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« Je » est objectif

Mon billet précédent, qui parlait de musique, aura peut-être semblé très subjectif à certains. Et pourtant je le terminais en promettant de faire bientôt la démonstration qu’il était totalement objectif. Nous y voici.

 ~ ~ ~

Jusqu’il y a peu, je considérais que cette phrase:

«C’est magnifique!»

était une expression objective, alors que celle-ci:

«J’aime beaucoup ça!»

était subjective.

Parce que, dans le premier cas, je pose un jugement (censé être) objectif, alors que dans la deuxième j’exprime un sentiment personnel, donc forcément subjectif.

Et puis, en creusant un peu…

Je ne sais comment c’est pour toi, mais il me semble que si je suis d’accord avec celui qui dit «C’est magnifique» je penserai qu’il est objectif; alors que si je ne suis pas du même avis, j’aurai envie de lui répondre: «Là, t’es complètement subjectif! En fait, objectivement, c’est pas terrible!»

Bon.

Cela soulève la question de l’aptitude à juger. Pour être vraiment objectif, il faudrait avoir des compétences, des connaissances, être un «spécialiste de la question». Encore que… N’arrive-t-il pas fréquemment que des spécialistes ne soient pas d’accord entre eux, que deux expertises conduisent à des conclusions divergentes, sinon opposées?

J’ouvre une parenthèse:
ce qui m’agace, chez de nombreux «spécialistes de la question»,
c’est qu’ils ont surtout... des réponses!

Fin de la parenthèse.

Alors l’objectivité, dans tout ça?

Et puis tiens, puisque personne n’a protesté, j’en ouvre une deuxième:
Y a-t-il une vérité (= une objectivité) du beau? la beauté est-elle intrinsèque? Peut-on vraiment dire que telle musique, telle œuvre, est objectivement belle et telle autre pas? Je ne fais volontairement qu’effleurer la question, car ça n’est pas mon sujet du jour. Mais si t’as des trucs à dire là-dessus, n’hésite pas!

Fin de la deuxième parenthèse.

À présent, je te laisse le temps de relire le début pour retrouver le fil du propos.

C’est bon? Je continue.

En fait, il m’est apparu récemment que je ne suis jamais aussi objectif que lorsque je dis «J’aime beaucoup ça!» Pourquoi?

Parce que, lorsque je le dis, je dis «je». Et quand je dis «je», c’est de moi que je parle. Or je pense avoir les compétences requises pour parler objectivement de moi! (Mon psy, si tu lis ce texte, je te rappelle que tu es tenu à la confidentialité!)

Une anecdote me revient.

J’ai passé un mois de l’été de mes dix-neuf ans dans une maison de retraites spirituelles, à Bex, comme membre provisoire de la petite communauté qui s’occupait de ladite maison. Un soir, nous étions attablés dans une salle dont nous venions de terminer la réfection, pour un repas inaugural. Le doyen de la tablée (nous étions six) s’exclama, en parlant de la statuette de saint François d’Assise qui trônait sur la cheminée: «Ah! Il est beau, notre Francesco!» Et à tour de rôle, chacun des convives d’abonder dans son sens. Lorsque tous les autres eurent parlé, je me sentis comme invité par le silence à me joindre à ce concert de louanges. Or, cette statuette, je ne l’aimais pas. Je me risquai donc, presque en m’excusant, à dire que… «non, moi, je ne l’aime pas beaucoup». Le doyen susnommé, dans un sursaut, tapa du plat de la main sur la table et tonitrua: «Mais ça ne se dit pas, voyons!». Intérieurement, je me disais que j’aurais volontiers tapé sur la table moi aussi en demandant d’une voix angélique qu’on m’explique ma faute, qu’on me donne une bonne raison qui m’interdise d’exprimer mon avis, juste mon avis. Mais je n’étais là que pour un mois, j’étais le plus jeune, le seul jeune en fait, parmi ces adultes, et je bafouillai un «désolé, je…». L’affaire fut close.

Quand je dis «J’aime ça» (ou «je n’aime pas»), je partage une expérience, mon expérience. Le fait est que mon ressenti est agréable, positif, et que ce ressenti ne peut être contesté. Je suis — en principe — qualifié pour dire ce que je ressens. Et lorsque j’exprime un ressenti, personne ne peut me répondre que j’ai tort.

Peut-être pourra-t-on, au nom d’une compétence particulière me démontrer, avec des critères mieux documentés, des références précises, que l’œuvre en question est considérée par les spécialistes — reconnue, dira-t-on — comme étant de piètre qualité. Du moins par certains d’entre eux ;-) Quant à moi, en affirmant «j’aime», je ne porte pas un jugement, je ne fais pas une évaluation, je ne contredis ni ne confirme l’avis des susnommés spécialistes; j’exprime une expérience personnelle, un ressenti; or au moment où il a lieu, et quels que soient les manques de mes connaissances, de ma culture, de mon éducation, de mes valeurs, ce ressenti est simplement indiscutable! Il n’est pas le fruit d’une réflexion, d’une expertise — documentée ou non —, d’une décision; il est, c’est tout.

Il peut arriver qu’il me surprenne, me dérange même. Mais il ne saurait être contesté.

Tout au plus puis-je être légitimement interpellé par quelqu’un qui me connait bien — mais alors très bien — et qui peut discerner et me dire avec empathie qu’il perçoit dans ce que j’exprime les traces, subtiles ou non, de valeurs qui ne m’appartiennent pas, mais que j’ai par exemple héritées de mes parents, ou de je ne sais quel modèle que je me serais choisis.

Or donc, lorsque je m’exprime au «je», j’exprime ma vision du monde, je l’assume, la revendique, que je sois ou non capable de l’argumenter, de la documenter; ce faisant, je laisse à l’autre l’espace de liberté dont il a besoin — auquel il a droit — pour exprimer son avis, sa vision, partager son expérience.

En fait, lorsque je dis» c’est magnifique», je pose un jugement sur l’objet, l’œuvre, et d’une certaine façon je pose un jugement sur l’avis de l’autre, sur l’autre. Car si cet autre n’aime pas, il peut penser que je lui trouve mauvais goût, que je mets en doute ses compétences. Et il y a fort à parier que, dans un réflexe de légitime défense, il s’attaque à mes goûts, à moi, et que le débat tourne vite au vinaigre. On voit souvent ça sur les forums; c’est même arrivé sur Cuk. C’est dire.

Quand je dis» j’aime ça», je parle de moi, je partage un peu de moi, et si je suis honnête, j’accueille le partage de l’autre et lui reconnais toute légitimité, même si son avis diffère du mien. Après, nous pouvons débattre, argumenter, présenter nos analyses respectives, expliquer notre ressenti en le reliant à de précédentes expériences, à notre histoire, bref dialoguer dans un respect mutuel.

Ceci dit, je suis conscient en écrivant tout ça que, dans ce qui motive cette position, il n’y a pas que de nobles sentiments tels que respect, ouverture, partage... Je dois bien reconnaître que, n’ayant pas appris à gérer les conflits et les tensions (pourtant nombreux dans mon enfance), j’en ai peur et je cherche généralement à les éviter. Mais je pense que le fait de parler au «je» n’évite pas le conflit, mais le maintient dans une juste perspective de confrontation d’idées, dans le respect des personnes; autant d’ailleurs de celle qui parle que de celles qui écoutent.

Séquence «regrets»:

Je me rappelle avoir ressenti comme un léger choc en visionnant une archive de la RTS (de 13:41 à la fin), dans laquelle Anne Cuneo parle d’une «espèce de bagarre verbale qui est un plaisir». Pour moi, avec ma peur du conflit, associer les termes «plaisir» et «bagarre» est très provocateur. Mais je ne pense pas que cela soit en contradiction avec mon propos. Et je regrette infiniment qu’Anne ne soit plus là. Sa réaction à ce billet m’intéresserait beaucoup…

~ ~ ~

Dans mon éducation, «je» était presque un gros mot. Aujourd’hui, je pense qu’il est un des plus beaux, un des plus importants. Encore dois-je apprendre à l’utiliser. Car comme l’eau, il peut devenir terriblement envahissant et destructeur lorsqu’il gonfle et se déchaîne. Mais trop rare, il révèle une sécheresse, une difficulté à exister, à prendre sa place.

Et tu sais quoi?

Ce mot est formé de deux lettres.

Eh bien, cela m’amuse de constater que, si la seconde est la plus fréquemment utilisée en français, la première fait clairement partie du peloton de queue. (source) Comme pour nous dire que chacune et chacun de nous est, paradoxalement, en même temps unique et commun

J’ai dit.

30 commentaires
2)
pasmet
, le 03.03.2015 à 07:46
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@pter / J’ai du regarder dans un dico.. Je plussoie « aussi » ;-)
@Dominique / Bien que.. un gars qui est suivi par un psy, je me méfie ;-)

3)
Argos
, le 03.03.2015 à 08:49
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Objectivité et subjectivité sont des mots creux. Comme l’a démontré la théorie des quantas, la réalité dépend de la position de l’observateur.
Il y a trente ans, je trouvais les oeuvres de Webern insupportables, aujourd’hui elles me fascinent et me bouleversent. Mais Mozart restera toujours le plus grand… Beethoven aussi. La réalité est d’abord paradoxale.

4)
ysengrain
, le 03.03.2015 à 09:16
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En voilà un bien beau billet !!
Sur ce site où il est souvent question de photographie, on évoque les « objectifs ». Appellation française désignant un … objet hautement subjectif.

Se débarrasser des affects, intérêts, goûts avant de se prononcer ? Fadaise !!!

Dominique, quand tu écris que  » c’est magnifique « , il s’agit d’une opinion, hautement subjective. Argos écrit en 3) que les oeuvres de Webern le fascinent et le bouleversent. Je peux comprendre … mais il s’agit d’une expression subjective. À titre personnel, Webern ne met en jeu chez moi aucune émotion – sinon un ennui -qui n’est pas une émotion – profond. Je pense percevoir cette musique … assez objectivement.

@ Argos: je vais être hautement « objectif »: Mozart n’est pas le plus grand, c’est JS Bach, le plus grand

Sujet hautement difficile

6)
Diego
, le 03.03.2015 à 10:00
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Excusez-moi de dissoner, mais moi je ne plussoie pas, j’abonde …

Quand au plus grand, ce ne serait pas Keith plutôt ?
En fait, JE me fous de qui est le plus grand, si tant est qu’il existe ;-)

8)
Argos
, le 03.03.2015 à 11:11
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@Ysengrain, j’ai écrit : Mozart est le plus grand, puis j’ai continué : Beethoven est le plus grand. Je peux ajouter : Bach est le plus grand. C’était ma modeste contribution au débat sur l’objectivité et le réel, qui tous eux n’existent pas. Mais après tout, pourquoi pas Claudio Monteverdi ? Ah non, ce serait Francesco Cavalli, par ailleurs un drôle de zigotto, qui aurait en partie composé le Couronnement de Poppée. Et entre cet opéra et Tristan et Isolde, tous deux sur l’amour fou, c’est lequel le meilleur ? etc. etc.

9)
Madame Poppins
, le 03.03.2015 à 11:32
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J’ouvre une parenthèse: ce qui m’agace, chez de nombreux «spécialistes de la question», c’est qu’ils ont surtout… des réponses!

J’aime toujours autant te lire et j’adore ta parenthèse, elle m’a fait super rire. Parfois, dans certains domaines (en droit), j’aimerais que les spécialistes aient moins de questions et plus de réponses !

Bonne journée à toutes et tous,

10)
ysengrain
, le 03.03.2015 à 12:27
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@ Dominique et MP: un spécialiste ne peut-être que subjectif: il ne traite qu’une vision, ce qui manque et d’objectif et d’objectivité.

Et puis pas loin du spécialiste est l’adepte du principe de Peter qui en sait de plus en plus sur de moins en moins.

11)
ggkrail
, le 03.03.2015 à 12:31
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Si l’on veut être objectif: Mozart, 163 cm. Beethoven, de petite taille selon Wikipedia.
Certainement pas les plus grands, donc ;-)))

Blague à part, très beau billet, suis-je objectif ou écrivé-je ceci car je ne suis pas loin de penser la même chose???

12)
illianor
, le 03.03.2015 à 12:43
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Beau billet. Par contre, si on lit régulièrement les billets de cuk, c’est aussi pour le ressentit et les avis de leurs auteurs.

@ysengrain: un spécialiste peut avoir un avis objectif s’il la construit sur des éléments qui le sont et non en donnant simplement son ressentit non?

13)
ysengrain
, le 03.03.2015 à 12:48
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@ illianor la spécialisation engendre de fait une vision orientée, non ? S’il manque ne serait ce qu’un élément d’appréciation, l’absence de « globalité de vision » rend le propos tendancieux. Tu conclus ?

14)
Modane
, le 03.03.2015 à 13:43
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Les sémiologues disent que nous avons tous un rapport intime à l’image, lié entre autres à notre vécu, à notre sensibilité, et à notre éducation. À un objet donné, une multitude de connotations et un impossibilité induite de dénotation. La signification des mots, comme des images, n’est que connotation.

De là viennent, d’ailleurs, nos difficultés de communication. On croit très sincèrement exprimer une vérité, avec des mots choisis, dont la signification nous est propre, l’autre comprend son interprétation, qui peut être absolument différente. On se comprendra d’autant mieux qu’on aura de valeurs communes, dans les vécus, cultures, sensibilités précités.

Dans mes interventions, en audiovisuel, je finis toujours par placer cette phrase provocante mais professionnellement importante : un homme d’images qui parle d’objectivité est soit un incompétent, soit un truand.

15)
Jean-Yves
, le 03.03.2015 à 16:38
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Intéressante invitation à la réflexion.
Comme Modane, je crois assez peu à l’objectivité. 
Beaucoup plus à la sincérité, à l’honnêteté d’un point de vue.

J’aime la science lorsqu’elle “obéit à des lois vérifiées par des méthodes expérimentales” (Source : Antidote ;-).
Heureusement pour nous, l’objectivité n’est pas une “science exacte”, bardée de dogmes et repères normatifs. Imaginons, sinon, l’espace de liberté d’expression restant. Bonjour Big Brother !

J’aime la subjectivité subtile qui, sans risque, dévoile juste ce qu’il faut pour entrer en empathie. Il est clair que je ne parle pas des stades, là !!!

L’esprit Cuk, quoi, et ce billet en est un bon exemple, merci Dominique ;-)

16)
Gr@g
, le 03.03.2015 à 16:43
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J’adore!!! Merci pour ce magnifique billet!
Le plus grand est pour moi Beethoven…
Le parler « je », qu’il soit objectif selon son auteur ou subjectif selon les autres n’a finalement que peu d’importance, pourvu qu’il soit honnête et tolérant des autres.
En tout cas, c’est ce que je pense et je suis d’accord avec moi. Est-ce que cela me rend objectif?

17)
Dom' Python
, le 03.03.2015 à 19:02
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pasmet

Rassure toi: il ne me suit que sur ma demande demande et je le sème quand je veux! Et par ailleurs, il est subjectivement considéré par un grand nombre de gens comme étant objectivement excellent!

Argos

Ouais, bon… Si tu portes le débat dans le domaine de la physique quantique… là je suis complètement et objectivement largué. Quant à (!) moi je suis plus perméable à la physique poétique. Et pour moi un mot creux est un mot qui résonne bien, comme une guitare.

quand tu écris que «c’est magnifique», il s’agit d’une opinion, hautement subjective.

Oui et non. A mon sens tu as raison si on suppose que la formulation sous-entend que “je trouve que c’est magnifique”. Mais pour moi, grammaticalement, “c’est…” signifie non “je trouve que c’est”, mais bien “c’est”. Dans ce sens, “C’est magnifique” se veut bien objectif.

Alors oui, la plupart du temps, quand on dit “c’est…” il s’agit en fait de l’expression d’une estimation personnelle. Mais je m’attache justement à m’exprimer de façon à faire la différence entre le jugement annoncé comme objectif et le partage de mon expérience subjective.

Mme Poppins

Merci, très touché!

Et c’est vrai que dans certains domaines, les réponses sont plus difficiles à produire!

J’aime le ping-pong entre illianor et ysengrain. Ma propre conclusion est d’en revenir au fait que la seule manière d’être vraiment objectif est d’exprimer son propre jugement, sa propre expérience, et de le faire clairement en parlant au “je”.

Oui, je sais, j’insiste, mais c’est import… j’y tiens!

Modane

Ce que tu écris me fait penser à ça:

Entre
Ce que je pense
Ce que je veux dire
Ce que je crois dire
Ce que je dis
Ce que vous avez envie d’entendreCe que vous croyez entendre
Ce que vous entendez
Ce que vous avez envie de comprendre
Ce que vous croyez comprendreCe que vous comprenez
Il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer
Mais essayons quand même

Bernard Werber: l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu.

Et j’aime bien ta phrase provocante!

Comme Modane, je crois assez peu à l’objectivité.

Selon toi, lorsque je dis “j’aime ça”, le suis-je?

Gr@g

Merci! En ce qui me concerne, je tente à bannir l’expression “le plus…” ou “le moins…” La grandeur d’un artiste n’est à mon sens pas mesurable. Sauf sa taille en cm, effectivement ggkrail!

Merci à chacun! J’aime beaucoup ce débat!

18)
Zallag
, le 03.03.2015 à 21:51
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J’aime beaucoup plusieurs livres de Paul Watzlawick, il en a écrit un qui s’intitule La réalité de la réalité.

Voici le texte de la page du plat verso (ou de la quatrième de couverture, si vous préférez) de ce petit livre de quelque 200 pages seulement, mais qui mérite vraiment d’être lu.

De la réalité chacun se fait son idée. Dans les discours scientifique et politique, dans les conversations de tous les jours, nous renvoyons en dernière instance au référent suprême : le réel.
Mais où est donc ce réel ? Et surtout, existe-t-il réellement ?
« De toutes les illusions, la plus périlleuse consiste à penser qu’il n’existe qu’une seule réalité. En fait, ce qui existe, ce sont différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes l’effet de la communication et non le reflet de vérités objectives et éternelles. » Ce qu’on appelle réalité n’est donc, selon Paul Watzlawick, que la résultante des compromis, détours, et aveuglements réciproques, à travers quoi passe l’information : la somme des confusions, désinformations et communications qui surgissent entre êtres parlants.
L’auteur donne ici, de sa « Pragmatique de la communication », un vaste éventail d’illustrations : situations tirées d’œuvres littéraires, mots d’esprit, vie politique internationale, traductions, jeux, devinettes, enquête criminelle, psychologie des masses, psychothérapie, espionnage et contre-espionnage, communications avec les animaux, communication (éventuelle, celle-ci) avec des extra-terrestres.

19)
Dom' Python
, le 04.03.2015 à 05:52
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Zallag, je ne suis pas complètement à l’aise avec cette vision.

N’y a-t-il pas tout de même une réalité objective, en dehors de toute perception et interprétation humaine? Les galaxies ne sont-elles réelles que depuis que les humains les ont découvertes?

Maintenant peut-être faut-il s’entendre sur le terme « réalité »…

Quoi qu’il en soit, je garde la référence de Paul Watzlawick dans ma liste de projets de lecture. Merci!

21)
François Cuneo
, le 04.03.2015 à 07:21
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Peut-être pourra-t-on, au nom d’une compétence particulière me démontrer, avec des critères mieux documentés, des références précises, que l’œuvre en question est considérée par les spécialistes — reconnue, dira-t-on — comme étant de piètre qualité. Du moins par certains d’entre eux ;-) Quant à moi, en affirmant «j’aime», je ne porte pas un jugement, je ne fais pas une évaluation, je ne contredis ni ne confirme l’avis des susnommés spécialistes; j’exprime une expérience personnelle, un ressenti; or au moment où il a lieu, et quels que soient les manques de mes connaissances, de ma culture, de mon éducation, de mes valeurs, ce ressenti est simplement indiscutable! Il n’est pas le fruit d’une réflexion, d’une expertise — documentée ou non —, d’une décision; il est, c’est tout.

À 100% d’accord.

Mais je me suis fait engueuler un jour par une collègue lorsque je disais en mangeant un truc à midi, « c’est dégueulasse ». « François, tu ne dois pas dire c’est, tu dois dire « je trouve » »…

Ouaip…

Mais de toute façon, je n’ai pas l’outrecuidance même en disant « C’est  » de penser que je suis objectif…

Je fais simplement un peu plus attention maintenant.

En ce qui concerne Anne, c’est vrai que les discussions pouvaient être passionnées lorsqu’on se voyait:-)

22)
François Cuneo
, le 04.03.2015 à 07:40
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Ah… Et en ce qui concerne Mozart…

Bach, comme toi Ysengrain, c’est Dieu, mais Vivaldi n’est pas loin du tout…

En fait, Vivaldi est le plus grand.:-)

23)
Argos
, le 04.03.2015 à 11:01
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« C’est dégueulasse », c’est la dernière réplique d’A Bout de souffle de Godard. Belmondo aurait dû dire « Je trouve » ? (Nombreux smileys)

28)
Soheil
, le 05.03.2015 à 00:44
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Petit conte taoïste (dont j’ai malheureusement oublié la source):

Deux voisins se querellent au sujet de quelque chose qui leur tient à cœur et, comme souvent dans ce genre de querelle, chacun campe sur ses positions. Un troisième voisin, adepte de la Voie, les conduit chez son maître taoïste, un homme sage et de bon conseil, afin que celui-ci les départage.

Le maître écoute le premier voisin, hoche la tête et dit: « Tu as raison ». Le second voisin s’empresse alors de présenter sa vision des faits, le maître l’écoute et lui dit; « En effet, tu as raison ». Les deux voisins s’en retournent chez eux satisfaits, chacun estimant que le maître lui a donné raison.

Les voisins partis, le disciple dit à son maître: « Mais Maître, je ne comprends pas, ce n’est pas possible qu’ils aient tous les deux raison!. » Et le maître lui répond: « C’est vrai, toit aussi tu as raison ».

(Je vote pour JSB)

29)
zit
, le 05.03.2015 à 19:32
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Merci Dominique pour ce billet.

Point de vue très intéressant et qui ne manque pas de perturber quelques synapses alanguies dans leurs habitudes. Il est extrêmement rare que je dise : c’est magnifique ! ou c’est génial ! j’aurais plutôt tendance à m’appliquer à dire je suis magnifique ! je suis génial ! ;o) je trouve que c’est magnifique ! il me semble que c’est génial ! donc, pour être caillou (oui, vous savez, pour éviter les répétitions, un objectif de bonne qualité, on appelle ça un caillou, dans le jargon des photographes), finalement, je pense que l’on doit être sur la même longueur d’onde.

Argos, la dernière réplique d’À bout de souffle, n’est-ce pas :
« C’est quoi, dégueulasse ? » prononcé par la charmante Jean Seberg ? ;o)

Soheil, j’ai lu ce conte dans l’excellent Le cercle des menteurs du toujours formidable Jean-Claude Carrière (je l’ai relu récemment, c’est pour ça que je m’en souviens).

z (le plus grand, c’est Robert Waldow, je répêêêêêêêêêêêêête : à moins que ça ne soit Prince ? ;oP)

30)
Dom' Python
, le 06.03.2015 à 06:03
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Merci Soheil pour cette histoire qui vient salutairement chatouiller mon rationalisme galopant. J’aime beaucoup!

Zit et leCollegueàFrançois, l’ajout de “je trouve” a en effet le mérite de confirmer le sous-entendu dont je parle. Mais personnellement, je fais une différence fondamentale avec “j’aime”: ici je ne me prononce plus une évaluation (fut-ce en assumant ma subjectivité), mais j’exprime mon expérience personnelle.

Il y a bien sûr des situations dans lesquelles il est souhaitable de poser un jugement sur telle ou telle chose. Mais je préfère généralement exprimer mon expérience à propos de. J’ai souvent le sentiment que c’est (!) plus juste.