Impossible de l'ignorer : Michael Jackson est mort. Paraît
qu'il aurait eu 51 ans pendant mes vacances d'été, dommage
pour ceux qui avaient déjà acheté un cadeau, difficile de le
recycler pour les 80 ans de Tante Jeanne ! Je sais, je ne
suis pas charitable et c'est moche de se moquer alors que
tant de gens sont aujourd'hui en deuil.
Le deuil, période propice s'il en est à des lauriers - que
l'on tresse - à des louanges - que l'on chante - à des odes -
que l'on déclame - et pour rester dans le ton, je ferais
probablement mieux de me concentrer sur ce qui a fait la
grandeur de cet artiste. Tiens, paraît qu'il détient
plusieurs records, en particulier celui de l'album le plus
vendu au monde : le chiffre de
65
millions d'albums (
Thriller
pour qui l'ignorait encore) doit faire rêver
Didier Barbelivien ou
Christophe...
C'est vrai, j'ai
chanté, j'ai
dansé en
écoutant Michael Jackson, j'ai admiré ses clips et ado, j'ai
trouvé son style totalement hallucinant - faut dire que ma
mère prônait davantage les jupes plissées.
Un beau jour, pourtant, j'ai commencé à trouver ridicule le
personnage : de brun, il devenait livide; d'original, il
devenait - à mes yeux - inutilement excessif. D'original, il
devait lugubre et lorsque des rumeurs de pédophilie ont
commencé à circuler à son sujet, j'ai commencé à cogiter
"sévère". Remarquez, cette accélération de mes neurones n'a
pas duré : j'ai admis que la justice, même américaine, était
mieux placée que moi pour se pencher sur de telles
accusations. Je n'ai en revanche pas trouvé de raison de ne
pas médire, avec ma coiffeuse, lorsqu'il a épousé Lisa-Marie
Presley et je n'ai pu m'empêcher de trouver sa manière
d'appréhender la paternité étrange...
Vous le voyez, à un moment donné, que je ne pourrais pas
nommer clairement, d'artiste, il est devenu une sorte de
phénomène, dont les exploits faisaient, dans ma vie, plus
souvent la couverture de journaux lus dans les salles
d'attente que le bonheur de ma platine et de mon lecteur
CD.
Et la question qu'il me reste, ce soir, et à laquelle je n'ai
aucune réponse est celle de savoir à partir de quand la vie
privée d'un artiste, peu importe son art, m'empêche
d'apprécier ses oeuvres. En réalité, cette question en
appelle immédiatement une deuxième, voire une troisième :
peut-on se fier à des reportages télévisés et des entrefilets
dans des journaux à sensations ? La réponse est certainement
négative. En outre, la vie privée n'est-elle pas, justement
et par définition, ce pan de l'existence qui devrait échapper
aux regards des autres ? La réponse est certainement
affirmative.
N'empêche, si j'avais les moyens d'acheter une toile
plusieurs milliers de dollars, même plusieurs centaines de
milliers de dollars, je ne voudrais pas apprendre par la
suite que son auteur est membre de l'église de scientologie :
la liberté de conscience et croyance est pour moi primordiale
mais pas au point d'avoir envie, par le biais de mon argent,
de soutenir une telle organisation.
Donc, peut-on en déduire que la vie privée d'un artiste,
quelque part, dans une certaine limite que je ne pourrais
expliciter clairement, ne peut pas rester entièrement secrète
et qu'une certaine "intrusion" pourrait se justifier ?
Reste évidemment ouverte la question de la source, les
démentis et les droits de réponse fleurissant dans ces
journaux "people", prouvant, si besoin était, qu'aucun crédit
ne devrait leur être accordé. N'empêche, à moins de vivre
dans un igloo, sans connexion internet, difficile d'échapper
à ces "informations" sensationnalistes : à force d'être
entendues, elles finissent par nous sembler et familières et
conformes à la réalité. Ainsi, même en reconnaissant au
"public" un droit - très relatif - à connaître un pan de la
vie privée d'un personnage se trouvant sur le devant de la
scène, il subsistera toujours un doute quant à la véracité de
l'information.
Et je vais oser : c'est avec "indifférence" que j'ai appris
la mort de Michael Jackson, réservant les termes de "drame"
et de "catastrophe" à d'autres événements planétaires.
Et pour vous, qu'évoque cet homme ?