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De la bonne galette

Hier soir, j’étais au sous-sol de La Sportive, cave à jazz qui proposait en ouverture de l’année 2015 un concert-vernissage du premier album de Less Than Four, « What The Hell’Ektrik? ».

 

LT4_CD

 

Ce bien nommé trio, j’ai écrit ici tout le bien que j’en pensais il y a une petite année ; j’ai écrit également tout ce que je leur dois en terme de découvertes musicales, découvertes qui m’ont amené au Cully Jazz Festival 2014 pour trois dates, et qui m’y ramène cette année pour une sélection de 7 concerts sur 6 jours. Je me réjouis. P’têt’même que j’t’en causerai à l’occase.

Pour en revenir à Less Than Four, je suis donc rentré chez moi hier soir avec un exemplaire de la précieuse galette dans la main. Ce matin, en m’attablant pour terminer mon article de lundi, j’ai donné à manger ladite galette à mon Mac et me suis dit que ce serait sympa d’écouter ça en écrivant. Oui, je sais, écouter vraiment devrait se faire sans aucune autre occupation, surtout pour une première fois. Mais bon. Je devais absolument terminer cet article et j’aime bien écrire tôt le matin ; par ailleurs, il était hors de question de différer cette première écoute : moult fois annoncé depuis l’automne, l’objet s’était fait longuement désirer. J’ai donc lancé la lecture du CD et ouvert mon article en cours d’écriture dans iA Writer.

Bon.

J’avoue que j’avais quelques craintes vis-à-vis de cette galette. Elles étaient de deux ordres :

  1. Quand j’attends longtemps quelque chose dont je me réjouis — et c’était le cas — il y a toujours un moment où je me dis tout à coup que, peut-être, j’en attends trop, et qu’en faisant ainsi « monter la mousse » je prends le risque d’être déçu. À force de me réjouir j’idéalise, et du coup lorsque la réalité pointe le bout de son nez, les écarts qu’elle présente forcément au regard de l’idéal fantasmé font figure de « défaut », sources de déception. De ces déceptions-là, je considère que nous sommes les principaux — voire uniques — responsables, mes attentes et moi. Fin de la parenthèse philosophique.
  2. Ce qui m’a séduit tout d’abord chez Less Than Four, ça n’est pas leur musique (qui, à l’époque de cette découverte, n’était pas ma musique), c’est leur énergie. Et cette énergie, propre au « live », pouvait très bien être handicapée par les exigences du studio. Je craignais donc que cette galette me propose une musique plus précise, plus « propre » — ce qui n’est pas pour déplaire à une certaine partie de moi-même —, mais, du coup, moins vivante, moins « énergène ». Oui, parce que l’énergie que je prends dans la gueule en les écoutant prend racine en moi et y *génère* de l’énergie. D’où ce mot « énergène » que j’invente pour l’occasion. Na.

Et bien lorsque le CD a commencé à tourner, j’ai eu très vite une impression assez précise, que je pourrais résumer ainsi : « Bou diou ! Mais c’est de la bonne ! Ah, mais oui, j’avais pas perçu ça en entendant ce morceau en live ! Ah, mais oui, cette structure rythmique est bien comme je la ressentais : elle m’électrise et me déstabilise à la fois ! Ah ça, mais ! Ah mais ça ! Mais… aaahhh ! » Et, en conclusion de cette première impression si subtilement résumée ci-dessus, une constatation : moi qui voulais écouter en écrivant, je suis arrivé au bout de ce CD sans avoir écrit une ligne ! J’ai donc relancé la lecture, pressé cmd-N pour ouvrir un nouveau document, celui-là même que tu es en train de lire en te disant peut-être que « bon, c’est bien gentil de prendre presque 600 mots pour nous expliquer pourquoi il n’a pas fini son article et qu’il va nous parler d’autre chose, mais au fait, Bon Dieu, AU FAIT ! ».

Comment ça « au fait » ? Mais j’y suis en plein, dans le fait. Parce que si tu me connais, tu sais que j’ai besoin de partager une vibration, bien plus que de présenter une analyse. Mais bon, je vais quand même t’en dire un peu plus, en jetant ça et là quelques considérations plus précises sur trois de ces plages :

Ich verstehe

Écrit par le pianiste David Tixier, principal compositeur du trio. C’est le premier morceau de cet album, qui selon moi en justifie à lui seul le titre (« What The Hell’Ektrik »). Des sonorités très électriques, et un rythme d’enfer ! Et c’est probablement le morceau qui, à mes oreilles, bénéficie le plus de la clarté d’un enregistrement studio. Parce que pour être franc, quand je l’ai entendu en live hier soir, j’ai pensé que son nom s’accordait assez mal à mon expérience de première écoute (« Ich vertehe » = « Je comprends »). À son terme, j’aurais pu m’écrier « Eh ben moi, j’ai pas compris grand-chose ! ». Mais que m’importait : l’énergie était là, et pour la compréhension je pouvais tout à fait accepter que j’aie besoin de l’entendre plusieurs fois avant de commencer à y être à l’aise. Et bien là, sur le CD, j’ai tout de suite été à l’aise. L’énergie est là, la clarté en plus ! Je sens déjà que ce morceau va devenir un de mes préférés. D’ailleurs c’est fait. Y a même du silence, un de mes ingrédients favoris dans la musique (et pas que).

Agarre O Momento

C’est l’une des deux compositions de Tim Verdesca, le bassiste. Il lui a donné le nom d’une maison d’hôte de Cascais, au Portugal, qu’il a particulièrement appréciée. Ce titre bénéficie de la présence qu’un quatrième larron, le saxophoniste Guillaume Perret, également invité sur « Zag ».
L’intro de ce titre est un bon exemple de la manière dont leurs rythmes me déstabilisent parfois. Je crois comprendre où est le temps fort, et puis tout à coup non, je le sens ailleurs. Et j’ai du mal à stabiliser ma sensation. Mais cette plage évoque également pour moi la variété des paysages que m’offrent les musiques de Less Than Four.

Du bist

Unique composition du batteur Francis Stoessel. La pulsation rythmique y tient un rôle prépondérant. Une fois ladite pulsation installée, le Rhodes s’invite pour un thème… comment dire… qui m’évoque à la fois la simplicité d’une chanson d’enfant, ainsi que la maladresse que pourrait avoir ledit enfant à la « caler » sur cette rythmique-là. Pourtant je sens bien que cette superposition est savamment calculée et maîtrisée.
Et à propos de superposition, j’aime aussi celle des deux pianos, l’électrique et l’acoustique (ça se dit, d’un piano, « acoustique » ?). Je me souviens d’ailleurs de quelques moments du concert d’hier soir où David obtenait de cette superposition des synergies sonores étonnantes et savoureuses à mes papilles auditives.

Ces trois titres sont en écoute libre sur le site du groupe (lien plus bas)

Je pourrais aussi te parler de la longue intro pianistique de «Gentils Voisins», durant laquelle je me sens embarqué dans des reliefs inattendus, où mon oreille est tantôt flattée, tantôt bousculée ; je pourrais te dire que tu comprendras peut-être, en écoutant «Step Down», pourquoi le batteur fait l’unanimité ; je pourrais exprimer mon regret que le solo de basse de «The Other Side Of The Sea» ne dure pas un tour de plus ; je pourrais bien sûr développer tout ça et le reste, mais trop en dire tue le pendire. (Même pas honte…)

Je t’invite donc à aller écouter par toi-même les trois titres dont je parle plus haut ; en cliquant ici par exemple, ou alors en cherchant par toi-même si tu préfères. C’est comme tu sens.

Ça t’a plu ? Le CD est en vente sur leur site, ici. Je précise une chose : je n’ai aucun intérêt personnel à ce que tu achètes cet album. Enfin si, j’ai un intérêt : celui du partage. Mais je ne touche pas un centime, et même, tiens : je suis disposé à offrir ce CD aux trois premières personnes qui m’en feront la demande et à qui ça ferait vraiment plaisir. Initiative spontanée et personnelle, dont l’idée m’est venue tout à l’heure sous la douche, motivée uniquement par le plaisir de partager ce que j’aime.

Voilà.

(Ça a de la gueule, non ? C’est pas François qui nous offrirait une paire d’enceintes Jean Maurer… ;-)

 

~ ~ ~

Extro:

Je te l’ai dit, j’avais prévu ce matin de mettre la dernière main à un article en cours d’écriture pour lundi. Et puis je me suis laissé entraîner. Mais ça n’est que partie remise. Et cet article viendra, le mois prochain, faire la démonstration éclatante que celui d’aujourd’hui est d’une irréprochable objectivité !

12 commentaires
1)
Lebarron
, le 02.02.2015 à 00:54
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Après trois week-ends de démonstration de matériel hi-fi haut de gamme, avec autopsie de mégahertz, tu nous fais vibrer avec un cd écouter sur ton Mac, sans plus de précision technique, c’est de la provoc ça !!!
J’ai adoré cet enthousiasme, c’est vrai que l’écoute d’un cd après une prestation en live peut être décevante, il manque ce partage que l’on a ressenti. Le nombre de fois que j’ai vu des spectateurs se précipiter au stand pour faire l’achat du cd plus la petite signature, alors que je savais que ce qu’ils écouteraient serait d’une tout autre nature que ce qu’ils venaient de vivre.

2)
Daniel
, le 02.02.2015 à 07:13
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Bonjour je suis preneur pour l’offre d’un disque découverte…
À bientôt
Daniel

3)
pasmet
, le 02.02.2015 à 07:30
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Dominique.. Ça a de la gueule, et c’est super sympa.
Perso.. J’attendrai que François propose le même genre de proposition avec une Tesla ;-)

4)
nic
, le 02.02.2015 à 09:50
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Je suis en train d’écouter cela sur soundcloud (avec un casque désagréable (c’est le synonyme que me propose Antidote…) Plantronics qui va bien juste pour skype…), j’aime! et je veux bien en recevoir une copie pour apprécier cela dans de meilleures conditions.
Merci beaucoup pour la découverte et l’offre!
bonne journée

6)
Madame Poppins
, le 02.02.2015 à 11:10
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Dominique,

Ce que j’adore, lorsque tu écris, c’est que tu fais si bien passer l’enthousiasme, c’est vraiment agréable de te lire – même si je n’ai encore aucune idée si je vais aimer ou non cette musique -.

Excellente journée enneigée,

7)
Dom' Python
, le 02.02.2015 à 18:18
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Lebarron,
Ouais. De la provoc. Même pas peur! ;-)
Concernant l’enregistrement studio: S’il est vrai que ça perd d’un côté (chaleur, ambiance), le gain en clarté et précision peut être un plus. Mais pour cela il faut d’autres ressources que celles qui permettent de convaincre sur scène. A mon sens, Less Than Four possède manifestement ces ressources.

Merci pour vos commentaires chaleureux. Je contacterai tout prochainement pas mail les personnes intéressées. Si je sais compter, il y a encore un de disponible!

9)
Dom' Python
, le 02.02.2015 à 18:28
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Le compte y est!
Tramaja, nic et Lebarron, merci de m’envoyer vos adresses postales par mail et je vous ferai envoyer directement les CD chez vous.

10)
Marcolivier
, le 02.02.2015 à 18:54
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Dominique Python, tu viens de nous faire la plus belle démonstration d’enthousiasme qui soit.

En effet, il n’y a pas de véritable enthousiasme sans la générosité du partage.

Et toi, plutôt que de t’arrêter à un partage purement intellectuel, tu l’incarnes de manière tangible en offrant le support de ton enthousiasme aux trois lecteurs susmentionnés, probablement inconnus de toi.

Chapeau bas. Bravo. Et merci de ce témoignage humain. Je suis bien content, et reconnaissant d’en avoir été témoin aujourd’hui.

11)
Ange
, le 02.02.2015 à 20:12
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Bonsoir,
Sans pour autand avoir un CD, j’ai voulu écouter leur musique. J’ai donc cherché leur nom sur le web, et j’ai eu plusieurs réponses proposant (a priori) leur site : impossible d’y accéder.
Je me suis rabattu sur Youtube… (je sais ce n’est pas pour apprécier mais découvrir avec les oreilles plusque par les yeux (cet article) !

Ange