques (le célèbre circuit de Spa-Francorchamps est tout proche, et de fait il est situé sur le territoire de Stavelot et non de Spa). Un troisième musée est consacré au poète Guillaume Apollinaire, qui a vécu ici un temps. Et des expositions temporaires y sont régulièrement organisées. Voyez leur site si vous êtes intéressés !

Revenons au vélo. Dans la cour intérieure de l'abbaye, se trouve le jour de la rando un ravitaillement pour cycliste affamés. On a déjà atteint la mi-parcours, on a rejoint à nouveau l'itinéraire classique de Liège-Bastogne-Liège, il pleut toujours, et les choses sérieuses vont seulement commencer…

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L'abbaye de Stavelot, la cour intérieure.

D'abord par l'ascension de la Haute-Levée, une côte dont le premier kilomètre bien raide (plus de 10 %) permet de quitter la ville. Cette ascension est un calvaire, mais pas par sa pente respectable : à cause du trafic, et d'une berme centrale très malvenue qui rétrécit la chaussée et fait en sorte que les voitures, camionettes et autres camions vous frôlent en vous dépassant… Très, très pénible et franchement dangereux. Les pros n'ont pas ce problème, la route est privatisée pour leur passage !

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La Haute-Levée, et sa fichue berme centrale. Pour empêcher les « camions fous » de dévaler la pente en sens inverse, paraît-il. Efficace ? J'espère.

Après cette pénible borne, gravie heureusement sans problème pour ma part, la côte se prolonge par un long faux-plat montant, puis par un passage à peu près plat de quelques kilomètres. La pluie redouble d'intensité à cet endroit, ce qui est doublement dommage car elle empêche de profiter de la vue sur le circuit de Spa-Francorchamps. Tant pis, ce sera pour une autre fois. Une descente acrobatique vers la localité de Ruy, dans la commune de Spa, nous amène au pied du deuxième « morceau » de la journée, la côte du Rosier.

Une vidéo de la partie la plus pittoresque de la belle côte du Rosier.

Après l'Ancienne barrière, c'est la côte la plus longue (4 km environ) de la journée… mais aussi la plus belle, et elle n'est pas très pentue : 5 % environ en moyenne, et assez régulière. Mi-champêtre, mi-forestière, elle serait un régal pour les yeux… si le temps n'était pas ce qu'il est ce jour-là. Après le sommet, une longue descente et un faux-plat descendant d'une vingtaine de kilomètres nous ramènent à Aywaille, et plus précisément à Sougné-Remouchamps, au pied d'une côte fameuse dont j'ai déjà parlé dans un article précédent : la Redoute !

1650 m à 9,7 % de moyenne, mais avec un fameux passage à 20 % et d'autres autour de 15 %, c'est cela la Redoute. On est au trois-quart du parcours, et c'est évidemment là que la fatigue commence à se faire sentir. On voit apparaître les premiers « piétons », les cyclistes qui doivent mettre pied à terre pour continuer l'ascension.

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Dans le passage le plus raide de la Redoute. Les connaisseurs peuvent estimer le micro-développement que j'utilise ! Le propriétaire du vélo de gauche, hors cadre, a rendu les armes et pousse sa monture.

Traditionnellement, la Redoute annonce la finale de la course Liège-Bastogne-Liège. Dans mon cas, elle annonce, enfin, la fin de la pluie. On devine également après le passage du sommet qu'on a bien quitté l'Ardenne pour entrer dans la grande banlieue de Liège. On grimpe juste après une courte mais assez raide côte non répertoriée appelée le « Hornay », après un dernier ravitaillement rendu incroyablement boueux par la flotte tombée pendant toute la journée, et ensuite on se dirige vers un nouveau casse-pattes : la Roche-aux-Faucons, aussi appelée côte d'Avister, à Esneux. En voici une vidéo, faite par un participant de la randonnée l'année dernière.


Une vidéo de l'ascension de la Roche-aux-Faucons lors du Challenge de l'année dernière.

C'est plus court que la Redoute, 1500 m environ seulement, mais c'est tout aussi raide en moyenne : 10 %, avec des pointes à 16 %. Là aussi, les piétons se multiplient. Mais le pire de cette côte (et le meilleur, question paysages) c'est le sommet. Un havre de paix donnant l'impression d'être en pleine nature… mais une nature de montagnes russes. Plusieurs descentes et « coups de culs » bien pénibles rythment le passage de ce sommet et coupent définitivement les jambes de ceux qui étaient déjà « limite » dans l'ascension principale.

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Le sommet de la Roche-aux-Faucons (Esneux), un oasis de verdure aux portes de Liège l'industrielle… et un profil tourmenté.

À peine franchi ce sommet particulier, sans aucune transition on se retrouve en plein milieu d'une zone industrielle, en grande partie délabrée. Le contraste est particulièrement saisissant. En particulier, on passe juste à côté du stade de Sclessin, siège du grand club de football local, le Standard de Liège. Ce stade est aussi appelé « le Chaudron » : c'est que les supporters Liégeois n'ont pas grand'chose à envier à ceux du PSG ou de Marseille pour ce qui est du fanatisme !

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Le stade de Sclessin, du Standard de Liège.

À ce stade-là (si j'ose dire) il reste une quinzaine de kilomètres à faire, tous en pleine ville. Tout d'abord il faut franchir la dernière côte officiellement répertoriée de la course, Saint-Nicolas, 1400 m à 7,6 % de moyenne. Plutôt régulière et pas spécialement pentue, mais sa position en fin de course/randonnée la rend toujours difficile. Enfin, la côte finale, étrangement non répertoriée dans le parcours elle, celle d'Ans. Voici une vidéo (commentaires de la chaîne néerlandaise NOS) montrant le franchissement de ces deux côtes lors de Liège-Bastogne-Liège 2011 (victoire de Philippe Gilbert, un Ardennais pur jus !).

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Le final de Liège-Bastogne-Liège 2011, avec la côte de Saint-Nicolas et la côte d'Ans. Appréciez l'ambiance !

Après la côte d'Ans, c'est la fin du parcours officiel… mais pas du nôtre, puisqu'il nous faut retourner en bord de Meuse pour rallier le point de départ et d'arrivée. Soit 8 km de rab, à nouveau en pleine ville. Pas l'expérience la plus agréable à vivre, mais il n'y a plus de côte, seulement du plat et des descentes. C'est donc avec un sentiment de mission accomplie que je franchis le portique d'arrivée… et que je m'empresse de gagner ma voiture pour enfiler des vêtements secs, avant de rentrer chez moi !

Fin provisoire donc de la relation de mes périples cyclistes sur cuk.ch. Le prochain sur ce thème est prévu pour le mois d'août, ça me laisse une marche pour consacrer deux ou trois articles à mon autre passion, informatique celle-là : LaTeX !

9 commentaires
3)
zit
, le 14.05.2015 à 07:44
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Je n’ai jamais fait de promenade aussi longue à bicyclette, je tiens sur plat, sans peiner, une moyenne de 25 km/h, il me faudrait donc pas loin de 6 h pour venir à bout d’un tel parcours…

Kipluzé, sous la pluie ! la jolie veste Vaude tient–elle le coup sur la durée, du point de vue étanchéité ?

z (pour les chaussures, j’ai fait la saison froide avec des trucs en Gore-Tex, c’est le pied ! je répêêêêêêêêêêêête : le pied bien au chaud et sec, ça change la donne !)

4)
marcdiver
, le 14.05.2015 à 08:38
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Quel plaisir de revoir l’abbaye de Stavelot ! J’y ai passé de superbes moments avec le choeur mondial des jeunes il y a un quart de siècle !

5)
Franck Pastor
, le 14.05.2015 à 10:29
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Zit, cette veste a parfaitement tenu le choc : non seulement parfaitement étanche mais respirante. Elle m’a allégé de quelques 100 euros lors de son achat l’année dernière, mais je ne les regrette pas !

Si tu tiens à 25 km/h sur le plat, sur ce genre de parcours compte plutôt 20 km/h, donc huit heures de vélo sur la distance moyenne ;-)

Marcdiver, je ne connaissais pas ce chœur. Merci pour la découverte !

8)
André Sintzoff
, le 15.05.2015 à 20:53
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Il y a donc bien eu une ou plusieurs barrière d’octroi sur la route entre Huy et Stavelot.

D’après
http://search.arch.be/fr/rechercher-des-archives/resultats/ead/index/zoekterm/ponts+et+chaussées/eadid/BE-A0523_701580_710871_FRE/anchor/descgrp-context-bioghist/open/c:3.c:2.c:6.

(44 Loi du 15 novembre 1866 qui abolit les droits de barrière sur les routes de l’État, arrêté royal du 6 décembre 1866 qui rend applicable le précédente loi à partir du 1er janvier 1867, à l’exception des routes suivantes dont les droits sont maintenus provisoirement : 1° route de Huy à Tirlemont, 2° route de Huy à Stavelot (1ère et 3ème sections), 3° route de Liège à Maastricht, section de Jupille à Visé, 4° route de Bruxelles vers Malmedy et Aix-la-Chapelle, section de Liège à Beaufays, 5° route de Liège à Dinant, section de la barrière d’Yvoz, 6° routes communes à la Belgique et à la Prusse (M.B., 9 décembre 1866, p. 6629); P. CHRISTOPHE, « Histoire des routes belges »…, p. 209-210.)

9)
OliDa
, le 21.06.2015 à 20:11
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Bonjour à tous,
bonjour à Franck, que j’ai eu l’honneur d’apercevoir et de croiser dans Bruxelles il y a quelques jours, tout à fait par hasard.

Je revenais du boulot en pédalant sur une grande artère verte dédiée (aussi) au vélo, et tout d’un coup j’ai aperçu ce velo bleu caractéristique !

N’étant pas si certain sur le moment, après tout, je ne l’ai vu qu’en photo ici, et comme j’étais en plein effort, j’ai continué.

Grâce aux fonctions de recherche sur cuk.ch, j’ai pu (re)lire pleins de choses intéressantes liées au vélo.
Merci à François pour l’animation de ce site original.

Par rapport au vélo, j’ai peu roulé dans le temps quand j’étais étudiant, et récemment je suis remonté en selle pour faire de l’exercice utile et pour le plaisir, c’est comme un switch dans ma tête.
Habituellement, je me déplace beaucoup en deux-roues motorisé, je dois dire que je suis fan de moto !

PS: j’écris depuis un vieux Mac Mini (Late 2009) et lis cuk.ch depuis plusieurs années, je ne sais plus combien. Peut-être depuis 2007.