Notre collaborateur secret ToTheEnd, qui vous a démontré son savoir plusieurs fois dans les domaines du réseau, se montre une fois de plus soucieux du détail dans une rétrospective intéressante de notre Mac chéri.
Où l'on voit qu'Apple, si elle est géniale, n'en a pas moins fait un certain nombre d'erreurs, et où l'on comprend, en fin d'article, que son patron s'entête parfois dans certaines idées, ce qui pourrait lui coûter cher, à lui, mais aussi à sa firme.
Merci ToTheEnd, toujours aussi mystérieux (même pour moi!) pour cet article complet et fort intéressant!
Bonne lecture à tous!
Le Mac
a 20 ans!
Introduction
Jusqu'à ce jour, votre humble serviteur
vous a livré deux articles qui traitaient des réseaux.
Aujourd'hui, je me rattrape un peu en rédigeant un
article 100% orienté Mac.
Au travers de cet article, je souhaite parler un peu de nos
machines et systèmes préférés ainsi que de leurs statuts
passés, présents et futurs. L'idée de cet article m'est venue
lorsque j'ai lu cette petite humeur sur
Cuk il y a quelques jours. Comme à son habitude, la
communauté Mac a vivement réagi.
On dit que le temps répare et apaise bien des conflits. Avec
le Mac, c'est l'inverse, en 20 ans, j'ai rarement eu
l'occasion d'assister à des discussions posées et
rationnelles à ce sujet qui nous tient tellement à coeur: le
Macintosh et les autres.
Grâce à ces quelques lignes et après quelques jours de repos,
j'ai le souhait de ramener cette discussion à un niveau un
peu moins émotionnel et traiter, dans son ensemble, les
différents points qui font que le Mac est ce qu'il est
aujourd'hui. Pour moi, il est important d'avoir une vision
d'ensemble et de ne pas focaliser sur certains aspects
uniquement.
En préambule, j'aimerais préciser deux ou trois choses avant
de rentrer dans le vif du sujet. Cela a pour but de ne pas
vous laisser penser que je débarque de nulle part. Le premier
Mac que j'ai utilisé était un Macintosh Plus et c'était en
1986. Depuis, j'ai "évolué" avec les modèles suivants: un Mac
IIcx, un Mac IIfx, un Power Mac 6100/66AV, un Power Computing
110, un Umax S900/225, un Twentieth Anniversary Macintosh, un
Power Mac 8600/250, un Power Mac G3/233, un Power Mac G4/450,
un Power Mac G4/733 et enfin, un G4/1.25 (ouais, le G5 est
pour bientôt).
Il n'est pas utile de me demander quels systèmes j'avais sur
chaque machine ou quelle était la configuration de chaque
machine... je m'en souviens plus! Enfin, pour la question:
"Qu'est-ce que ça te fait de penser à tout l'argent que tu as
dépensé dans ces systèmes?" Comme tous les trucs qui me font
mal, j'y pense pas!
De plus, au long de toutes ces années, j'ai engrangé quelques
certifications avec, entre autres, Apple, Silicon Graphics,
Sun Microsystems... J'ai aussi un peu développé sous Mac mais
je me suis arrêté à CodeWarrior 8.
Bref, tout ça pour dire que je connais un peu mon sujet mais
que j'ai encore à apprendre.
Les
débuts
Bon, je ne vais pas vous faire un historique très étendu
parce qu'en tant que bons lecteurs de Cuk et fans de Mac,
tout le monde connaît l'histoire d'Apple.
Pour ceux qui ont raté le début, je vais faire un très bref
résumé:
Après avoir travaillé chez Atari, Steven Jobs rencontre à
l'automne 1974 un petit génie de l'électronique du nom de
Stephen Wozniak. Ensemble, dans le garage de Jobs, ils
construisent le premier prototype de la machine qu'ils
pensent être révolutionnaire, l'Apple I. Après quelques jours
de prospection, ils arrivent à vendre 25 machines au Media
Markt local.

Ci-dessus: Apple I (prototype)
Afin de créer leur boîte, nos deux compères vendent tout ce
qu'ils ont. Tout ce qui a de la valeur y passe: le bus WV à
Jobs et la calculette HP de Woz.
Un ancien CEO d'Intel donne un coup de main à la jeune équipe
et l'aide au niveau marketing afin de créer une nouvelle
société. Tous deux quittent leur job et deviennent
vice-présidents. Le nom Apple provient de deux choses: à
l'époque, il fallait être avant Atari dans l'annuaire et Jobs
gardait un grand souvenir d'un travail effectué dans un
verger de l'Oregon.
L'histoire d'Apple est alors en marche.
Premier faux
pas
En 1976, l'Apple I est disponible pour USD 666$ et
l'entreprise commence à faire parler d'elle. Bien que l'Apple
I soit un modèle rudimentaire, il intègre déjà des composants
qui sont une nouveauté à l'époque (la vidéo est intégrée).
L'Apple II sera beaucoup plus complexe en intégrant, entre
autres, les premiers circuits imprimés de l'époque. Grâce à
ce modèle, Apple arrivera à générer une bibliothèque
applicative de quelque 16'000 programmes.
Très vite, Apple est en concurrence avec IBM, un des premiers
constructeurs de micro-ordinateur de l'époque. Il devient
alors évident pour Jobs que s'il veut que l'entreprise
progresse, il faudra engager des professionnels de la
branche. Dès 1977, des grands noms de la Silicon Valley
investissent ou travaillent pour Apple et des 1980, Apple
rentre en bourse afin de lever des capitaux. Avec l'Apple I,
Apple avait généré un chiffre d'affaires de USD 774'000$. En
1980, grâce à l'Apple II, Apple générait déjà USD
193'000'000$.
Tout semble aller pour le mieux et Jobs sait qu'il a un des
meilleurs produits disponibles sur le marché.
Toutefois, dès 1981, IBM commence à devenir un grand rival
puisque son unité micro-informatique génère le même chiffre
d'affaires qu'Apple. Les choses se compliquent encore un peu
plus quand en 1983, IBM signe un accord avec une société du
nom de Microsoft pour son nouveau système d'exploitation
incompatible avec le système d'Apple.
Jobs comprend qu'il doit offrir une meilleure machine et
lance, en 1981, l'Apple III. Malheureusement, cette machine
est chère et les 14'000 premières machines produites doivent
être rappelées pour cause de défaut de fabrication. Cette
procédure va être coûteuse et va éroder la confiance des
consommateurs.
Afin de rattraper le coup, Jobs annonce en 1983 aux
actionnaires d'Apple la sortie d'une machine révolutionnaire
qui se pilote via une souris: Lisa. Jobs vante les mérites
d'une interface jamais vue auparavant... le problème, c'est
que cette machine coûte près de USD 10'000$ et ça aussi,
c'est du jamais vu! Ce prix place cette machine dans une
catégorie innaccessible à de nombreux clients... à l'inverse
des premiers PC qui se situent entre 6 et 8 mille
dollars.

Ci-dessus: Apple Lisa (1983)
Le manque de cohérence est le premier reproche adressé à
Apple. En effet, toutes ces machines ont des systèmes
"incompatibles" entre eux, chacune apporte son lot de
nouveaux softs et de nouveaux développements.
Vu la domination qu'IBM a sur le marché des entreprises,
Apple doit trouver un nouveau CEO en mesure de porter la
société sur de nouveaux marchés. A l'époque, c'est John
Sculley qui est pressenti pour le poste car c'est lui qui a
fait de Pepsi le seul réel concurrent de Coca. Jobs est
l'auteur de plusieurs phrases lors du recrutement de Sculley,
dont la plus fameuse est probablement: "Voulez-vous rentrer
dans le second millénaire en tant que vendeur de soda à
bulles ou en tant qu'homme qui a changé le monde?" La messe
était dite et Sculley intégra Apple le 8 avril 1983.
Les beaux jours
d'Apple
Le 22 janvier 1984, Apple lance une campagne de pub qui fera
date. En plein milieu de la finale de Super Bowl aux
Etats-Unis, ce spot change le monde de la micro-informatique
en introduisant le Macintosh.

Ci-dessus: Apple Macintosh 128
Cette machine est tout simplement supérieure à n'importe quel
PC existant: RAM de 128K contre 64K pour le PC, processeur 32
bits contre 16 bits pour les PC, processeur cadencé à 8 MHz
contre 6 MHz pour les PC, etc.
Les ventes explosent et le Macintosh s'impose partout où les
gens souhaitent avoir un ordinateur simple, convivial et
puissant.
Quand Sculley rejoint Apple, la société réalise un chiffre
d'affaires de moins de USD 600 millions de dollars. Très
vite, il veut appliquer une formule qui fait le succès de
toutes les sociétés dans le monde: faire mieux que les autres
et moins cher.
En l'espace de 2 ans, les rapports entre Jobs et Sculley se détériorent
à un point tel que ce dernier convaint qu'Apple se porterait
mieux sans Jobs qu'avec... En juillet 1985, Jobs apprend
via une des instances de bourse qu'il n'a plus aucun avenir
au sein de la société. Il prend acte et part créer une
nouvelle société: NeXT.
Les années suivantes, Apple tentera par tous les moyens
d'imposer ses machines dans le monde entier grâce notamment à
des machines d'entrée de gamme comme les Performa. Cette
nouvelle approche voulue par Sculley permettra de générer des
revenus records en 1994 puisque’Apple engendrera plus de
9 milliards de dollars de chiffre d'affaires. C'est
également à cette époque qu'Apple dépassera les 10% de part
de marché dans le monde en vendant cette année là plus de
4 millions de Mac.
Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Sculley est accusé
par certains membres du conseil d'administration de ne pas
avoir une vision à long terme et de mal gérer certains points
clés comme le Newton (dont il est le père), d'avoir mis sur
le marché un système qui n'était pas prêt (pour ceux qui se
sont amusés à installer et maintenir le système 7.0 savent de
quoi je parle) et de ne pas avoir voulu ouvrir le marché au
"clone", stratégie qui a largement réussi à Microsoft.
Une fois de plus, Apple est confrontée à un dilemme: faut-il
être un producteur de software et vendre ses produits à des
constructeurs d'ordinateurs? Ou faut-il focaliser sur le
hardware et en tirer un bénéfice? Ou encore faut-il mener les
2 guerres de front (chose qui ne s'est jamais vue dans le
passé)?
Bref, Sculley quitte Apple en 1993 et laisse sa place à
Michael Spindler.
Les années
noires
Tout commence assez mal avec Spindler puisque la sortie de
Windows 3.1 en 1992 commence à se faire sentir sur les
ventes.
Spindler manque de poigne quant à l'uniformisation des
systèmes. De plus, avec l'introduction du PowerPC en 1994,
Apple demande à nouveau à ses éditeurs de logiciels de mettre
à jour leurs softs pour être à la page avec les nouveaux
Power Mac (6100, 7100 et 8100). Tout cela est très bien, mais
au niveau du public, le flou le plus total règne avec des
machines qui changent de nom tous les 3 mois (gamme Performa
et LC) sans aucune logique et des systèmes qui sont mis à
jour indépendamment de la série des machines. Est-ce que tout
le monde se souvient de la période système 7.0, 7.0.1, 7.0.1
Pro (avec le système 7 Tune-Up 1.1.1) ou encore les fameux
systèmes "enabler" qui sont apparus de la version 7 à 7.5
(pour avoir une vision "claire" de ce dont je parle, je vous
invite à vous rendre ici
afin de voir à quoi ressemblait la vie d'un administrateur
d'un parc Mac).
Bref, Apple est en train de perdre de vue ce pourquoi elle
s'est lancée dans l'informatique, soit de donner aux gens une
machine simple et conviviale (pas seulement à utiliser, mais
également à administrer).
En 1995, un tremblement de terre marketing arrive: Windows
95. Fort d'une campagne marketing de 300 millions de
dollars, Microsoft annonce un système convivial, simple et
plug & play... un Mac quoi. La lobotomie généralisée peut
commencer.
Parallèlement, Copland est en gestation depuis des années,
ses premiers fondements datent de 1987. Son démarrage
officiel en 1991 aurait dû donner au Mac un système moderne
et révolutionnaire répondant directement à Windows 95. La
gestation est jugée trop longue et Apple a peur d'accoucher
d'un système mort né. Fin 1996, le projet est avorté après 6
ans de développement et plusieurs centaines de millions de
dollars investis pour rien (ou presque)!
Enfin, 1995 sera la dernière année record pour Apple avec un
chiffre d'affaires de plus de 11 milliards de dollars et un
bénéfice de 420 millions de dollars.
Ces chiffres ne reflètent pas qu'Apple est sur le point de
sombrer. Il faut savoir qu'Apple ne fonctionne pas comme la
plupart des sociétés en terme d'année fiscale. En effet,
Apple compte annuellement ses sous du 1er octobre au 30
septembre. Avec l'introduction de Windows 95 en novembre
1995, les chiffres ne reflètent pas encore la tendance du
marché: tout le monde est en train d'acheter du Microsoft et
dans des proportions jamais vues auparavant (1 million de
licences sont vendues les 4 premiers jours).
C'est également à cette période qu'Apple, dans un effort
désespéré de regagner des parts de marché, va accorder des
licences Mac OS à d'autres fabricants. Dans un premier temps,
c'est Power Computing Corporation qui commence à fabriquer
des clones. Dès l'année suivante, ils sont rejoints par Umax,
Motorola et d'autres.
Pour le conseil d'administration d'Apple, tous ces problèmes
sont de trop et les premiers résultats trimestriels pour la
période 1er octobre au 31 décembre 1995 sont tout
sauf bons: chiffre d'affaires de 756 millions de dollars
(contre 1.2 milliards pour la même période un an plus
tôt) et une perte de 69 millions de dollars (contre un
bénéfice de 188 millions un an plus tôt).
Trop c'est trop et Spindler est officiellement débarqué le
2 février 1996.
Mais Apple réagit trop tard et l'année fiscale 1996 sera un
désastre. Quand les comptes sont clôturés, les investisseurs
constatent l'échec puisque le chiffre d'affaires s'arrête à
9.8 milliards de dollars (contre plus de
11 milliards un an auparavant) et surtout, une perte de
840 millions de dollars (contre un bénéfice de
424 millions un an plus tôt)!
Une période
d'austérité
A ce stade, Apple est surtout à la recherche d'un homme
capable de redresser une société qui est au plus mal.
C'est Gil Amelio qui hérite du siège de CEO en
février 1996. Cet homme n'est pas un inconnu. Il était
présent dans le conseil d'administration d'Apple depuis 1994
et surtout, c'est lui qui a sauvé de la faillite National
Semiconductor (un des plus importants fabriquants au monde de
semi-conducteur).
Dès son arrivée, Amelio applique des remèdes de cheval:
licenciements en masse (3'500 personnes, soit plus de 25% des
effectifs), rationalisation des fournisseurs de composants de
370 à 300, arrêt de certains développements comme la Pippin
(vous vous souvenez de ce truc tout en un: TV, vidéo,
navigateur, etc.), OpenDoc (ce truc qui devait permettre de
lier tous les documents entre eux en faisant abstraction des
applications), etc.
Mais Amelio aura aussi le mérite de lancer et d'instaurer de
nouvelles méthodes de production qui remettront sur les rails
la société. Un des premiers changements sera notamment
d'utiliser des périphériques moins chers et plus répandus
dans le monde des PC (IDE pour les disques durs, RAM
compatibles avec les PC, etc.). C'est également lui qui sera
à la base du révolutionnaire G3 et du Twentieth Anniversary
Macintosh afin pour fêter les 20 ans de la marque Apple.
Cette machine présentait des performances limitées (la carte
mère était celle du PowerBook 3400) mais elle était le summum
du design informatique pour l'époque... et le son, tout
simplement renversant!

Ci-dessus: Twentieth Anniversary Macintosh (Spartacus)
Malheureusement, le raz-de-marée Windows continue et en 1997,
c'est des chiffres encore plus dramatiques qui viennent
ramener Apple à la réalité. Pour l'année fiscale écoulée, le
chiffre d'affaires tombe à 7 milliards de dollars et les
pertes se montent à plus de 1 milliard de
dollars!!!
Pour ceux qui suivent, on arrive à une perte cumulée sur 2
ans de plus de 1.8 milliards de dollars. À une époque où
on met à perte des milliards dans des projets divers (Expo02,
Swiss, etc.), ces sommes n'ont plus rien d'extraordinaire. Le
problème, c'est qu'on parle de sommes qui sont tout
simplement monstrueuses...
Toutefois, 15 mois après l'arrivée de Amelio, les différentes
rationalisations et le nouveau G3 qui est introduit en
novembre 1997 portent enfin leurs fruits. Les bénéfices
au premier trimestre 1998 (période comptable du
1er octobre au 31 décembre 1997) sont minces
(48 millions de dollars), mais ils reflètent qu'une
reprise est bien en marche chez Apple.
Après avoir enrayé les pertes et remis sur les rails Apple,
Amelio se rend compte que l'avenir n'est pas garanti. En
effet, le révolutionnaire et tout nouveau système
d'exploitation qui est en préparation depuis des années n'est
pas prêt et il est loin de l'être. C'est un problème de
taille et en étudiant d'un peu plus prêt le problème avec
l'aide de Ellen Hancock, vice-présidente depuis 1996 chez
Apple, tous deux se rendent compte que ce système
révolutionnaire n'est qu'un conglomérat de technologies qui,
si elles sont prometteuses, ne fonctionnent pas les unes avec
les autres... Le développement de Copland est stoppé fin 1996
et Amelio se met à la recherche d'un nouveau système en
externe car la compagnie n'a plus le temps de développer un
nouveau système en interne.
À ce moment, 2 alternatives s'offrent à Apple: BeOS et NeXT.
Le premier, créé par un ancien dirigeant d'Apple et le
second, créé par Jobs. Pour différentes raisons que je ne
développerai pas ici, c'est la société NeXT qui sera choisie
pour plus de 400 millions de dollars.
Le
retour
L'entrée chez Apple de NeXT
et de son ancien fondateur Jobs ne se fait pas sans vague.
Les fans sont ravis et les marchés accueillent la nouvelle
avec optimisme. Le rachat de NeXT en février 1997
est lourd de conséquence pour Amelio puisque’il donne sa
démission le 9 juillet 1997. En tout et pour tout,
Amelio aura passé quelque 500 jours chez Apple alors qu'il
possédait un contrat pour 5 ans. Dans certains cas, être
renvoyé peut avoir du bon. Amelio quitte la société avec
50 millions de dollars en poche... Soit plus de USD
100'000$ par jour (y compris week-end et jours fériés)!
Jobs revient plus fort que jamais et veut éviter les erreurs
du passé. Il refuse le poste de CEO et la presse lui attribue
le fameux titre de iCEO (i pour intérim). Il a toutefois
suffisamment de pouvoir pour faire changer 80% du conseil
d'administration.
Le Mac OS 8 est introduit en juillet 1997 et sera un
succès relatif si on le compare à Windows: 3 millions de
copies vendues en 6 mois. Mais pour les utilisateurs Mac,
c'est surtout le premier système après le 7.6 à apporter des
nouveautés et une meilleure tolérance aux erreurs de type
11.
Bien que l'année fiscale 1997 soit un fiasco, on sent
que’Apple est sur la bonne voie. Jobs hérite des lauriers
pour le système 8 et le G3 alors qu'ils ont été
développés sous Amelio. De plus, Jobs profite d'une astuce
juridique pour se débarrasser des cloneurs à la fin de cette
année-là. En effet, la licence permettait aux cloneurs
d'avoir accès à tous les systèmes 7.x produits par Apple.
Mais Jobs renomme le système 7.7 en 8.0 et renégocie les
licences avec un prix prohibitif. Tous les cloneurs arrêtent
leurs productions en décembre 1997. Cette option est
probablement le bon choix car contrairement à la stratégie
choisie quelques années plus tôt, Apple ne gagnait pas de
nouvelles parts de marché, mais perdait ses propres parts de
marché aux profits de ses concurrents!
Au même moment, l'intégration de NeXT sur des machines Power
Mac ne se fait pas attendre et dès juillet997, Apple
distribue Rhapsody DR1 et, quelques mois plus tard, la DR2.
Ayant personnellement testé ces versions au moment de leur
distribution, j'ai été à nouveau étonné par la cassure
exitante entre ces systèmes et l'ancienne génération. Malgré
les affirmations d'Apple, la réécriture des programmes pour
les porter sous Rhapsody était importante et cela n'a pas été
accepté par tous les développeurs.
Je ne rentrerai pas dans les détails, mais bien que le coeur
soit le même, il y a une grosse différence entre Rhapsody et
Mac OS X. Cette étape de presque 18 mois a été primordiale
pour rallier tous les développeurs autour de ce nouveau
système.
Jobs procède également à quelques coupes dans la gamme des
produits avec notamment l'arrêt en février 1998 de tout
développement sur l'OS du Newton (inventé par Sculley qui
avait poussé à la démission de Jobs).
Enfin, et à la surprise générale, Jobs annonce un accord avec
Microsoft afin que ce dernier porte Office sous Mac car rien
n'avait été fait depuis 3 ans... Les investisseurs
s'enthousiasment pour cette annonce et cette prise de
participation (moins de 3% du capital).
La révolution arrive
enfin
A la Worldwide Developers Conference de 1998 à San José,
Apple annonce sa feuille de route pour ses différents
systèmes. Le Mac OS 8.5 sera disponible à la fin de l'année,
La version finale de Mac OS
X Server sera disponible début 1999 et Mac OS X Client
sera livré en bêta à la même période.
Les comptes pour l'année fiscale de 1998 reviennent dans les
chiffres noirs avec un chiffre d'affaires de presque
6 milliards de dollars et un bénéfice de
309 millions dollars.
Tout au long de ces dernières années, Apple a continué
d'innover et d'influencer le secteur de la
micro-informatique! Que ce soit avec le fantastique iMac, le
Titanium, l'iPod et des logiciels comme Safari, iMovie ou
iTunes.
Toutefois, Jobs est conscient que si’il veut augmenter ses
parts de marché, il lui faudra également pénétrer le secteur
des entreprises. Il est aussi conscient que ce n'est pas en
proposant un Power Mac G4 et en estampillant "Workgroup
Server" dessus qu'il y arrivera. Les entreprises sont
beaucoup plus exigeantes en terme de performance, redondance
et fiabilité. Le 14 mai 2002, Apple lance sa gamme
Xserve et propose ainsi une alternative face aux
constructeurs comme IBM, Sun et HP.
Ci-après, un tableau récapitulatif de la santé financière
d'Apple depuis 1990 (chiffres en millions de dollars):
| 1990 | 1991 | 1992 | 1993 | 1994 | 1995 | 1996 | |
|
Chiffre d'affaire |
5'558 | 6'308 | 7'086 | 7'976 | 9'188 | 11'062 | 9'833 |
|
Bénéfices |
474 | 309 | 530 | 86 | 310 | 424 | -816 |
|
Recherche |
602 | 665 | 564 | 614 | 604 |
| 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | 2001 | 2002 | 2003 | |
| Chiffre d'affaire | 7'081 | 5'941 | 6'134 | 7'983 | 5'363 | 5'742 | 6'207 |
|
Bénéfices |
-1'045 | 309 | 601 | 786 | -25 | 65 | 69 |
|
Recherche |
485 | 303 | 314 | 380 | 430 | 446 | 471 |
Comme
on peut le voir, ces trois dernières années ont été
difficiles pour Apple et ce, malgré l'arrivée de nouvelles
machines. Il est à noter que les G5 ne sont pas encore
totalement intégrés dans ces résultats financiers puisque
l'année fiscale 2003 s'est terminée le 30 septembre
2003, soit un mois après les premières livraisons de G5. Les
résultats trimestriels pour le premier trimestre 2004 seront
probablement beaucoup plus intéressants à analyser.
Cela ne change pas le fond et à mon sens, Apple est à nouveau
sur la brèche car depuis trois ans, malgré un chiffre
d'affaires en hausse, les bénéfices engendrés pas la société
ne sont pas importants. Les ventes stagnent à environ
3 millions de machine par an depuis 3 ans. Plus
inquiétant encore, ce qui a sauvé Apple d'un résultat
déficitaire, c'est les ventes de PowerBook (plus 56% d'une
année sur l'autre). Tous les autres ordinateurs affichent une
baisse des ventes d'une année sur l'autre de 10% à 20%.
Afin d'augmenter ses parts de marché, Apple a notamment lancé
son initiative "Apple Store" aux Etats-Unis. Jusqu'à ce jour,
c'est 69 magasins qui ont ouvert et seulement 1 à l'étranger
(Tokyo le 30 septembre dernier). Nous n'avons pas encore
eu la chance d'en voir un en Europe, mais il semble que Paris
et Londres soient sur la liste... Pour Genève ou Zürich, j'ai
l'impression qu'il faudra encore attendre (malheureusement).
Je n'ai rien contre les revendeurs, au contraire. Mais force
est de constater que’Apple ne leur accorde plus beaucoup de
respect ou de crédibilité. Savez-vous combien gagne
aujourd'hui un revendeur sur un iMac ou un iBook? Croyez-le
ou non, mais une fois les frais de transport enlevés, moins
de CHF 100.- par machine! Si Apple est encore là aujourd'hui,
c'est bien parce que ces revendeurs sont restés fidèles à
Apple dans les années noires (1994 à 1998). Sans eux et des
vendeurs ou des techniciens patients, Apple ne serait pas ce
qu'elle est aujourd'hui (elle serait peut-être même plus là
du tout). Ce qui est un peu ennuyeux (voir énervant), c'est
que cette politique fait partie d'une stratégie car Apple a
encore généré une marge bénéficiaire de 27% en moyenne sur
ses systèmes ces 3 dernières années. Par conséquent, laisser
2 à 3% de marge à ses revendeurs, c'est tout simplement leur
dire: "Merci pour tout, mais vous ne nous êtes plus
utiles."
Apple essaie également d'attirer des nouveaux clients via son
iPod et son "Music Store". Aujourd'hui, la moitié des ventes
d'iPod sont destinées à des utilisateurs de PC et Apple a
annoncé avoir vendu 25 millions de morceaux. Le
problème, c'est que la marge sur les morceaux est
pratiquement nulle et que vendre des iPod ne sauvera pas
Apple dans son ensemble.
Conclusions
Je ne veux pas tirer ici des conclusions dramatiques voir
pessimistes sur l'avenir d'Apple. Comme je l'ai dit au début,
je souhaite aborder ce débat en mettant à part les émotions
qui peuvent être liées à nos machines et systèmes
préférés.
Le problème c'est de savoir où on veut voir Apple? Est-ce
qu'on veut une société aussi opulente que Microsoft? Est-ce
qu'on veut voir une multinationale comme Sony? Est-ce qu'on
veut que tout reste comme aujourd'hui? Avec ces
471 millions de dollars pour la recherche et le
développement, Apple ne ménage pas ses efforts pour rester
dans le coup et être innovante. Toutefois, en 1995
et 1996 c'était plus de 600 millions qui étaient
dédiés à ce secteur.
Je ne dis pas qu'avec moins d'argent, on a moins d'idées...
Mais il est évident que c'est une question de moyen. Plus
vous en avez, plus vous serez en mesure développer de
nouveaux segments et de nouveaux produits.
Prochainement, le 5 janvier 2004, Jobs sera à nouveau
sur le devant de la scène à San Francisco pour la MacWorld
Expo. Cela fera tout juste 20 ans que le Macintosh aura vu le
jour. Est-ce que Jobs présentera quelque chose de nouveau mis
à part les "upgrades" habituels? Je ne peux le dire mais je
pense que cela serait nécessaire.
Pour la seconde partie de cette conclusion, j'aimerais
aborder un sujet difficile... Est-ce que Jobs est la bonne
personne pour continuer en tant que CEO? Je ne parle pas en
tant que "générateur" d'idée, car là, il n'y a rien à
dire.
Si je me permets de poser la question, c'est parce que Jobs
n'a pas eu que des bonnes idées et que dans certaines
circonstances, il s'est même montré très borné. Je souhaite
donner quelques exemples pour étayer mon affirmation:
Quand l'iMac est arrivé sur le marché, Jobs a frappé un grand coup. Toutefois, dès le départ tout le monde s'est plaint de ce clavier et de cette souris ronde de seconde zone... dans ce cas également, il faudra attendre 2 ans avant que Jobs introduise comme il l'a dit lui-même: "La meilleure souris du monde!" Seul problème, elle n'a toujours qu'un bouton... J'ai une question simple: qui utilise ici le clavier et la souris originale Apple? Faisons un calcul bête et simple: si Apple demandait en plus de la souris et clavier normal 10 dollars supplémentaires pour une souris 2 boutons, quel serait le bénéfice engendré ces 3 dernières années? Une recette supplémentaire de 90 millions de dollars (avec une marge de plus de 50%)! Et comme la majorité des gens achète chez Logitech ou ailleurs, pourquoi est-ce qu'Apple ne proposerait pas directement ces produits (clavier et souris)?
Depuis que Jobs est aux commandes, les noms des machines ne sont pas très clairs. Il ne faut pas compliquer d'accord, mais quand même. Qu'est-ce qui est le plus compliqué? Annoncer clairement la dénomination de la machine sur le devant (comme à une certaine époque) ou devoir faire un tour chez Apple afin de trouver ce lien pour savoir quel G4 j'ai? Vous avez dit convivial et simple? Bien sûr, pour des gens comme nous, ça va... mais pour d'autres...
Pourquoi a-t-on éliminé le démarrage au clavier? Je trouvais pratique d'avoir le Mac dans un coin et de le démarrer au clavier. Je trouvais aussi très pratique le raccourci Command+N afin de créer un nouveau dossier. Maintenant on est comme sous PC, il faut utiliser les menus ou les menus contextuels... mais comme on a une souris à une touche, il faut encore se compliquer la vie et créer ce nouveau dossier via la touche Option ou le menu... On devient aussi nul qu'un PC. Quoique, ce que j'aime bien sur les PC, c'est qu'ils ont gardé la lumière qui nous montre l'activité du disque dure et ça, sur un Mac qui ne réagit plus, ça serait pratique pour savoir si’il faut le laisser finir ou si tout espoir est perdu et que seul un "hard reset" rétablira la situation!
Est-ce raisonnable de devoir réparer les droits d'un volume sur une machine de production parce que des problèmes "bizarres" sont apparus au fil du temps? Est-ce normal d'avoir un environnement graphique qui ne répond plus (la roue de la mort) dans le cadre de certaines opérations? Allez parler de ça à des gars qui sont sous IRIX ou Solaris et ne vous étonnez pas trop quand ils éclateront de rire.
Au-delà de ces points anecdotiques, il y a des choses qui me gênent beaucoup plus dans Mac OS X. Pour ceux qui maîtrisent bien l'Anglais, je leur recommande la lecture de l'excellent site Ars Technica et plus particulièrement, les articles de John Siracusa. J'adore ce type pour deux raisons: son humour décalé et la pertinence de ses remarques depuis 4 ans sur Apple et plus particulièrement, sur ses systèmes d'exploitation. Mis à part tous les articles qu'il a écrits, il y en a un en particulier qui est très intéressant ici. Au fil des pages, il explique pourquoi OS X s'éloigne un peu trop de la ligne originale édictée par Bruce Tognazzini, le fondateur du Apple Human Interface Group. Je ne vais pas retranscrire l'article ici, mais je donnerai juste un exemple: est-ce que je suis le seul à trouver insupportable le fait que les fenêtres que j'ouvre ne garde pas en mémoire les propriétés d'affichage une fois qu'on les ferme et qu'on navigue dans d'autres fenêtres?
Voilà, j'espère ne pas avoir trop désespéré les experts ou
ceux qui pensent que le Mac et Jobs sont
parfaits.
Il est évident que je n'ai pas parlé de toutes les innovations et de tous les problèmes qu'Apple a eu au cours de son histoire, mais je vous invite à vous forger votre propre opinion sur l'histoire d'Apple au travers des différentes biographies qu'on peut trouver sur le web (j'en ai compté au moins 10 en rédigeant cet article).
Une dernière pensée pour la route: on peut trouver beaucoup d'excuses sur le fait qu'Apple n'a pas plus de 4 ou 5% du marché mondial, mais dans le fond, il faut aussi se rendre à l'évidence que si cette société n'a pas plus de part de marché, c'est qu'elle a commis de nombreuses erreurs stratégiques qui se payent "cash" sur un marché aussi compétitif. Je souhaite que ma démarche soit comprise, Apple a apporté énormément à cette industrie et, malheureusement, à ses concurrents. Mais parfois, ces avantages n'ont pas ou ont mal été exploités.
En résumé, si on veut être numéro 1 ou leader d'une industrie, on ne peut pas compter sur la chance ou des règles qui ne sont jamais valables plus de quelques mois. Il faut sans arrêt se remettre en question et apporter des réponses immédiates et concrètes aux clients. Si ces simples règles ne sont pas respectées, vous vous réveillerez tôt ou tard et constaterez que toute votre avance a fondu comme neige au soleil.
ToTheEnd
PS:
Link relativement complet sur l'histoire d'Apple en
Français (quelques chiffres et dates sont faux): http://www.aventure-apple.com/
Apple vient de publier son 10-K (résultats financiers
annuels) pour la SEC aux Etats-Unis:
Ce
document contient des informations essentielles sur les
résultats financiers d'Apple pour l'année fiscale 2003
ainsi que des explications sur sa stratégie présente et
future!

