Mercredi 18 novembre 2009
Happy end

Vendredi soir passé, j'ai été voir le film 2012 (lien IMDB).

 

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Oui, j'ai été le voir, je ne m'en cache pas. Remarquez, les critiques ne sont pas mauvaises. Elles n'adulent pas ce film non plus. On sait qu'on va voir du Emmerich, que c'est du hollywoodien, que ça évoque la fin du monde, que c'est archi surenchéri... Bref, en sortant de la salle de cinéma, on ne peut pas être déçu : il n'y a pas erreur sur la marchandise. Et pourtant je l'ai été.

Je ne vais surprendre personne, ni même spolier le film si je "révèle" que des millions de personnes meurent dans 2012. Millions est peut-être un peu faible. Aller, je le dis. La planète entière est dévastée. Pratiquement tout le monde est mort (avec ou sans atroces souffrances), et pourtant ce film finit bien. Oui, Hollywood arrive à nous caser une happy end. Il fallait oser.

Bon, une happy end (ou happy ending) c'est quoi ? Selon notre très estimée Wikipedia

le happy end est un terme d'origine anglaise couramment utilisé dans la langue française pour désigner la fin heureuse d'une histoire, notamment dans les films.

Selon un autre

la happy end, c'est le bonheur des héros sympathiques, acquis de façon quasi providentielle, après des épreuves qui auraient dû normalement entraîner un échec ou une issue tragique. (NDR : j'adore cette formulation, le terme providence est tout à fait adéquat.)

D'accord, il y a plusieurs genres de fins heureuses. Dans les bluettes, tout le monde aime tout le monde, les couples se marient et ont des enfants, les méchants sont vaincus, le soleil brille, les oiseaux chantent... Dans d'autres films, un peu plus dramatiques, on a une fin heureuse bien qu'un événement triste se soit passé peu avant (la fin heureuse aurait donc un tribut dont il faut s'acquitter). Enfin, la fin heureuse qui n'est pas celle qu'on espérait : aucun couple ne s'est formé, mais le soleil brille et annonce des lendemains nouveaux et pleins de surprises. Pour ma part, j'ajouterais encore un type de fin heureuse : les improbables, celles auxquelles on ne s'attend pas.

J'espérais que cette fois Hollywood ne nous flanquerait pas une fin heureuse pour un film qui ne montre pas moins que la fin du monde ! L'homme est tellement plein de ressources, tellement débordant de bonté et de détermination devant l'adversité qu'il peut survivre à tout, même au 21 décembre 2012. Sidérant.

Certes, ce n'est qu'un film, réalisé par une personne avec ses défauts et ses qualités, et donc avec un point de vue totalement subjectif. Mais (attention, généralisation en approche), je suis persuadé que n'importe quel autre réalisateur nous aurait aussi collé une fin heureuse ! Pourquoi tous ces films finissent-ils bien ? Faut-il systématiquement et finalement montrer le bon côté des choses, notamment dans des "films catastrophes" ou de science fiction ? C'est à croire que le spectateur lambda a une vie désastreuse à ce point pour ne pas pouvoir supporter la fin dramatique d'un film...

Je me rappelle encore de Sweeney Todd (le film).

 

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Dès le début, le spectateur a vite compris qu'il était impossible que cela finisse bien. Heureusement, Tim Burton n'a pas adapté la fin pour que les héros aillent chanter ensemble dans les champs de coquelicots au coucher du soleil. C'est noir, c'est terrible, ça émeut...

D'un côté, je concède que quand une œuvre délivre un message pessimiste, il est bon de finir sur une fin heureuse. D'un autre, je désapprouve cette quasi-systématique et persiste à envier un plus grand nombre de fins "malheureuses" qui sont souvent plus fortes et plus marquantes que des happy ends. Après tout, la notoriété de Roméo et Juliette aurait-elle été la même si l'histoire s'était bien terminée ? Certainement, non. 

Pour ma part, je me souviens très bien de tous les films, opéras et pièces de théâtre que j'ai vus et qui finissent de façon dramatique. Le sentiment est tellement fort, j'ai été tellement ému à la fin que ça reste ancré dans ma mémoire. Une fin heureuse du genre de 2012 ne me fait aucun effet de ce genre, et renforce le caractère totalement irréaliste du film et le "superhéroïsme" des acteurs principaux. On arrive à divertir pour passer le temps, c'est tout. Rien de plus.

Je me souviens encore de la première fois où j'ai été voir Rigoletto, de Verdi.

 

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Au début, ça chante joyeusement, ça drague, ça danse... Puis vient le moment où le héros est maudit. Premier réflexe : on se dit tout de suite que le héros arrivera à vaincre cette malédiction. Et pourtant, non. Au contraire. Et c'est ça qui fait toute la force du propos. Le héros, fort et déterminé, n'est pas un super-héros (comme nous le fait sans arrêt croire Hollywood) et doit s'avouer vaincu à la fin. C'est triste, mais que c'est beau...

Le cliché de la fin heureuse brise et remet en question le réalisme de l'œuvre. Je n'aborderai pas le thème du réalisme (probable selon certains) de 2012, le sujet n'est pas là. Ces fins paraissent souvent trop gentilles, trop optimistes, surtout lorsqu'on les met en rapport avec le film dans son entier. Même des films d'horreur finissent bien, alors que tout le monde est mort de peur, se fait charcuter, enlever, torturer...

Peut-être nous identifions-nous trop à ces héros, de sorte que leur échec deviendrait insupportable ? Mais dans le cas (totalement improbable) où la fin du monde arriverait bel et bien en 2012, pourquoi nous faire miroiter que la survie est possible ? L'humain n'est-il pas censé apprendre de ses erreurs et échecs ?

Bref, tout ça pour dire que je commence à être las de toutes ces fins heureuses et de sortir du cinéma après qu'un réalisateur a brutalement remplacé le noir par du rose… Un peu d'évasion et de rêve ne fait pas de mal non plus mais c'est à se demander si le bonheur se vend mieux et rapporte plus que le drame, à Hollywood...

Malgré cela, j'ai toujours autant de plaisir à aller au cinéma. J'y suis même accro, d'une certaine manière. J'avais envie de partager ce petit coup de gueule avec vous, et comme le style de Madame Poppins est contagieux, je vais vous poser une question, si vous le voulez bien. (Remarquez, je vous la pose néanmoins, même si vous ne voulez pas. Na.)

Au cinéma principalement, êtes-vous contents et satisfaits quand cela finit bien, même contre toute attente ?