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Puissants et victimes

"Enfants, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils sont". En paraphrasant ainsi un éternel jeune homme révolutionnaire dont les idées n'ont pas fini de tourner la tête du monde du bon côté (vers le haut!), c'est bien mon sentiment général que je peux exprimer. Maintenant que le monde est devenu un feuilleton américain, il faut dire que les "personnages" qui nous sont proposés comme modèles d'identification ne laissent pas beaucoup de choix: puissant ou victime.

Panama

Certes, la "réalité" qui nous conditionne ainsi est en apparence plus subtile, puisque certains puissants sont censés défendre les victimes, et certaines victimes le sont de leur course à la puissance. Pour ceux qui trouvent que cela est un peu théorique, je vais être concret. Un flingue dans la main, une grosse voiture au marketing oniro-agressif, la fascination pour le Viagra ou les pratiques socio-sexuelles coercitives, tout cela n'est-il pas marque de ce désir fallacieux de puissance? D'un autre côté, la pression des circonstances sociales (à ne pas confondre avec celle inamovible de la "vraie" réalité) nous soumet sans arrêt à une violence indue, c'est difficile de le nier.

L'un ne va pas sans l'autre, évidemment, et la puissance apparaît comme l'unique façon d'échapper au statut de victime, révoltée ou consentante. Ce n'est toutefois qu'un leurre, puisque se sentir ou se faire reconnaître comme puissant ne met pas à l'abri du risque. La guerre sans perdre un soldat n'est-elle pas l'idéal des stratèges occidentaux, déconcertés que leurs victimes absolues utilisent eux des armes de victimes, à commencer par le sacrifice de soi avec celui des autres.

Casque colonial

Oh, vous pouvez bien rire, mais êtes-vous bien sûr de ne pas répondre intimement à ce schéma grossier? Quelles sont vos impuissances, vos royaumes culturels où vous régnez sans doute, ces trésors de vous-même que vous avez ou vous lâchez? À quels héros, objets ou spectateurs déléguez-vous ce pouvoir d'agir sur le chaos du monde (et surtout de détruire ce qui gêne sans autre forme de procès)? Ou bien encore, quelle aise retirez-vous de la soumission aux ordres conventionnels? La question n'est pas de discuter si c'est capitalisme ou socialisme, costard-cravate ou Nike, PC ou Macintosh, c'est que ça fait du bien de pouvoir s'identifier à un groupe, mais parfois mal d'en devoir cautionner les règles ou effets.

Comment sortir de ce manichéisme dont la pente mène tout droit aux marécages bien balisés de la vision Orwellienne? Comment se soustraire à cet impérialisme de nos consciences qui implante ces besoins obsessionnels? Comment résister à ce pilonnage incessant de nos convictions intimes, à cette coupure systématique de nos voies naturelles? L'ennui, c'est que même en prendre conscience ne suffit pas, à moins d'aller s'enneiger au pôle avec de la superglue™ dans les yeux et les oreilles. Rien d'étonnant à cela, puisque tout cet ensemble de choses se doit d'être représenté par sa propre puissance, qui se compte en nombre de victimes (ou clients, ou électeurs) que nous sommes. Y faire face, c'est soit l'accepter, en s'arrangeant plus ou moins, soit se faire écraser en devenant perversement supervictime…

Casquette

Pas d'issue, à moins… À moins d'avoir le courage d'être soi même, et donc de ne pas quêter dans l'image de cet autre virtuel mais si proche qui apparaît à l'écran quelque chose qui nous manque et nous appartienne… Se connaître, c'est à dire connaître ses vrais besoins, pour ne pas se contenter de ceux que l'industrie du rêve extérieur nous substitue, et se rendre compte que, dans ce qu'elle produit, il faut rester maître de ses choix, c'est à dire conscient des raisons qui nous les font pratiquer, et de leurs conséquences potentielles. Cela seulement peut nous permettre de rester imperméable à la pluie lamentable d'une vision de la conscience humaine au ras des orties.

Ce que vous êtes vraiment, c'est face à l'image des autres ou à leur contact que cela se révèle, mais gaffe au piège de l'identification/confrontation/discrimination. Ne pas y tomber, c'est aborder quelqu'un dans le souci de ce que l'on partage, à commencer par la relation, plutôt que de s'y situer sur l'échelle puissant-victime… Et si l'élaboration de nos propres valeurs se fait à l'encontre du monde, cela ne dispense pas d'un contrôle honnête de ce qu'il pourvoie peut-être trop facilement. Ce refus de l'insupportable qui vrille parfois entre nos oreilles, sursaut du vivant face à un monde contradictoire, ne peut-on pas le transformer en appétit de se connaître, de savoir ce qu'il en est vraiment de nos façons de désir?

Couronne d'épines en plastique

S'il nous faut savoir qui de toi ou moi est le plus fort (ou le plus malin le plus beau le plus riche etc.), c'est qu'il y a un bogue, ami. Même si c'est ce qu'on t'a appris à l'école, au bureau, à la télé et donc par force dans la famille. Le virus vient d'ailleurs, aussi est-ce à toi de prendre les précautions nécessaires quant à ce que tu veux protéger, et quand tu y seras parvenu, tu t'apercevras qu'il s'agit de ton intégrité. Tous les conflits qu'on accepte ne le sont qu'au nom de celui qui se trame dramatiquement entre nous et la vision du monde qu'on nous impose, toute cette violence qui nous fascine n'est que reflet de celle-là.

Le discours de Jésus-Christ prônait l'aspect libératoire de la soumission absolue à un ordre juste, celui de la nature universelle de l'Homme. Deux mille ans d'efforts sont parvenus à gommer la deuxième partie de la phrase, à nous faire croire que l'ordre juste était le seul proposé, et qu'il ne faut pas oublier à propos de passer à la caisse afin de financer la publicité pour vous convaincre que vous êtes assez con pour aimer ça. Et haïr d'autant la petite chose merveilleuse pleine d'amour que vous êtes quand même et qui tremblote entre peur et pas le droit, à moins qu'elle ne s'enflamme un jour pour incendier vos vaines certitudes… Pardonnez-vous, bon sang, et ne les laissez pas vous dicter ce qui est… Pensez tout simplement à la vie qu'auront vos enfants demain dans un monde aussi bête.

PS: An7re, je me suis peut-être un peu mélangé entre les chapeaux et les intertitres, mais j'espère que ça te suffira pour que tu te sentes moins victime de mon style puissant ;-)
PPS, bien plus important: j'ai proposé dans les forums de se mettre à plusieurs pour traduire et diffuser l'article indispensable "Windows XP Shows the Direction Microsoft is Going.". Je recommence. Les intéressés contactez-moi, quatre ou cinq, c'est tout bon.

PPPS, spécial détente après tout ça: on trouve plusieurs applications sur Palm qui le transforment en miroir de poche. Existe-t'il un équivalent pour les télévisions ou écrans d'ordinateurs?
P4S: toujours Illustrations originales Frédéric Hancquart

8 commentaires
1)
an7re
, le 30.11.2002 à 08:42

!!!! amusant tes inters !!!! Mais l’écriture, c’est cela : biffer, ajouter, biffer à nouveau et se fautre comme de sa première chemise des propos malveillants ! Hormis cela, je partage tes conclusions…

3)
comradE Ogilvy
, le 30.11.2002 à 11:11

Puisqu’on en est au bookmark, allez donc faire un tour là, ça complète bien l’à-propos :

http://www.mohr-mohr-and-more.org/

4)
pommette
, le 30.11.2002 à 15:42

On rêve d’une bulle papale de ce genre
Merci !

6)
omid
, le 30.11.2002 à 22:42

j’ai pas tro compris son article :-(
je le trouv pas claire.
je suis surement tro jeune….

7)
matin calme
, le 01.12.2002 à 10:07

attention : un texte écrit est lu ! il doit donc être accessible sinon son contenu se retourne contre son but. Il y a un côté verbeux qui arrête la lecture. Il y a un côté "avis péremptoire" qui transforme l’auteur en "donneur de leçon". L’enthousiasme de l’auteur pour partager une idée ne le dispense pas de se méfier, justement de la certitude qu’il semble asséner.
A part ça, toute occasion de penser est excellente.Merci

8)
soleil
, le 02.12.2002 à 11:03

Ceux que cet article a intéressé liront avec autant d’intérêt – et, je crois, avec plus de facilité (désolé d’enfoncer le clou) – l’excellent ouvrage d’Henri Laborit "Eloge de la fuite", dans lequel l’auteur se livre à une analyse extrêmement lucide de notre société. Le partage en deux camps, dominants et dominés, ne laisse, si je ne déforme pas trop les propos de l’auteur, qu’une seule issue possible: la fuite. Cette troisième voie est ce qu’on pourrait appeler la voie artistique. Mais ne vous fiez pas trop à mon résumé, lisez plutôt le livre. Vous ne le regretterez pas.