Profitez des offres Memoirevive.ch!

Commentaires récents

Rechercher dans les commentaires:  

Résultats pour l'auteur: Eniotna
30 commentaires trouvés.
Article: Vive les vacances
Eniotna
, le 30.06.2010 à 17:57
[modifier]
Article: Vive les vacances

@Invite

Ah mais c’est un peu court, jeune homme / Vous eûtes pu dire, odieux, bien d’autres choses en somme / Et nous prouver ainsi que tant de vinaigre gaspillé / Eût pu avoir un usage mieux approprié…

… par exemple pour assaisonner des salades un peu plus goûteuses, et nous prouver ainsi la finesse et la subtilité de vos incommensurables talents d’auteur trop injustement méconnu. Nul doute que les contributeurs réguliers de Cuk sauront les apprécier à leur juste valeur sur ce forum.

Saints Reboux et Müller, Bienheureux Jourde et Naulleau, priez pour moi! Eh oui, on vit une époque formidable – à tous les sens du mot. Heureusement, à l’heure du sarkozysme et de l’anelkisme décomplexés, ce n’est pas forcément du côté où elle est déversée que la boue éclabousse le plus…

Sur ce, je partage avec plus de délectation que jamais avec ce cher Courteline le plaisir qu’il considérait comme une volupté de fin gourmet, et que Madame Poppins ci-dessus a su elle aussi exprimer avec d’autres mots – in cauda venenum – ce dont je la remercie cordialement ;-).

Article: Vive les vacances
Eniotna
, le 29.06.2010 à 11:13
[modifier]
Article: Vive les vacances

mais la photo de carte postale pour blaireau gâche tout …

Ben zut alors. J’avais osé croire qu’il ne serait pas nécessaire de surligner le second degré en jaune fluo sur Cuk…

Je vois bien le beauf de l’histoire (car c’en est quand même un specimen de toute beauté, non?) descendre à l’épicerie du village et y acheter une carte postale de ce genre pour envoyer de gros becs de son bled perdu à la voisine qu’il a chargée de vider sa boîte aux lettres et d’arroser ses bégonias chaque soir. Pas vous?

Article: Vigousse, ce canard…!
Eniotna
, le 03.05.2010 à 23:48
[modifier]
Article: Vigousse, ce canard…!

Ah, Anne, pour une fois que je ne passais pas sur Cuk dès le matin, voilà que tu nous parles d’un sujet qui me tient tout spécialement à cœur… Eh oui, j’ai la chance de participer à cette grande aventure qu’est le lancement d’un journal satirique – certes bien modestement, puisque c’est dans les colonnes de brèves de Vigousse que je sévis régulièrement parmi d’autres plumes à l’écriture à la fois compacte et acide, comme il se doit pour tel exercice. Pour ma part, afin de corser la chose, je me suis fixé quelques contraintes oulipiennes, histoire de marcher à mon modeste niveau dans les pas de Queneau, de Perec ou encore de Desproges quand il sévissait dans l’Aurore: deux cents signes plus un titre percutant pour faire le tour d’un sujet, sans oublier l’indispensable chute amusante et pointue, l’exercice est salutaire pour apprendre à resserrer sa prose [dit-il en tartinant des phrases bien longues et touffues…].

Alors je suis tout particulièrement, comme toute notre joyeuse bande de la rue du Simplon, ravi et honoré qu’une grande dame du journalisme comme toi nous fasse le plaisir de poser un regard bienveillant sur le dernier-né de la presse romande. Un beau gros bébé prometteur, qui après quelques mois s’est déjà forgé de bien fortes canines, capables de bellement mordre les fesses replètes passant imprudemment à sa portée, trop habituées qu’elles sont à la cécité bienveillante et intéressée de leurs copains journaleux ordinaires. Où ailleurs que dans Vigousse aurait-on la moindre chance de lire des enquêtes dérangeantes, solides, franches et sans concession, bref d’une qualité que ne renierait pas notre prestigieux cousin hexagonal du mercredi? Poser la question, c’est y répondre.

Je te remercie aussi de relever la qualité des dessinateurs, qui prouve, s’il le fallait encore, qu’il y a aussi des talents au-delà de l’arc lémanique. En témoignent des noms comme Guznag, Plonk et Replonk ou encore Pitch, le “crayon complice” qui illustre ton article, tous basés bien haut sur la carte au-delà de la Venoge. Notes de fraîcheur dans ce domaine, il faut signaler – et c’est assez rare dans le milieu – la férocité toute féminine de Coco, Caro et Bénédicte, qui ne sont jamais les dernières à planter leurs ongles acérés dans la chair tentante des victimes de passage. Certaine conseillère fédérale genevoise en éprouve encore une raideur à chaque fois qu’elle s’assied…

Bref, encore merci, chère Anne, et à bientôt chaque vendredi dans Vigousse!

(P.S.: Tous les autres sont les bienvenus aussi, évidemment!)

Article: J’ai testé pour vous le livre électronique

Euh… Une petite question: quelqu’un a le Cybook de Bookeen (une société française, oui monsieur, comme son nom ne l’indique pas…)? Je l’ai depuis plus de deux ans maintenant, autant dire depuis la préhistoire de ces petites bêtes, et mine de rien il m’a insidieusement permis de réingurgiter la quasi totalité des classiques, de Chrétien de Troyes à Saint-Exupéry, et partout: dans les transports publics, en avion, au lit, au restaurant en attendant ma commande, pendant l’entracte au cinéma, au WC, dans mon bain, à la plage, à plat ventre sur le tapis du salon, pendant des séances de travail chiantes, en visite chez une vieille tante, dans la file d’attente à la Poste, avec la tartine du petit-déjeuner, pendant la pub à la télé, sur un banc public au soleil du printemps, en voiture, et même durant un enterrement où-il-fallait-absolument-être-vu (camouflé en missel – il est noir, ça tombe bien). Et aussi de ces interminables feuilletons à rebondissement du XIXe siècle dont je raffole, une bonne poignée de contemporains autoédités, tout ce qui compte (ou pas) dans la littérature québécoise, quelques pavés genre Dan Brown à lire au 37e degré, des documents de travail en tous genres au format PDF, la Bible, Mein Kampf, L’Insurrection qui vient, les textes des chansons des Beatles, j’en passe et des meilleurs. Jusqu’à ce que, juste avant Noël, mon ardoise magique se fasse malencontreusement et irrémédiablement écraser par le poids d’une vieille bibliothèque pleine à craquer qui s’est soudain écroulée sur son contenu (véridique!). Depuis lors je me suis déjà rongé les ongles jusqu’au coude en attendant avec impatience la sortie de la tablette d’Apple pour choisir si je vais craquer pour la nouveauté ou au contraire reprendre un Cybook (le nouveau modèle Opus)…

S’agissant des contenus, j’en ai très peu acheté. Il faut dire que du côté des textes libres de droits le choix est immense, et pas seulement sur Internet Archive dont parle Anne plus haut (que je trouve assez peu ergonomique d’ailleurs…). Ma préférence va plutôt à E-books libres et gratuits qui en propose actuellement près de 2000 dans tous les formats (texte, Word, HTML, PDF, Mobipocket, eReader, Sony Reader, ePub, ODF et j’en oublie peut-être). Le site mérite le détour…

Si je craque pour le futur Apple, ce sera aussi en partie à cause de la couleur. Je ne dédaigne pas feuilleter de temps à l’autre de bonnes vieilles BD, et j’en ai aussi quelques dizaines de gigas au format CBR ou PDF dans un coin de disque dur. En gris clair et gris foncé sur un écran à l’encre électronique format livre de poche, ça le fait un peu moins…

Article: A l’ombre des minarets et des clochers

Bon, il est temps de reposer les pieds sur terre et de respirer un bon coup, calmement, froidement, avec quelque recul.

Or donc, nous voilà debout jusqu’aux chevilles dans le torrent déversé par les urnes l’autre dimanche (ça porte bonheur de marcher dedans paraît-il…), hélas sans fierté aucune citoyens de cette Confédération hermétique. Hurler au vote démocraciste? Je n’en ai même plus envie. Pas question de dénier à la démocratie son caractère indiscutable, irremplaçable – formidable, c’est le mot. Parce que dans ce formidable, il y a aussi sa vieille acception de redoutable, terrible, effrayant. Mais pour que ce kratos offert au demos fonctionne au mieux, il lui faut un cadre, un support, une intelligence. Or, tout peuple souverain qu’on soit, s’en remettre à ses seules tripes pour fonctionner n’a jamais rien produit de particulièrement subtil. Ni d’intelligent.

Venons-en donc à cet instrument si précieux mais parfois si cruel de l’initiative populaire. L’intitulé des dernières initiatives acceptées en date est éloquent, outre celle de dimanche dernier sur l’interdiction de la construction de minarets: «Pour l’imprescriptibilité des actes de pornographie enfantine» en 2008, «Internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables» en 2004. Or il s’avère justement que ces trois textes, bien que dûment reconnus techniquement non contraires à la législation fédérale par les deux Chambres, et dès lors autorisés à passer en votation populaire, restent de facto inapplicables du fait qu’ils contreviennent aux lois et traités internationaux supérieurs, soit en l’espèce, notamment, l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le moindre recours devant la Cour européenne pourrait donc en principe les invalider. Comment peut-on laisser subsister ce trou béant dans notre tissu législatif?

Mais que faire? La solution, ce serait peut-être que la Suisse se dote enfin d’une Cour constitutionnelle, chargée de vérifier la validité des objets soumis à votation en amont du processus législatif, ou à tout le moins que le Tribunal fédéral soit doté de compétences dans ce sens. Ce ne serait pas faire injure au peuple ni lui restreindre ses droits que de lui éviter des dérives comme celle que nous venons de connaître. Et, accessoirement, cela limiterait d’autant les risques de pourrir les réunions de famille ;-) On peut toujours rêver…

Article: Je pense que même à quatre-vingt ans….

Cette semaine, j’ai résolu le problème. Ce week-end, en Ajoie, c’étaitait Saint-Martin, la grande fête annuelle de la cochonnaille, où l’on s’envoie traditionnellement sept plats d’affilée derrière la cravate. Et justement, le lundi de Saint-Martin est congé… Il faut bien ça pour arriver à boucler sa ceinture le mardi matin…

Article: Le dilemme culturel et judiciaire de la semaine

Je plussoie Seb du 17 au-dessus: merci madame Poppins, tu me l’as ôté du clavier. Je me trompe ou non, si je comprends qu’en l’état actuel du droit suisse, le coupable aura tout intérêt à tuer sa victime s’il veut échapper à l’imprescriptibilité?

Une chose me trouble avec le recul d’une semaine: dans cette affaire, c’est comme si les gens étaient passés de l’analogique au numérique d’un seul coup: les nuances n’ont plus cours, tout est blanc ou tout est noir, la vie n’est faite que de 1 d’un côté et de 0 de l’autre. Soit on se précipite tête la première en hurlant au crime de lèse-Polanski façon Frédo-le-neveu-à-son-Tonton, soit on sort la boîte à outils pour commencer à monter l’échafaud dans la halle de la gare de Zurich.

On n’a pas beaucoup vu, entendu ni lu de journalistes faisant l’effort de replacer l’affaire dans son contexte, d’en analyser les tenants et les aboutissants. L’émission hebdomadaire de l’excellent site Arrêt sur images, consacrée vendredi dernier au sujet, arrive donc à point nommé. Daniel Schneidermann avait invité sur son plateau Bruno Icher, critique cinéma à Libération, fin connaisseur du cas Polanski, et Me Eolas, avocat et blogueur, qui s’est intéressé de près aux raisons de l’arrestation du cinéaste. Celui-ci, très lu dans son milieu comme par les profanes, a souvent des avis assez tranchés, pertinents et solidement étayés. Il affirme notamment dans l’émission, visible ici (accès payant) ne pas voir dans le forfait de Polanski un acte pédophile: «Pour le dire très brutalement, 13 ans, pour un pédophile, c’est le troisième âge!» Un point de vue qui pour le moins fait tache dans le consensus oie blanche vs diable en personne…

Car il faut tout de même se remettre dans le contexte de cette époque où les ravages du sida n’étaient pas encore survenus, et où les nymphes évanescentes de David Hamilton fleurissaient sur tous les murs.

Néanmoins, qui s’interroge sur la responsabilité des parents de la mineure abusée? Auriez-vous confié votre fille de 13 ans, pour des photos ouvertement légères, dans une villa isolée, sans surveillance, à un personnage amplement connu pour, disons, son sens aigu de la convivialité débridée et son appétence marquée pour la chair fraîche? Mineure qui, comme il ressort de sa déposition (lien dans l’article d’Anne), n’était déjà plus novice – s’agissant aussi bien de la prise de substances diverses que d’acrobaties copulatoires imaginatives… Et que penser du fait qu’une fois le forfait accompli, elle soit sagement retournée s’asseoir sur le canapé du salon en attendant que Polanski soit prêt à la raccompagner chez ses parents en voiture?

Et qui s’interroge sur le rôle trouble du juge Rittenband qui, après avoir négocié le plaider-coupable (qui, en droit américain, et californien en l’occurrence, est une pure base de négociation et ne préjuge en rien de la véritable culpabilité du prévenu – mais, s’il y a un juriste dans la salle, qu’il me remonte les bretelles si je me trompe), s’est empressé de n’en tenir aucun compte pour bien se faire mousser aux dépens d’un abominable gauchiste, pis encore étranger, et satanique qui plus est, puisque déjà coupable d’avoir commis «Rosemary’s Baby» et autres brûlots?

Tout cela n’ôte certes rien à la culpabilité du cinéaste, et il fallait bien un jour ou l’autre crever l’abcès, même si après plus de trente ans le pus risque d’éclabousser loin à la ronde. Mais, sachant que justement Roman Polanski venait dans notre pays sans crainte, le risque était tout de même assez minime qu’il disparaisse dans la nature à l’issue de la soirée à laquelle il était convié. Qu’aurait perdu la police à laisser se dérouler la fête comme prévu et à attendre de cueillir Polanski le lendemain, plus discrètement mais tout aussi efficacement?

Je ne m’étendrai pas sur la démonstration flagrante que fait cette histoire du mépris dans lequel est tenue la culture dans notre pays, qui n’a de valeur aux yeux de nos politicards en pantoufles et bretelles que si elle ramène du fric tout en ne faisant pas trop réfléchir, comme on peut le constater régulièrement. Mais peut-on aujourd’hui déjà mesurer le tort irréparable causé à tous ces artistes, à tous ces dissidents opprimés dans leur propre pays, qui jusqu’à présent n’avaient que les invitations à l’étranger pour s’exprimer en toute liberté sans crainte de rétorsion? Quel signal la Suisse leur donne-t-elle, ce pays censément neutre, ce pays dit des droits de l’homme, ce pays qu’on sait désormais prêt à baisser son froc sans discuter devant le premier Kadhafi venu?

Ah, si Roman Polanski s’était appelé Marc Rich, peut-être que la Suisse se serait montrée un peu moins rigide…

Article: Deux ou trois couches, la question n’est même pas là

Ah, sujet inépuisable… Ayant roulé ma bosse (et autres rotondités) sous pas mal de latitudes depuis une trentaine d’années, j’ai souvent songé à écrire une sorte de Guide du routard, mais version froc sur les chevilles. Trop tard, iPhone l’a fait, donc… L’un de mes souvenirs les plus anecdotiques a trait à la technique que je qualifierais de «saharienne». C’était en 1988 je crois, et nous étions partis pour un trekking dans le Hoggar, de Tamanrasset à Djanet, avec un groupe composé de 17 Suisses – dont 16 filles – et moi donc, accompagnés de 6 Touareg et une quinzaine de dromadaires. Il y a rarement le tout-à-l’égout sur le bât d’un dromadaire, évidemment. Alors faute de pouvoir s’isoler facilement dans ces contrées en bonne partie lisses et glabres comme un cul de laitier, la seule solution, le «moment» venu, était de marcher le plus loin possible à l’écart pour pouvoir se soulager tranquillement. La nuit c’était plus facile: il suffisait de prendre une lampe de poche ou frontale en plus des indispensables rouleau de PQ et… briquet, puis de s’éloigner d’une centaine de mètres avant d’éteindre la loupiote une fois à pied d’œuvre. Ah, j’en vois qui lèvent le doigt au fond de la classe. Attendez, j’y venais: pourquoi se munir d’un briquet? Élémentaire mon cher Watson: pour brûler le PQ après avoir enfoui la petite contribution à la refertilisation du Sahara, et laisser ainsi le moins de traces possible.

Les filles avaient également développé une technique collaborative: elles partaient à deux, avec une grande couverture, que l’une déployait pendant que l’autre s’accrou(-)pissait et vice-versa.

Seul problème: s’il n’y a pas de murs, il n’y a pas de place non plus pour installer l’incontournable petite bibliothèque ;-).

Je ne sais pas si Kathleen Meyer parle de ces techniques, mais le titre de son ouvrage est déjà tout un poème: Comment chier dans les bois: Pour une approche environnementale d’un art perdu. Indispensable sur l’étagère de la cabane au fond du jardin, en compagnie de Comment chier au bureau et In caca veritas. Pour les vraiment constipés il y a encore Toilettes du monde et Le compagnon des toilettes mais aussi Le WC Book 2009 et sa déclinaison saisonnière Le WC Book des vacances. Pour un «siège» encore plus long, je recommanderais enfin le Dictionnaire illustré du pet et, classique des classiques, L’art de péter publié en 1751.

A part ça bonne fin de vacances quand même… et mangez des pruneaux!

Article: J’ai tout lu et entendu : un drame, une catastrophe, une perte…

En me réveillant samedi (oups pardon, vendredi) matin, je me suis gratté la fesse. Rien d’autre à signaler.

J’ai connu des réveils plus douloureux.

C’était il y a bientôt trente ans. Hier, dans ma mémoire. Le 9 décembre 1980 à 6 heures 55, c’est en souriant aux anges sur le dernier couplet de «Working Class Hero» par Marianne Faithfull que j’ai ouvert les yeux. Chic, du Lennon! La journée ne pouvait pas mieux commencer. C’était un épais matin ouateux de fin d’automne. Soudain plombé quand Janry Varnel, sur la Radio Suisse Romande, a laissé mourir l’ultime «just follow meeeee…» avant d’enchaîner, d’une voix blanche, des mots toujours gravés dans le marbre de ma mémoire: «Désormais rien ne sera jamais plus comme avant. John Lennon a été assassiné il y a une heure à New York…» Il y a moins brutal comme plongée dans le monde des grands. On devient sérieux quand on a dix-sept ans, n’en déplaise à Rimbaud et Ferré réunis.

Au lycée ce jour-là, les cours ont duré des siècles. Les profs parlaient une langue inconnue, les mains compatissantes ne récoltaient que des coups d’épaule, mes yeux étaient rouges et «Imagine» me taraudait le tréfonds de l’âme, avec des paroles sans cesse réinventées. Je n’ai rien mangé deux jours de suite.

Et là, vendredi midi, j’ai repris deux fois du risotto. Etonnant, non?

Article: Album Art and Lyrics Thingy recherche vos fourres et vos paroles

…Et sinon, pour les cas désespérés, rien ne vaut une bonne petite recherche manuelle. Pour les pochettes en particulier, je n’ai à ce jour jamais trouvé de site plus complet que

http://www.rateyourmusic.com,

qui recense tout, mais alors tout de chez tout (à part – hélas – la plupart des chanteurs romands, mais j’y travaille), ce qui est particulièrement précieux pour les gRRRRRRosses collections (mon iTunes archive sans sourciller un peu plus de 40’000 chansons pour environ 180 Go, qui dit mieux?)

Article: Un journal dans votre poche: Le Matin pour iPhone

Une des choses que je reprocherais au Matin, outre sa vacuité sidérale, c’est l’inadaptation de son format. Ce phare de la pensée critique serait bien plus en adéquation avec son contenu, et donc enfin utile, s’il était imprimé non pas en cahier format tabloïd, mais en rouleaux de coupons détachables, sur papier absorbant trois couches. Et pour les périodes de diarrhée il y aurait toujours Le Matin Dimanche avec son kilo de papier gâché – quoique les deux titres ne sont pas vraiment comparables: ne mélangeons pas torchons quotidiens et serviettes périodiques…

Bah oui, fallait se mettre au même niveau. Désolé ;-)

Plus sérieusement, c’est tout de même emblématique que le principal intérêt de l’application iPhone soit justement la série assez complète d’éléments plus commerciaux que journalistiques (météo, annonces, sorties, etc.), alors que ce qui est censé relever du premier métier d’une rédaction digne de ce nom, l’information, est livré sans la moindre valeur ajoutée. Pour de la news brute de décoffrage, je préfère encore aller directement sur le fil de l’ATS ou celui de l’AFP, et ça m’évite de m’encombrer de trucs bariolés qui me sautent à la figure à tout propos.

Article: Mangeons!…
Eniotna
, le 29.05.2008 à 10:44
[modifier]
Article: Mangeons!…

Pour rester dans la bouffe… Après avoir appris la mort de Sydney Pollack l’autre midi, j’ai chipoté ma salade paysanne. Alors qu’il y a quinze jours, quand Pascal Sevran a fini par donner raison à Elkabbach, j’ai repris deux fois des röstis. Etonnant, non? ;-)

Eniotna

Article: « Elle est des nôôôôtres, elle a bu son verre comme les ôôôôtres »

Santé à tous.

Et je vous le dis avec mon gros bol d’Ovomaltine fumant à la main. Ben oui, pourquoi ne pourrait-on pas faire santé avec du lait???

Pour ma part, c’est assez simple: je n’ai jamais de ma vie acheté la moindre bouteille de vin. Mais comme je suis un passionné de loto, et qu’ici dans le Jura la saison dure de septembre à mai avec la moindre société villageoise qui organise le sien, les lots de vin remportés suffisent largement à renouveler le stock.

Nous ne consommons d’ordinaire aucune goutte d’alcool en famille, sauf de temps à autre le dimanche un bon flacon qui se marie bien au repas. Sinon les bonnes bouteilles sont réservées aux occasions festives bien sûr, et aux bons repas en bonne compagnie. Sans oublier évidemment la Saint-Martin dont je vous parlais au commentaire 3 ici.

Cela dit, en visite je m’efforce le plus souvent d’offrir quelque chose d’autre que les trop convenus bouteille de vin, bouquet ou boîte de chocolats, qui vont banalement rejoindre ceux des autres convives. Je me souviens d’un pot de départ à Berne, pour un collègue qui retournait dans le canton de Vaud. Tout le monde s’était fendu de son flacon à 7.95 de la Coop. Sauf moi qui, comme c’était le jour du fameux “Zibelemärit”, avais apporté une superbe glane d’oignons. C’était sans compter sur l’émotivité du partant qui, déjà bien ébréché par quelques lampées de chasselas tiède, fit aussitôt honneur à la vertu particulière des oignons …en fondant en larmes. C’est comme pour les visites à l’hôpital, je préfère nettement apporter un petit objet original et durable plutôt qu’une banale bouteille. Car, là aussi, ça fait des souvenirs pour plus tard. Le grand lecteur alité qui l’a reçue se souviendra longtemps de qui lui a donné sa minilampe à fixer aux livres, alors qu’il sera bien en peine de se rappeler duquel de ses voisins est la énième bouteille de Beaujolais supérieur débouchée une fois de retour à la maison.

J’ai travaillé vingt ans dans les hautes instances d’une grande entreprise fédérale, à différents niveaux, et j’ai vu les mentalités évoluer durant cette période. Si au début la pratique était plutôt de tout régler dans le cadre professionnel, durant les heures de bureau, la “dérigidification” des fonctionnaires et l’arrivée progressive de cadres du secteur privé ont amené petit à petit la culture des lunches et des repas de travail en milieu de journée. Au début les plus anciens ne se privaient pas de boire un verre (ou plus) en mangeant, alors que les “jeunes” en restaient pour la plupart au jus de fruits. Mais rapidement l’habitude de l’alcool à midi a fini par se perdre presque complètement, au grand bénéfice de la poursuite du travail l’après-midi. Et aujourd’hui les innombrables apéros et autres cocktails dînatoires, en interne comme à l’extérieur, “carburent” en très grande majorité au “sans plomb”.

O tempora, o mores… mais on ne s’en plaindra pas.

Eniotna

Article: La belle, les brutes et le truand sont dans un avion…

Ma voisine de cabine la plus improbable (et la moins causante) a sans doute été… une chèvre. C’était sur un vol Khabarovsk-Moscou vers 1991-92, avec Air Kazakhstan, dans un Tupolev antégorbatchevien dont les sièges étaient encore siglés Aeroflot – sauf quelques autres modèles disparates dont certains n’étaient même pas fixés au sol… Nous avions fait escale à Irkoutsk et toute une tribu haute en couleurs avait pris d’assaut les quelques places restantes, avec bagages en tous genres, tapis roulés, poules dans des cages, bébés vagissants et, donc, une chèvre. Quatre heures de vol coincé entre le hublot graisseux et un moujik ventripotent, ladite Blanchettskaïa qui n’en bêlait que pour le reste de sandwich rassis dépassant de ma poche, juste sous une gouttière de condensation glacée suintant entre les plaques disjointes de la cabine, le tout dans un vacarme de vieux coucou vibrant, entre les feux croisés d’apostrophes en maints patois plus ou moins locaux et de remugles tout aussi exotiques, en vérité je vous le dis, ça marque autant qu’un aimable marivaudage avec quelque blonde de passage…

Eniotna

Article: Rions un peu…
Eniotna
, le 24.02.2008 à 10:52
[modifier]
Article: Rions un peu…

Finalement, ce qu’il y a de rassurant avec le Trépidant de la République, c’est qu’il va finir par nous faire apprécier le sens de la fête, les délires et les excès de nos pipoles à nous, les Sami Schmid, Titine Brunschwig-Graf, Hansruedi Merz et autres Betty Bossi…

J’en aurais eu bien plus à dire, mais ce cher Roger m’a littéralement ôté les mots de la bouche dans son com’ 29. Aaah, savoir mon avis ainsi partagé en si bonne compagnie, ça m’a fait chaud là, sur la gauche.

Eniotna

Article: Piclens, des images en plein écran

Tcheu le bled… En lisant le premier mot du titre, je me suis demandé si c’était du côté d’Orbe ou plutôt près de Payerne. En tout cas mon GPS a fait une drôle de tête. Pourtant ça doit être plus grand que Bremblens, pour arriver à remplir des images en plein écran ;-)

Puis j’ai lu la suite.

Eniotna

Article: Le bonheur – professionnel – est-il dans un pré ou un avion ?

Ah ben, ça va finir par ne plus m’étonner qu’à demi. Comme souvent quand nos deux éminents cukiens sont présents, je me retrouve aussi bien dans un aspect du billet de M’ame Pop’ que dans une facette du commentaire de François. Ben oui, comme François, mon métier de rêve à douze ans c’était boulanger. Je prenais mon pied en triturant la bonne pâte à pleines mains, puis en épiant longuement, menton sur les poings devant le four, brunir lentement la brioche, le cake ou la tarte dont les enivrants effluves m’annonçaient déjà les félicités à venir. Mais voilà, c’était toujours la narine humide et un mouchoir à portée de main: eh oui, j’étais allergique à la farine… Alors, faute de prières suffisamment insistantes à Saint Honoré patron des boulangers et Saint Michel patron des pâtissiers, j’ai dû remballer mon cube de levure et mon rouleau à pâte.

Les deux compères m’ayant donc posé un lapin (en pâte à tresse), c’est vers leur collègue Saint Jérôme que je me suis tourné. Après bien des slaloms c’est vrai, mais il m’accueillait les bras grands ouverts au bas de la pente. Je vois une main qui se lève, dans le fond…? Non, ce n’est pas le patron des skieurs, mais celui des tra…? Des tra…? Oui, bravo, des traducteurs, il y en a au moins un qui suit. Voilà, c’est ici que je croise la route de Madame Poppins! Sauf que, pour en arriver là, je suis passé tour à tour par les cases “employé de banque”, “responsable des examens psychotechniques pour futurs conducteurs de véhicules à moteur de l’armée” (y en a un peu plus, je vous le mets quand même?), “rédacteur du journal du personnel” et “porte-parole d’une grande entreprise”, notamment, mais que tout me ramenait à ma passion de l’écrit et des langues, bref à la traduction.

Là où je peine à te suivre, m’ame Pop’, c’est quand tu pointes le doigt sur l’aspect solitaire du traducteur. Car ce n’est qu’une apparence. Certes beaucoup, tant parmi ceux qui travaillent en entreprise que parmi les indépendants, ont plutôt tendance à se retirer dans leur bulle, les yeux rivés sur leur écran. Mais il leur faut bien de temps à autre aller consulter un document, poser une question à un collègue plus calé sur le sujet du moment, aller voir un spécialiste du domaine ou lui téléphoner – c’est l’essence même du métier. Bien sûr tous n’ont sans doute pas la patience ni la motivation d’être toujours aussi consciencieux (il y a heureusement beaucoup de tradocteurs, mais hélas trop de trouducteurs…). Un “vrai” traducteur le reste en général après avoir quitté le bureau: autour de lui tout est matière à curiosité, toute information peut servir un jour ou l’autre. Pour être crédible et efficace dans le métier, il faut souvent en savoir plus (ou à tout le moins autant) que l’auteur sur le thème à traiter, aussi bien pour comprendre en profondeur le texte original que pour en déceler les éventuelles incohérences et finalement en restituer l’essence et la mettre à la portée du public visé sans trahir l’auteur.

Le traducteur est donc en général habité par une soif de savoir et de comprendre qui l’amène à s’intéresser beaucoup, à lire beaucoup, à sortir autant que possible. Alors même s’il semble souvent recroquevillé sous sa carapace avec juste un mégot écrasé et un fond de café froid qui dépassent, le bougre (ou la bougresse, tant il est vrai que la parité va finir par être une revendication masculine dans la profession…) cache en général bien son jeu!

Voilà voilà, je digresse, je tartine, et pendant ce temps ma prochaine traduction attend. Allez zou, c’est lundi, on y va!

Eniotna

Article: La Saint-Martin
Eniotna
, le 21.11.2007 à 09:32
[modifier]
Article: La Saint-Martin

Ben oui, mon estomac convalescent peut encore en témoigner (ne lui dites pas qu’il y aura belote et rebelote demain soir et la semaine prochaine, avec ces f… repas annuels de comités comme par hasard fixés en novembre!). Et pour Coffe rien d’inventé non plus (enfin si peu…), il est effectivement venu caler sa bedaine derrière une table du Restaurant du Raisin à Rocourt il y a bien quelques cochons de cela.

Article: La Saint-Martin
Eniotna
, le 21.11.2007 à 08:39
[modifier]
Article: La Saint-Martin

Mais il y a aussi notre Saint Martin incontournable en pays d’Ajoie…

Bien sûr, et dans le genre grande boucherie toute comparaison avec la Der des Ders serait sans doute déplacée. Quoique…

Sur le vif ça donne ça, quand on laisse la parole au héros de la fête.

Danse du ventre

Les brumes automnales qui étendent chaque année leurs longs doigts soyeux sur l’Ajoie annoncent l’imminence de la Saint-Martin, ces traditionnelles ripailles qui ont fait du cochon leur vedette. En lui, dit-on, tout est bon. Mais qu’en pense le principal intéressé? Se trouve-t-il de taille à séduire un gastronome?

«Mais c’est de la meeeeeerde!», bava Jean-Pierre Coffe en se réveillant, le manche de la fourchette gravé en creux entre les poils argentés de sa maigre barbe. De lourds remugles lui remontaient de l’estomac. La peau flasque d’un reste de boudin grisâtre finissait de refroidir au bord de son assiette. «Menu traditionnel, qu’ils disaient. Ouais…» Il avait répondu à l’invitation du président du Gouvernement jurassien, qui avait cru bon de rameuter à Delémont le ban et l’arrière-ban de la politique fédérale et cantonale ainsi qu’une brochette de célébrités, à l’occasion de l’ouverture du nouveau tronçon de l’A16, la fameuse Transjurane que des générations d’automobilistes jurassiens attendaient depuis l’époque bernoise. Et de faire servir à ses hôtes un simulacre du menu typique de saison, sans craindre l’hérésie de marier un pauvre boudin industriel avec d’improbables pâtes et carottes trop cuites, appelées à faire des gorges chaudes sur les «vraies» terres d’origine de la fête. Le médiatique gastronome, las d’attendre le plat suivant, avait préféré remonter en rêve sept ans plus tôt, à l’ouverture du premier tronçon de l’autoroute, quand il s’en était mis de fameuses derrière la cravate dans ce petit bistrot campagnard. «Où était-ce, déjà? Euh… Ah oui, Ro… Rocourt, je crois. Chez la Marguerite.» Il referma les yeux en desserrant sa ceinture, les joues rosies. «Aaaah, la Marguerite…»

Ouiiiiiiiik! Voilà qu’il me tire à nouveau par l’oreille, m’écartant sans ménagement de l’agréable tiédeur du flanc de mes congénères. Mais qu’a-t-il donc à me tourner autour, avec son œil de maquignon gourmand? Il me lâche enfin, comme convaincu, non sans une tape quasi amicale sur le jambon et une brassée d’épluchures fraîches jetée à portée de mon groin. Ça fait bien une quinzaine de repas qu’il est aux petits soins avec moi. Il se trame quelque chose, je le sens – mais allez savoir quoi…

La fête va être belle. Encore plus belle que l’année dernière. Le Syndicat d’initiative régional d’Ajoie (SIR) a battu le rappel des restaurateurs du district, qui ont désormais succombé tous ou presque à la frénésie de la Saint-Martin. Plus aucun n’a de scrupules à se réclamer d’une tradition qui n’avait jamais essaimé aussi loin de sa terre haut-ajoulote d’origine. La fête est désormais connue loin à la ronde, des restaurants extérieurs au canton commencent même à proposer le repas traditionnel. Il a donc été décidé de créer une Charte de la Saint-Martin. «Seuls les établissements s’engageant à la respecter sont mentionnés dans le guide publié pour l’occasion. Ils doivent en l’occurrence offrir trois des plats traditionnels au moins, dont un au minimum de fabrication «maison» et à base de produits du terroir», explique le président du SIR, Hugues Plomb.

C’est un matin encore plus froid que de coutume. Ils ont laissé entrouvert le berlat de la porcherie, et j’entends un balai appliqué griffer le pavé de la cour. Des gens affairés, que je n’avais jamais vus, sont venus se pencher par-dessus la bordure de mon bolat, hochant la tête d’un air entendu. Le fermier et son fils sont passés dans l’allée, chargés d’un étrange bac de bois dégageant des odeurs familières. Ça ne me dit rien de bon.

Allergiques au porc s’abstenir! Le véritable menu de Saint-Martin n’aurait pas déparé la table de Gargantua – on recommande même aux estomacs délicats de «garder de la place» les quelques jours qui précèdent… Mais jugez plutôt. Tout d’abord mise en gosier avec un bouillon léger, accompagné d’une tranche de bouilli et de petits légumes. Suit une assiette de viande froide en gelée. Les convives sont alors prêts à accueillir le plat roi, la quintessence de la fête, en un mot le boudin, que l’on sert accompagné à choix de compote de pommes ou de salade de racines rouges. Ou des deux! Sur cette lancée, on attaque ensuite les grillades et les atriaux avant de passer au bouilli. Il est alors temps de s’octroyer le «coup du milieu», de préférence une lampée de damassine, l’eau-de-vie du terroir. De quoi tasser les premières strates avant de repartir à l’assaut d’une choucroute richement garnie de pommes de terre, de jambon, de lard et de saucisses fumées. Rien de tel enfin qu’un solide rôti pour couronner le tout. Et on s’en voudrait d’oublier le dessert: crème brûlée et totché, le fameux gâteau à la crème salé. Vous en reprendrez bien un morceau avec votre café?

Un grand type aux mains calleuses me pousse soudain sans ménagement, me forçant à trottiner dans l’allée. Je sens qu’un drame se prépare. Une sourde appréhension me fouaille les abats, je n’ai soudain plus envie d’avancer. Grouiiiii, grouiiiiiik! On me tire maintenant vers la lumière. Un gamin en bottes de caoutchouc se bouche les oreilles pour ne plus entendre ma longue plainte aiguë. Un étrange objet métallique et froid est plaqué entre mes deux yeux, je vois un lourd maillet fondre sur mon crâne. Un choc sourd, puis plus rien.

A quelques jours de la fête, les cuisines ajoulotes bruissent de mille et une activités. Ici une ménagère cuit puis désosse soigneusement pieds, groin, queue et oreilles de porc, qui vont servir à la confection de la gelée de ménage. La viande sera pressée une nuit durant entre deux planchettes surmontées d’un lourd caillou. On pourra ensuite la découper en de longues tranches fines, à noyer dans la gelée produite à partir du jus de cuisson. Une voisine est venue emprunter le hachoir à saucisse, non sans apporter en échange quelques poireaux qui serviront, demain, à la préparation du boudin. «Ah, vivement que ce soit passé! Vos jeunes rentrent? Nous, on sera trente-deux à table!»

J’ai l’impression de flotter à deux mètres du sol. Cet amas de chair rose, là en dessous, ce serait moi? Je ne contrôle plus mes mouvements. Mes pattes se mettent à danser une gigue endiablée, je m’en vais buter contre une haie de jambes. On me renverse sur le dos et quatre solides poignes me hissent sur la claie grossière du traté. Une longue lame s’approche de mon cou et s’enfonce d’un geste précis, libérant un impétueux flot rougeâtre. La fille de la maison, engoncée dans un lourd tablier, a promptement poussé une seille sous le jet fumant, tout en remuant d’une pouteratte vigoureuse le sang qui peu à peu monte dans le récipient. Le jet se fait saccadé, on me secoue pour récupérer les dernières pintes.

A Chevenez, un gros bourg autoproclamé «capitale mondiale de la Saint-Martin», Pierre-Alain Riat est sur les dents. A trois jours du début des festivités, le responsable du comité d’organisation est partout à la fois, supervisant l’érection d’un arbre décoré d’une nuée de cochons roses sur la place du village, donnant un coup de main pour installer des chaises et des tables dans la halle polyvalente, répondant à un énième coup de fil énervé d’Ajoulot émigré n’ayant pas pu obtenir de places pour le dîner-concert du samedi soir. «Incroyable!», glisse-t-il en reprenant son souffle. «A part une annonce sur la radio locale, nous n’avons pas fait la moindre publicité cette année. Et pourtant, toutes les places étaient prises une demi-heure à peine après l’ouverture des réservations! Les Jurassiens de l’extérieur nous amènent beaucoup de groupes, et le bouche-à-oreille fonctionne d’année en année. Samedi nous aurons des convives de toute la Suisse romande, et même des Alémaniques.»

Je me sens soudain basculé dans la grande maie de bois. On m’inonde d’eau bouillante et aussitôt une escouade de cornets fraîchement aiguisés s’activent à racler chaque centimètre carré de ma peau rose pour en raser de près les longues soies. Encore un bref rinçage à grands seaux et me voilà frais comme au premier jour. Des voisins, attirés par mes cris et par le nuage de vapeur qui s’étire vers le ciel gris, sont venus jauger la bête, supputant du regard les guirlandes de saucisses et les enfilades de côtelettes à venir.

Un visage poupin encadré de mèches blondes s’inscrit entre les quartiers de viande. Le boucher de campagne Jean-Paul Vienat est sur la brèche depuis quatre heures ce matin. Déjà trois porcs bouchoyés, découpés et conditionnés en moins de six heures. «Il n’y a plus beaucoup d’éleveurs qui bouchoient eux-mêmes. On m’amène les animaux et je m’occupe du reste avec mon aide. C’est plus rapide et plus rationnel. Nous aurons eu près de soixante cochons les cinq à six semaines qui ont précédé Saint-Martin.» Il s’interrompt pour servir une jeune femme, qui repart bientôt avec deux litres de sang, quelques mètres de boyaux et un appétissant jambon. «Tiens, ça c’est aussi une clientèle spécifique de Saint-Martin. Par chez nous les traditions sont encore vivaces, on se transmet la recette du boudin de mère en fille. Les gens viennent chercher du sang et des boyaux. Combien de sang je vends? Attends voir… Ça doit bien approcher les 250 litres cette année, et ne me demande pas de compter les kilomètres de boyaux! Je vends même des boyaux de bœuf quand ceux de porc viennent à manquer.»

Je trouve presque indécent d’offrir ainsi mes formes roses, les quatre fers en l’air, à la vue de l’assistance. On m’a noué les pattes arrière de rudes cordes à lier le foin. Je me sens soudain hissé à une grosse poutre, la tête en bas, panse offerte. D’un geste précis, le fermier inscrit un sillon rectiligne d’un bout à l’autre de mon académie renversée. La couenne ramollie crisse un peu sous le fil acéré. Le chien de la maison s’est approché, vaguement attiré par des effluves prometteurs. Une seconde estafilade me transperce les chairs, laissant un paquet d’entrailles fumantes jaillir de mes profondeurs. Une odeur âcre enveloppe l’assistance. La fermière s’est détournée, posant une main protectrice sur le regard de son cadet qui jouait à proximité. La grande lame fend encore l’air à quatre ou cinq reprises, cœur et foie sont proprement dégagés, aussitôt pris en charge. Quelqu’un s’approche, fouille les abats de sa main nue pour dégager quelques coudées de boyaux propres. On est peu de chose…

Porrentruy, mardi à dix heures quarante-cinq. Des panneaux de bois et des amoncellements de matériel jonchent la rue des Malvoisins fermée pour quelques jours à la circulation. Une escouade en cirés jaunes et amples chapeaux de feutre s’affaire sous la pluie battante. Quelques cabanes ont déjà pris forme. «Un peu plus à gauche, là! Oui, c’est bon!» La silhouette massive encourage de grands gestes l’équipe affectée au montage des stands du désormais traditionnel marché de Saint-Martin. Maurice Stebler, chef de groupe au Service des travaux publics, espère bien que les foules venues faire bombance s’arrêteront à Porrentruy samedi et dimanche: «Les produits du terroir et les objets d’artisanat traditionnel présentés dans nos cabanes avaient déjà remporté un grand succès l’an dernier; alors j’espère que l’ouverture du premier tronçon de l’autoroute Transjurane, qui tombe samedi, nous amènera encore plus de monde!» Les gars des travaux publics n’auront pas chômé ces temps: outre le montage et le démontage des cabanes, ils assurent également la mise à disposition d’une cinquantaine de stands de foire au village de Chevenez, qui va lui aussi organiser son propre marché lundi 16 novembre.

On m’a enfin délesté de ce poids nauséabond qui pendait hors de moi. Ma carcasse est devenue presque belle. Une scie à métaux s’échine sur ma colonne vertébrale, séparant peu à peu mon grand corps encore chaud en deux quartiers parfaitement égaux, qui bientôt se font face comme dans un miroir. On détache l’une de mes moitiés, l’accroche brièvement à une balance. Quarante-six kilos. L’un des hommes ploie les épaules sous la charge, se dirige vers la cuisine d’un pas précipité et se délivre d’un coup de reins sur la grande table fraîchement essuyée. Tous font cercle autour de la maîtresse de maison, qui a disposé un arsenal de couteaux à sa portée. Et ça taille, ça tranche, ça découpe. Une grande fiose de lard aux marbrures finement alternées est prestement dégagée, bientôt rejointe par une cohorte de mèches, de pâles, d’épenaies, de trains de côtes et autres jambons. La cheminée du fumoir est déjà coiffée d’un long ruban gris. Au moins j’aurai servi à quelque chose.

Trois silhouettes rigolardes se faufilent entre les voitures qui ont envahi la grande cour du Restaurant du Raisin, à Rocourt, l’un des temples les plus réputés pour qui veut sacrifier au dieu Cochon en novembre. Des flonflons enjoués s’immiscent par la porte entrouverte. Une bouffée de chaleur chargée de lourds effluves accueille les arrivants. De-ci, de-là, couteaux et fourchettes valsent au-dessus des assiettes. «Monsieur Coffe, encore un peu de boudin?» Marguerite Nicoulin tend un plat engageant par-dessus l’épaule d’un convive, qui finalement se laisse tenter par un supplément de chair noire et veloutée. Elle interrompt un instant sa tournée. «Ah oui, ces temps même en semaine nous servons une vingtaine de repas en moyenne chaque soir. Bien sûr tout le monde ne prend pas le menu complet, mais chacun peut choisir deux ou trois plats à sa convenance. Nous affichons complet depuis longtemps pour ce week-end: le restaurant sera occupé quasi en permanence jusqu’à la dernière de ses cent chaises!»

On ne pouvait rêver fin plus glorieuse, n’est-ce pas? Vois-tu, petit, j’ai encore eu la chance de vivre cette époque bienheureuse où l’on respectait la viande. Mais quand depuis là-haut je vois toutes ces farines suspectes dont ils vous gavent pour que vous grossissiez encore plus vite, et la manière dont ils vous traitent, entassés par centaines dans les étroits compartiments de leurs usines à bidoche, un frisson me redresse la queue et je ne peux m’empêcher de te plaindre… Grand-père Cochon qui m’était apparu en rêve cette nuit m’avait brusquement rappelé à mon triste sort. Hier au soir l’un des employés en blouse blanche avait tracé une grande croix à la craie bleue sur mon dos. Mon voisin de gauche, qui le tenait lui-même d’un de nos congénères placé en bordure de compartiment, vient de m’expliquer que dès l’aube un grand tapis roulant me happerait pour m’emporter vers l’abattoir, là-bas, au fond de la grande halle. Ah, j’entends quelque chose. La lumière froide des néons nous inonde soudain. Adieu!

11 novembre 1998 et 5 juin 2007

Article: Mais que veut une certaine presse romande?

Il faut quand mettre au crédit de Nicolas Sarkozy d’être le seul homme politique à avoir réussi à faire baisser, et même faire exploser, le Front National. Ça prouve que le seul moyen de lutter contre l’extrême-droite, ce n’est pas de faire un discours “moral” (ouh les vilains nazis), mais de ridiculiser leur discours (les radicaux genevoise ont détourné la fameuse affiche de l’UDC sur les moutons noirs de manière assez drôle) ou de paraître encore plus forts qu’eux, plus déterminés qu’eux à lutter contre la criminalité réelle ou imaginaire.

Depuis quand pomper sans vergogne les thèses d’un parti pour se les approprier et les appliquer en les enrobant de pseudo-respectabilité c’est faire exploser ce parti? Il ne doit plus avoir de mains à force de se les frotter de satisfaction, le vieux borgne lippu. Aller racler ses idées au fond à droite près des chiottes, c’est ça l’ouverture sarkoléonienne?

Quand on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend, moi je dis qu’on a bien raison de penser ce qu’on pense…

Eniotna

Article: Mais que veut une certaine presse romande?

Samedi, 4 pages dans Le Matin (…), plus la couverture où l’on ne voit que lui.

Dimanche, Blocher est dans Le Matin Dimanche, et fait la couverture de Télé Top Matin.

Distinguons bien les choses. «Le Matin Dimanche» n’est pas «Le Matin»: il faut faire attention à ne pas mélanger les torchons quotidiens et les serviettes périodiques. ;-)

(Oui, je sais, mais c’était trop beau pour le laisser passer…)

Eniotna

Article: Citoyens suisses, et si vous réagissiez contre l’immonde?

Très drôle cette idée de renvoyer l’initiative non signée, mais très dangereuse également. Si tout le monde s’y met, cela va tuer ce droit unique au monde. L’UDC et les autres partis de droite ont pas mal de ressources financières, plus que la gauche en tout cas. Et si lors de la prochaine initiative de gauche, la droite demandait à ses partisans de faire de même, hein? Au bout du compte, qui serait perdant? Au final, plus personne n’osera lancer d’initatiative de peur de se retrouver ruiné.

Faux. A ma connaissance c’est sans doute la première fois qu’une liste de signatures est diffusée de manière aussi large à tous les ménages du pays. Il est vrai qu’une telle campagne coûte au bas mot un demi-million de francs uniquement pour la conception, l’impression et la diffusion, et même un parti de droite, aussi obèse financièrement soit-il, ne peut pas se le permettre. C’est bien pour ça que l’envoi a semble-t-il été financé par un généreux mécène romand, courageusement anonyme. Jamais un tel procédé ne serait employé par un parti de gauche, qui mise en général sur la presse associative, la présence sur les marchés voire dans la rue. Alors le risque de rétorsion dans le cas de figure inverse est simplement nul. Et rien à craindre quant à d’éventuelles suites judiciaires, autant que je sache (qu’en dit Madame Poppins?), dans la mesure où strictement rien n’est illégal dans cet acte de résistance citoyenne.

Pour ma part, et je vous y encourage aussi, j’ai eu l’idée d’aller faire la tournée du vieux papier ces derniers jours, près des batteries de boîtes aux lettres d’immeubles et dans les locaux de cases postales des offices de poste, ce qui m’a permis de collecter et de retourner pas moins de 174 listes vides jusqu’à présent. L’occasion aussi d’expliquer ma démarche à quelques personnes, dont plusieurs s’y sont mises également. Alors persévérons!

Article: La Suisse en vingt questions (diverses et variées)

Ben ouais, M’dame Pop’, chuis juste dans l’épicentre de la chose – mais désolé de te décevoir, je n’ai pas la queue en tire-bouchon.

Et si j’ai pu répondre en gardant les orteils croisés, y a pas pour autant de quoi me bander les chevilles pour les renforcer. C’est juste que c’est mon métier de tout savoir, ou du moins le plus de choses possible, surtout quand ça concerne la Suisse: je suis traducteur et journaliste indépendant, avec des clients aussi disparates que la Poste, les CFF, l’Office fédéral de la culture, le Secrétariat d’Etat à l’économie, le Musée de la communication, le Conseil des Ecoles polytechniques fédérales, la chaîne Arte, le Conseil de l’Europe, diverses chambres de commerce …et les villages de Haute-Ajoie où se déroule la Saint-Martin, entre autres.

Article: La Suisse en vingt questions (diverses et variées)

Un peu trop convenu (où sont passés le chocolat et les montres?), mais bon faut penser aux lecteurs qui n’ont pas la chaaaaaance d’habiter notre ssssssi beau pays. Comme d’hab’ je suis un peu en pétard avec les chiffres: j’avais arrondi la population à 7 millions, j’étais arrivé un quart d’heure trop tard à Genève et je pensais que le Mont-Rose culminait à 4609 mètres. Par ailleurs, permettez-moi, en tant que saint-martinologue et cochonniste émérite, de vous signaler une subtilité: la fête de Saint-Martin ne se passe pas forcément le deuxième week-end de novembre, mais le week-end dont le dimanche est le plus proche du 11 novembre, la date du saint. Ce qui ne réduit pas le nombre de calories des sept plats… Et pour les réservations, il est plus que grand temps, vu l’affluence…