Profitez des offres Memoirevive.ch!
La Cathédrale de Dakar

Elle trône depuis 1933 sur la partie la plus haute du Plateau, ce quartier des écoles, publiques ou privées, des administrations, des restaurants et une partie résidentielle de belles villas anciennes datant de l'époque coloniale. Plutôt habitées par les personnels étrangers des ambassades et des entreprises étrangères, ces résidences ont été doublées depuis quelques années par plusieurs beaux immeubles d'habitation.

 

Vue aerienne

Vue aérienne actuelle

Après une réhabilitation récente, elle est désormais blanche,

alors que sa couleur d'origine était l'ocre rouge,

à l'exemple des constructions traditionnelles de Tombouctou

Cathedrale 01

L'entrée et la façade principale, sur l'avenue de la République

Cathedrale 02

Détail de la façade, avec ses quatre anges protecteurs

Cathedrale 03

La façade côté Ouest

Cathedrale 04

L'entrée latérale Ouest, vue des jardins (qui sont devenus des parkings)

Orgues 01

Orgue inauguré le 5 août 2012 sur financement conjoint de l'archidiocèse

et de la Ville de Dakar sous la houlette active de son maire, M. Khalifa Sall

Orgues 02

L'orgue vu depuis la nef

La cathédrale est devenue une salle de concerts classiques très courue

Le Choeur et l'autel

Le Chœur et l'Autel, vus de la nef principale

Chapelle

Une des chapelles latérales

Vitrail

Parmi les vitraux modernes, mon préféré

La Cathédrale, c'est le lieu de culte et de rencontre de la majorité des catholiques de Dakar. On y est baptisé, on y fait sa première communion, on y assiste à toutes les grandes fêtes catholiques, on s'y marie… Et pour finir, c'est là que se réunissent tous les amis, les proches (et les autorités si vous êtes « un mort d'importance ») lorsque la faucheuse a décidé d'interrompre le cours de votre vie.

Son histoire

Comme tous les monuments que nous cotoyons tous les jours sans trop y faire attention, la Cathédrale de Dakar a son histoire et je pense qu'elle mérite d'être contée en 2015.

La plupart des informations publiées ci-après sont tirées d'un chapitre de « LE SÉNÉGAL » ouvrage de Geneviève G. Beslier, paru aux Éditions PAYOT en 1935. J'ai découvert ce livre à La Baule, dans la bibliothèque d'une amie, africaine comme moi, qui a beaucoup bourlingué et s'est posée désormais au bord d'une des plus belles baies du monde.

Si on la nomme aujourd'hui La Cathédrale des Victoires, le projet de Cathédrale du Souvenir Africain apparut dans les derniers jours de l'année 1911, lors d'une conversation entre le gouverneur général de l'époque, Merlaud-Ponty et le nouvel évêque de la Sénégambie, monseigneur Jalabert.

« Puisque Dakar veut avoir son église, faites un panthéon où seraient recueillis les noms de tous les héros tombés en Afrique et restés sans sépulture dans la brousse. Faites une cathédrale qui, placée là-haut, prendrait caractère d'un monument national… Vous obtiendrez du gouvernement la cession du terrain. Quoique pauvre catholique, je m'inscris comme premier souscripteur. »

« Là-haut », c'était alors le cimetière aux sables de latérite rose où reposaient les victimes de l'épidémie de fièvre jaune de 1860.

Mais entre cette conversation de 1911 et la mise en œuvre du plan de construction, plus de onze ans s'écoulèrent. Le 22 mai 1913, à Paris, le choix du projet s'arrêta sur celui présenté par l'architecte Charles Wulffleff, éminent constructeur de plusieurs églises coloniales. Celui-ci présenta ceux qui devaient en être les constructeurs, Messieurs Leblanc, connus pour leurs importants travaux publics en Afrique.

Tandis que le temps passait à choisir le meilleur terrain possible, la Grande Guerre éclata et toutes les opérations furent suspendues.

Le 16 mars 1923, M. Albert Sarraut étant ministre des Colonies, le gouverneur général Merlin signa l'arrêté qui cédait à l'œuvre du Souvenir Africain le terrain de l'ancien cimetière sur la colline rose.

Le 11 novembre 1923, la première pierre fut posée par le gouverneur général Carde, en présence de monseigneur Le Hunsec, vicaire apostolique de Sénégambie. La plaque commémorative est toujours visible à gauche de l'entrée principale.

Plaque

La plaque commémorative de la pose de la première pierre – 11 novembre 1923

La première messe 

La construction dura pratiquement six ans, puisque « Le dimanche de Pâques 31 mars de l'an de grâce 1929, S.S. Pie XII étant glorieusement règnant, monseigneur Grimault célébra pour la première fois le sacrifice de la messe en ce panthéon africain, en la présence du gouverneur général Carde, délégué du ministre des Colonies, de M. Blaise Diagne, député-maire de Dakar, du général Jung, commandant les forces de l'A.O.F. »

Bénédiction de la cathédrale et des cloches

Il faudra attendre le 22 décembre 1933 pour que puisse avoir lieu la cérémonie de consécration et de bénédiction des cloches par monseigneur Grimault.

Comme il est de tradition, chacune des cinq cloches (qui furent fondues à Orléans, chez Bolée) est gravée d'un exergue, porte un nom, possède un parrain et une marraine et peut être rehaussée d'effigies diverses. De cette liste ressort l'œcuménisme qui prévalait à cette époque dans les colonies françaises d'Afrique et en particulier à Dakar :

Le bourdon donne le do
Exergue : Te deum laudamus.
Parrain : M. Eugène Lanes, procureur général à Dakar.
Marraine : Mme Jules Brévié.
Noms : Pierre, Victor, Marguerite, Thérèse, Michel.
Effigies : le Christ-Roi, Notre-Dame, Saint Michel, saint Martin, saint Augustin.
Elle est rehaussée des armes de monseigneur Grimault.

La première cloche donne le fa
Exergue : Pax hominibus bonae volontatis.
Parrain : M. Armand Angrand, adjoint au maire de Dakar.
Marraine : Mme J. Demba.
Noms : Hélène, Pierre, Hyacinthe, Suzanne, Eugénie.
Effigies : le Christ-Roi, Notre-Dame, saint Hyacinthe
Elle est rehaussée des armes de monseigneur Grimaud.

La seconde cloche donne le sol
Exergue : Da pacem famulis…
Parrain : le général Henri Gouraud.
Marraine : Mme Jules Constance.
Noms : Henri, Anne-Marie, Charles,Louis, Daniel.
Effigies : Le Christ-Roi, Notre-Dame, saint Louis.

La troisième cloche donne le la
Parrain : M. Pierre Lavie, ancien président de la Chambre de Commerce de Dakar.
Marraine : Mme Thérèse Nars, présidente des Dames françaises de la Croix-Rouge de Dakar.
Noms : Marie, Françoise, Thérèse, Madeleine, Édouard.
Effigies : le Christ-Roi, Notre-Dame, sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.
Elles est rehaussée des armes de monseigneur Grimault.

La quatrième cloche donne le do (à l'octave)
Offerte par la colonie libanaise de Dakar, elle apporte le souvenir du Liban.
Exergue : Angelus Domini nuntiavit Mariae… Et verbum caro factum est.
Parrain : M. R. Habib Rezk.
Marraine : Mme Philippe Khayat.
Nom : Notre-Dame-du-Liban
Effigies : Le Christ-Roi, Notre-Dame, saint Gabriel archange.
Elle est rehaussée des armes de monseigneur Grimault et des armes de la Société du Saint-Esprit.

Tous ces noms, je les ai retrouvés au fil de ma vie dakaroise, que ce soit sous la forme de noms de rues, de places, de pavillons à l'Hôpital Principal de Dakar ou même de descendants que je côtoie tous les jours. En ces temps troublés où nous vivons, c'est la preuve que des racines humanistes existent, qui ne demandent qu'à nourrir et faire prospérer la paix universelle. Qu'il en soit ainsi !

18 commentaires
1)
cerock
, le 11.03.2015 à 09:02

Merci pour cette découverte. Ton article et très intéressant. Avec juste la première photo, je n’aurais jamais pu dire que c’était une cathédrale ;)

2)
M.G.
, le 11.03.2015 à 09:59

Avec juste la première photo, je n’aurais jamais pu dire que c’était une cathédrale ;)

C’est bien vrai et d’ailleurs cela pourrait faire une très jolie mosquée. En Espagne, la Cathédrale de Cordoue est bien une ancienne mosquée, reprise aux Arabes lors de la Reconquista. Mais ce serait dommage pour les cloches et les symboles qu’elles représentent…

3)
Radagast
, le 11.03.2015 à 16:52

Article très intéressant sur une très belle cathédrale, merci beaucoup.

4)
MarcOS
, le 11.03.2015 à 17:13

Belle photo. Mais les religions ne m’ont jamais passionné. La foi ce n’est pas mon truc. Les cathédrales n’ont plus.

Plutôt comme Voltaire, la religion c’est l’opium du peuple.

5)
Jean-Yves
, le 11.03.2015 à 17:44

Intéressé par le design et l’intégration de l’orgue, bien que non spécialiste mais fasciné par la complexité de ce genre d’instrument à vent, j’avais envie d’en savoir plus.

Il s’agit d’un orgue Allen, gamme Elite (électronique et personnalisé).
Mais comment c’est fait, à quoi ça ressemble ? 
Restant sur ma faim, je suis allé voir sur le site du fabricant.
On y trouve une série de vidéos, plusieurs permettant de se faire une idée :
Combination OrgansPart I
Combination OrgansPart II
Pour les tests audio, ces vidéos risquent de faire de nombreux déçus quels que soient les équipements !

Merci de ne pas considérer ce post comme critique.
En ce qui me concerne, c’est une réelle découverte.
Et je n’ai pas dit que c’était mieux à vent …

6)
J-C
, le 11.03.2015 à 19:01

Merci pour cette évocation de la Cathédrale, où mes enfants ont été baptisés.
Au Sénégal, se trouvent d’autres édifices moins « imposants », mais plus chargés d’émotion, tel l’Abbaye de Keur Moussa et ses messes accompagnées à la Kora.
Tous ces lieux sont souvent illuminés par l’excellence des chorales sénégalaises et me rendront nostalgique du Sénégal, le moment venu.

7)
Gr@g
, le 11.03.2015 à 19:26

belle découverte! Rien que les images sont impressionnantes. Merci pour ce voyage…

8)
François Cuneo
, le 11.03.2015 à 21:33

Incroyable cette architecture!

Je ne sais pas si j’aime, mais c’est surprenant en tout cas.

9)
Dom' Python
, le 12.03.2015 à 13:01

Dans la photo du choeur, j’aime beaucoup l’oposition entre les arrondis et les lignes et angles droits. Particulièrement dans le segment de dôme. Un sobriété géométrique qui me parle beaucoup.

Et en découvrant cette cathédrale, je n’ai pu m’empêcher de sourir intérieurement en repensant à l’initiative populaire suisse Contre la construction de minarets. (Mais j’ai très vite cessé de sourir en me rappelant qu’elle a été acceptée…)

Merci pour ces images!

10)
Hervé
, le 12.03.2015 à 14:13

C’est pas Voltaire qui considérait la religion comme l’opium du peuple, mais Karl Marx.

Pour Voltaire, parlant du monde, disait ; « je ne peux pas m’imaginer qu’une telle horloge n’ait pas un horloger ». Voltaire n’était pas athée, mais anticlérical : pas tout à fait la même chose.

11)
M.G.
, le 12.03.2015 à 23:47

Merci de ne pas considérer ce post comme critique.

C’est au contraire le meilleur enrichissement qu’ait reçu un de mes articles sur Cuk !

Le lien vers la vidéo d’une chaîne TV sénégalaise m’a permis d’en savoir un peu plus grâce à l’organiste chargé de donner vie à l’instrument. Ceux vers les laboratoires d’Allen aux U.S.A. montrent qu’il s’agit en fait d’un « super synthétiseur » à 80 canaux dont le son est dirigé vers une montagne d’enceintes. Sa capacité est bien d’émuler l’ensemble des instruments d’un orchestre symphonique. Sur le site d’Allen France, on peut écouter des extraits d’enregistrements de concerts qui sont commercialisés sur CD… Étonnant !

Certes, le vent n’a plus rien à voir à l’affaire puisque nous sommes en face d’une prouesse électronique.

Reste le problème du « buffet », la seule partie de l’orgue qui soit visible du public. Là, c’est une affaire d’architecte et d’artistes en ébénisterie, puisqu’il doit parfaitement s’intégrer dans la structure architecturale existante de la cathédrale. Celui de l’orgue de Dakar a été réalisé à Marseille et n’a rien à envier à d’autres qui font la gloire de certaines grandes orgues françaises.

Puisque la forêt de tubes qu’il comporte n’a aucun lien factuel avec le son de l’orgue, il me reste à solliciter une visite pour découvrir où les enceintes ont été planquées ;-)

À bientôt sur ce sujet…

12)
M.G.
, le 13.03.2015 à 00:16

Au Sénégal, se trouvent d’autres édifices moins « imposants », mais plus chargés d’émotion, tel l’Abbaye de Keur Moussa et ses messes accompagnées à la Kora.

J-C a raison quant à l’émotion qui se dégage de Keur Moussa. J’en ai vécu d’autres, en Casamance en particulier, d’où je garde le souvenir d’une Messe de Minuit dans la chapelle d’Abéné éclairée par des torches au son de chorales Diolas. L’émotion et la ferveur manifestées par les fidèles se ressentaient au plus profond de soi. Dans ce contexte, il s’agit évidemment d’émotion religieuse qui nécessite une croyance pour qu’elle soit pleinement ressentie.

En revanche, choisir d’écrire sur la Cathédrale de Dakar, c’est raconter l’histoire d’un monument visible en plein centre du Plateau, avec ce qu’elle comporte d’efforts et d’œcuménisme de la part de ses bâtisseurs. Ma conclusion sur l’histoire des cloches résume tout l’article.

13)
M.G.
, le 13.03.2015 à 00:33

Pour Voltaire, parlant du monde, disait ; « je ne peux pas m’imaginer qu’une telle horloge n’ait pas un horloger ». Voltaire n’était pas athée, mais anticlérical : pas tout à fait la même chose.

Merci d’avoir rendu à Karl Marx ce qui lui appartient :-)

Quant à la phrase de Voltaire, elle me rappelle celle de l’astrophysicien Hubert Reeves lors d’une conférence à Dakar : « Plus on avance dans la connaissance de l’Univers, plus on se rapproche de Dieu ».

Mais il avait également dit : « Si Dieu existe, on doit considérer que le pire cadeau qu’il ait fait à l’Homme, c’est l’intelligence ». Car pour Hubert Reeves, « c’est cette intelligence unique parmi les créatures de l’univers qui le rend capable d’organiser sa propre destruction. »

Joli sujet de réflexion, n’est-il pas ?

14)
Jean-Yves
, le 15.03.2015 à 14:01

Puisque la forêt de tubes qu’il comporte n’a aucun lien factuel avec le son de l’orgue, il me reste à solliciter une visite pour découvrir où les enceintes ont été planquées ;-)

À bientôt sur ce sujet…

En zoomant sur la partie centrale de l’orgue vu de face, on voit assez bien l’ébénisterie ajourée façon moucharabieh, présente aussi à l’arrière plan sous le vitrail. Je ne serais pas surpris que ça cache quelque chose …

Au plaisir !

15)
M.G.
, le 06.03.2016 à 00:35

J’ai visité le site de fond en comble aujourd’hui et j’ai trouvé où sont planquées les enceintes !

En fait, elles sont toutes situées dans les deux caissons latéraux en « pont » qui relient les deux colonnes verticales de tuyaux d’orgue factices.

Comme on le note sur la photo, ces caissons sont très profonds. À l’intérieur, ils sont peints en noir et les enceintes sont à peine visibles, même de près. Pas mal !

16)
Dom' Python
, le 06.03.2016 à 08:42

Eh ben! Ça s’appelle du suivi!

17)
Jean-Yves
, le 06.03.2016 à 11:20

@Dom’
Comme tu dis ;-)

@ MG
Voilà des voies qui n’étaient pas impénétrables!
Et j’ai relu le sujet avec plaisir.

18)
M.G.
, le 06.03.2016 à 22:06

Merci pour avoir été tentés par une relecture un an plus tard. C’est sympa :-)