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La Kanaalroute, le nord-est de Bruxelles à vélo

Aujourd'hui, je continue et termine probablement ma série d'articles sur mes randonnées à vélo en Belgique. Après la route Eddy Merckx du côté des Ardennes flamandes et la randonnée Philippe Gilbert dans les véritables Ardennes, je vais vous faire découvrir un circuit plus touriste que sportif, la Kanaalroute (route du canal), itinéraire fléché de 39 km de long qui parcourt le nord-est de Bruxelles. C'est un endroit généralement complètement ignoré des guides touristiques, à tort à mon avis car on y trouve de très belles choses.

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Pour parcourir la Kanaalroute, on suit ces panneaux hexagonaux.

Pour éviter tout malentendu, je me dois de préciser que les photos qui vont suivre ne sont pas de moi mais sont extraites de divers sites, la plupart de Wikipédia et certaines d'une adresse touristique consacrée à la Kanaalroute elle-même, en néerlandais. Sur ce site, vous trouverez également le plan détaillé du parcours.

Je pars hier matin de bonne heure de la commune de Woluwé-Saint-Lambert, commune dont le bourgmestre Olivier Maingain, du FDF (Front Démocratique des Francophones) se veut à la pointe du combat communautaire en faveur des Francophones belges. Je longe tout d'abord la vallée de la Woluwe, le ruisseau qui a donné son nom à cette commune ainsi qu'à ses voisines, Woluwé-Saint-Pierre et Woluwé-Saint-Etienne (Sint-Stevens-Woluwe) cette dernière aujourd'hui intégrée à la commune flamande de Zaventem. Des rues que j'emprunte, on peut voir trôner au loin ce curieux moulin en bois, situé dans un champ en pleine ville :

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Importé des environs de Tournai en 1960, il ne tourne évidemment plus. Il est surtout là pour rappeler qu'il n'y a pas si longtemps, Woluwé-Saint-Lambert était une commune rurale…

Mais voilà que je quitte Bruxelles pour la Flandre, à l'entrée justement de Woluwé-Saint-Etienne. Je rejoins bientôt la Woluwelaan (avenue de la Woluwe), une immense artère ceinturant l'est de Bruxelles et environs, laquelle, comme son nom l'indique, longe plus ou moins la Woluwe. Artère complètement plate que je vais suivre presque jusqu'à son extrémité nord. Me voilà donc à Zaventem, commune célèbre pour son aéroport, et de fait les avions passent plutôt bas au-dessus de moi.

Puis c'est Diegem, ancienne commune aujourd'hui rattachée à Machelen. Diegem, où je passe juste à côté de son église au clocher très particulier, jugez-vous-même…

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La « Sint-Catharina en Sint-Korneliuskerk », et son clocher baroque façon pièce montée, à Diegem.

Ensuite, la Woluwelaan longe Machelen elle-même, dont il n'y a rien de particulier à dire si ce n'est qu'il s'agit d'une commune industrielle et commerciale. On y trouve notamment deux grosses enseignes très courues ici, Makro (hypermaché de vente en gros) et Gamma (hypermarché de bricolage et jardinage).

Et puis j'arrive à Vilvorde (Vilvoorde), elle aussi industrielle et commerciale, mais à une échelle bien supérieure. Vous vous rappelez peut-être de la fermeture de l'usine de Renault-Vilvorde en 97, qui avait traumatisé la Belgique ? Cela avait fait du bruit bien au-delà des frontières belges. Ou comment une usine rentable et productive pouvait quand même être fermée pour les plus grands bienfaits (?) de la délocalisation. L'horreur économique dans toute sa splendeur et des milliers de gens au chômage ici. Sur la Woluwelaan, à côté de l'ancien emplacement de cette usine, trône ce gros ouvrage de métal de 8 m de haut censé rappeler la lutte du personnel de l'époque…

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« De Vuist van Renault » (le poing de Renault), œuvre de Rik Poot.

Mais aussi douloureux et scandaleux que ce soit, c'est maintenant du passé et en ce qui me concerne je vais à Vilvorde parce que s'y le point de départ officiel de la Kanaalroute, sur sa Grand'Place (Grote Markt), laquelle n'a rien de spécifiquement remarquable. En revanche, 100 m après le début du parcours, à moins d'être bigleux le cycliste ne peut pas rater la première curiosité du circuit, à savoir cette énorme église gothique :

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La « Onze-Lieve-Vrouw van Goede Hoopkerk », l'église Notre-Dame de Bonne Espérance de Vilvorde.

Beau vaisseau, n'est-ce pas ? Elle appelle une visite, que je n'ai néanmoins pas effectuée (je ne suis pas sûr que les curés apprécieraient de voir débouler un quidam en tenue de cycliste dans le chœur…). Ce sera pour une prochaine fois. Il semblerait que ce soit l'un des rares monuments intéressants de Vilvorde, surtout connue pour ses activités économiques.

En attendant la Kanaalroute nous amène tout de suite après à l'artère aquatique qui a donné son nom au circuit : le canal de Willebroek, qui relie Bruxelles à Escault, plus loin au nord. On le franchit grâce à l'Europabrug, un pont levant de dimensions respectables. Heureusement il est abaissé au moment de mon passage.

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L'Europabrug, pont levant. Ici levé :-)

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Le canal de Willebroek, vu de l'Europabrug.

On longe ce canal pendant un ou deux kilomètres avant d'attaquer l'une des deux seules vraies côtes du circuit, qui sinue dans le très plaisant parc de 50 Ha Domaine des Trois Fontaines (Domein Drie Fonteinen) et ses jardins à l'anglaise (ou à la française, j'y connais rien, mais c'est vraiment très joli).

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En en sortant, on longe l'implantation de la VTM, la principale chaîne télévisée privée de Flandre, qui jouit d'un point de vue remarquable sur… le viaduc de Vilvorde du périphérique de Bruxelles, qu'on appelle ici « Ring » (anneau), théâtre quotidien de monstrueux embouteillages aux heures de pointe.

Puis le parcourt redescend, parcourt un bois récréatif appelé Tangebeekbos (attention pour les vélos de route, les pistes y sont en terre) et puis remonte en une pente assez peu prononcée, mais suffisamment longue pour révéler à son sommet une vue intéressante sur le nord de Bruxelles. C'est la deuxième et dernière véritable côte du parcours.

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Repérez-vous l'Atomium au loin ?

Après ce sommet, on redescend sur la ville de Grimbergen. Le reste du parcours est uniformément plat. Grimbergen, pour le touriste, c'est surtout sa basilique, vestige très impressionnant de son ancienne abbaye norbertine :

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La basilique Saint-Servais (Sint-Servaas Basiliek).

Ce sont aussi des vestiges bien conservés de son ancienne vie rurale, notamment des moulins à eau tels le Tommenmolen… que l'on longe sur une route d'accès mal pavée, placée sans doute juste là pour faire typique, ou pour dissuader les cyclistes d'y accéder… ou les forcer à s'arrêter au café voisin. Et la Kanaalroute, comme de juste, passe par là !

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Le Tommenmolen.

Mais Grimbergen s'est fait connaître il y a quelques mois pour une raison bien moins agréable : cette commune flamande, peuplée en grande partie de Francophones originaires de la capitale, s'est crue obligée d'instaurer une ligne de téléphone gratuite où les habitants pouvaient dénoncer anonymement les commerçants n'adressant pas la parole en néerlandais aux clients… Elle a dû néanmoins faire marche arrière suite au tollé soulevé, y compris en Flandre, par cette mesure surréaliste.

Mais passons. Sitôt les pavés franchis, nous voilà dans le hameau de Verbrande Brug (littéralement « le pont brûlé ») et au pont du même nom au dessus du canal. C'est, comme l'Europabrug à Vilvorde, un pont levant, de dimensions nettement plus réduites :

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Le Verbrande Brug.

Son nom vient du fait que lors des guerres de religion, les Espagnols avaient brûlé le pont de l'époque. Juste à côté, un monument commémoratif rappelle la mort héroïque d'un caporal belge, Léon Trésignies, tué ici par les Allemands lors de la première guerre mondiale, alors qu'il voulait rouvrir le Verbrande Brug (fermé par les Allemands) pour permettre le passage de son peloton…

Ici, la Kanaalroute porte d'autant mieux son nom qu'elle va longer le canal pendant une bonne dizaines de kilomètres, en empruntant un ancien chemin de halage… dans un état assez lamentable, surtout pour les pneus d'un vélo de route comme le mien.

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Le long du canal.

On traverse à nouveau le canal à la localité de Humbeek, en franchissant un autre pont levant  (qu'on devine en arrière-plan de la photo ci-dessus), pont qui est l'exacte réplique du Verbrande Brug. Puis on longe l'autre côté du canal en suivant cette fois-ci une route (équipée d'une piste cyclable). Quelques kilomètres plus loin, on quitte définivement le bord du canal et on entre en province d'Anvers, sur le territoire de la commune de Malines (Mechelen). Plus précisément, nous arrivons aux localités de Leest et Hombeek, aujourd'hui officiellement incluses dans Malines, mais encore très rurales.

Les dix kilomètres qui suivent sont particulièrement champêtres et, bien que toujours uniformément plats (je préfère quand ça grimpe !), sont franchement très agréables à parcourir à vélo. Ce faisant nous revenons en Brabant flamand, à Zemst, également rurale en bonne partie, mais où l'influence de Bruxelles recommence à se faire sentir, notamment par la présence de la Senne :

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La rivière Senne (non, pas Seine), bien boueuse ici.

La Senne (Zenne en flamand), c'est une petite rivière prenant sa source en Wallonie, à Soignies, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Bruxelles, et qui traverse justement Bruxelles. Le problème c'est qu'on ne la voit jamais, à Bruxelles ! Et pour cause : fin 19e, officiellement pour raisons hygiéniques, mais surtout pour permettre le percement de grandes artères à la Haussman, la très polluée Senne a été entièrement recouverte. On dit ici qu'elle a été voûtée. Elle coule désormais littéralement sous les pieds des Bruxellois, et ne ressort à l'air libre que peu avant Vilvorde, au nord-est de Bruxelles donc.

La Senne traverse ensuite Zemst, et quelques kilomètres plus loin se jette dans la Dyle, qui se jette dans l'Escaut et ainsi de suite. Zemst est une commune, je l'ai dit, dont le côté rural est bien préservé. Ceci dit, prenez garde si vous voulez y vivre : depuis 2005, les habitants des logements vendus directement par cette commune doivent connaître le néerlandais ou s'engager à l'apprendre… Mesure récemment généralisée à l'ensemble des logements sociaux proposés par les communes de Flandre : c'est le wooncode, le « code du logement ». Encore un avatar de ces chères querelles linguistiques belges.

Revenons à la Kanaalroute. À partir d'Eppegem, une localité de Zemst, elle remonte la Senne sur un bon kilomètre avant de rejoindre la Woluwelaan déjà empruntée au début de notre balade. Le circuit s'achève alors lors du retour à Vilvorde, sans autre curiosité remarquable… à part des travaux routiers un peu partout, qui me forcent à faire des détours et encore des détours afin de pouvoir rentrer chez moi.

Voilà, fin de cette escapade cyclotouristique dans les environs de Bruxelles. Mon prochain article devrait traiter non pas de vélo, mais d'un autre de mes thèmes favoris ici. Devinez lequel…

À bientôt !

6 commentaires
3)
AlainPX
, le 06.06.2013 à 12:43
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Très chouette article, suis aussi de Belgique et pas loin, je vais certainement aller découvrir sur place prochainement ;-)) Au moins ce circuit est adapté à mon physique actuel! (j’ai aussi fait les cols des alpes il y a 15 ans, mais ce n’est n’est définitivement plus pour moi, ha-ha!)

J’apprécie vraiment cette alternance d’articles sur cuk, je travaille au quotidien sur des macs mais il n’y a pas que le boulot dans la vie ;-))

4)
Migui
, le 06.06.2013 à 13:32
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Merci pour ce beau reportage qui met si bien en valeur les biens précieux qu’on a parfois pas loin de chez soi et qu’on ne remarque même plus: notre patrimoine.

La prochaine fois, en faisant un petit crochet, tu viendras prendre un verre chez moi!

Puisque tu mentionnes la Senne et Zemst, je ne saurais trop te conseiller de parler de ce beau vestige qui se trouve à Weerde (commune de Zemst). Je crois qu’on y percevait les taxes (“tolhuis”) il y a bien longtemps.

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:WeerdeMill.jpg

5)
Arnaud
, le 06.06.2013 à 13:45
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C’est amusant, les locaux de Nokia en Belgique sont à Diegem, mentionné dans ton article. Jusqu’à présent, je n’avais jamais vu son église mais plutôt son côté banlieue anonyme ;)

Sinon, ton article donne envie d’investir dans un vélo!

Amitiés,

Arnaud

6)
Franck Pastor
, le 06.06.2013 à 22:21
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@ AlainPX : oui, il y a aussi cuk.ch ! :-)

@ Migui : promis, j’avertirai quand je passerai dans le coin la prochaine fois.

@ Arnaud : en effet, Diegem est aussi connu pour sa zone de bureaux, et elle est malheureusement assez éloignée du centre et de son église. C’est même un peu délicat de passer de la zone de bureaux au centre de Diegem si on n’est qu’à vélo ou à pied, vu que c’est carrément une autoroute qui sépare ces deux domaines, avec peu de passages aménagés pour passer d’un côté à l’autre. Quant au vélo, fonce, investis, tu ne le regretteras sûrement pas ! Vélo et course à pied peuvent être particulièrement complémentaires.