J'en ai conscience, la question est, sur le présent site,
inutile, limite grossière : bien sûr que vous êtes Mac, c'est
une évidence, un peu comme l'air que vous respirez.... Si
vous aviez devant vous un PC, vous ne seriez certainement pas
en train de surfer sur cuk, encore que
Mozart et le
jeu puissent intéresser
tout le monde, encore que votre employeur ait pu décider, à
l'insu de votre plein gré, de vous imposer un PC (sachant que
ce lundi est férié, grande est toutefois la probabilité que
vous lisiez mon billet au moyen d'un Mac, oufff !).
Quoi qu'il en soit, arrêtons-nous une seconde sur cette
question, "t'es PC ou Mac ?": franchement, est-ce que cela
n'est pas un peu (voire très) stupide, comme si on pouvait
"être" un ordinateur ! On peut l'utiliser, l'apprécier, en
avoir besoin, le craindre, le bichonner, en être dépendant,
le maltraiter, le haïr même mais "être", ça, non, on ne peut
pas.
Si on ne peut pas "être" un ordinateur, on peut toutefois et
de toute évidence, utiliser un ordinateur en fonction d'une
certaine philosophie, personnelle ou collective, réelle ou
imaginée. On peut rester fidèle à une certaine manière
d'appréhender l'informatique au-delà des questions de prix,
de majorité ou de mode. Mais comme ces questions, leurs
tenants et leurs aboutissants m'échappent en très grande
partie, je me dis surtout qu'une lettre d'amour, c'est ni sur
PC ni sur Mac qu'il faut l'écrire mais à la main, qu'un
courrier de réclamation à la commune, qu'il soit rédigé sur
Mac ou PC n'y change rien, il a avant tout été motivé par un
mécontentement qu'une réponse circonstanciée des autorités
pourra peut-être atténuer. Finalement, pauvre ignorante que
je suis, je ne sais toujours pas ce que voudra me dire, lors
de ma prochaine sortie mondaine, mon voisin de table
lorsqu'il m'informera, le regard lumineux, "je suis Mac" :
peut-être que la majuscule fait toute la différence, allez
savoir ?!
N'empêche, quelque part, je comprends quand même qu'on puisse
poser une telle question : des interrogations de ce genre,
j'ai en aussi en stock et j'avoue les utiliser,
machinalement, comme le "et pour demain, ils annoncent quoi
comme temps ?" et si je continue à les poser, c'est que la
réponse m'apprend toujours quelque chose, même si je ne suis
pas certaine de pouvoir définir exactement ce "quelque
chose".
Allez, je puise, pour illustrer mes propos, dans mon
escarcelle ma première question "bateau" (parce qu'il faut
bien l'admettre, PC ou Mac, c'est assez bateau) : "est-ce que
vous êtes chien ou chat ?" A nouveau, si une femme peut avoir
une démarche féline et un homme une humeur de chien, on ne
peut pas "être" chien ou chat mais tant pis : la question a
toute son importance puisqu'on prête des qualités fort
différentes aux propriétaires de l'un ou de l'autre, le chat
étant connu pour son indépendance, son propriétaire pour son
désir de ne pas être pieds et poings liés à un animal (qu'il
faudrait promener plusieurs fois par jour, comme le chien, ou
emmener en ballade longuement - comme le cheval), tandis que
le détenteur d'un chien aura en tête la relation étroite qui
peut s'établir en lui et son animal, qui manifeste largement
sa joie au retour de son maître, son besoin de grand air et
de mouvements.
Dans la même catégorie, on trouve le très connu "est-ce que
vous êtes thé ou café ?" Ah, là aussi, un enjeu de taille
puisque le buveur de café est réputé pour être pressé,
explosif, impatient tandis que le connaisseur de thé est ou
est supposé être un personnage aimant le rituel, appréciant
tant les gestes liés à la préparation que la
dégustation.
En réalité, mes réflexions du jour ont été motivées par le
fait que je me suis éclipsée d'une réunion de famille pour
venir rédiger mon billet, un peu perplexe de me retrouver,
comme "pièce rapportée", dans la famille élargie de mon mari.
Et je ne sais pas ce que je répondrais si on me demandait,
là, tout de suite, "t'es famille ou pas ?"
Je "suis" assurément famille puisque celle que je me suis
créée, avec Mister, représente mon port, le lieu où je me
sens bien, les gens pour lesquels je suis prête à me battre,
à m'investir, pour lesquels je suis disposée à faire beaucoup
de sacrifices si cela devait s'avérer nécessaire.
En revanche, non, je ne "suis" pas famille dans le sens où à
mes yeux, les liens du sang ne suffisent pas pour que
s'établissent des relations, pour que l'amitié ou l'amour
puissent exister : j'ai des amis, peu, mais qui sont bien
plus importants à mes yeux que ma tante, que j'ai croisée
pour la dernière fois il y a environ huit ans.
Certaines personnes, dans mon entourage, diront avec vigueur
qu'elles "sont" famille, que pour elles, on se doit d'aider
les gens de sa famille, peu importe l'intensité des liens et
les affinités personnelles, tandis que d'autres, au
contraire, seraient prêtes à prendre un aller simple pour le
Groenland juste histoire de ne pas être obligée d'écouter la
tante Irène. Y a-t-il une attitude juste et une position
erronée ? J'en doute.
Pendant que je mangeais, assise entre le cousin que je viens
de rencontrer pour la première fois, en face de mon
beau-frère que j'apprécie beaucoup, j'ai pris conscience que
ces questions, que ce soit "thé ou café", "chien ou chat",
"PC ou Mac", elles ont un rôle à jouer : elles permettent de
débuter un dialogue de façon anodine, sans être intrusives,
dont la réponse ne présente finalement que peu d'intérêt
puisque son sens dépend de l'image toute personnelle que l'on
se fait de la famille, d'une cérémonie du thé ou d'une
ballade avec un chien.
Et si je suis convaincue que ces questions sont relativement
"bidon", je les préfère quand même encore et toujours à un
sonore "et vous, vous faites quoi comme métier ?", la
classification par le statut socio-professionnel m'énervant
encore bien davantage que le
cliché du café ou du PC.
A votre avis, y a-t-il une once de vérité dans ces phrases
toutes faites ou ne sont-elles que bavardage oisif et agaçant
?