Mon Rock-Ola Empress 200 sélections de 1962.
En juillet 1980, fidèle lecteur de Rock & Folk, j'avais dévoré un article de Philippe Manœuvre qui racontait l'achat de son jukebox et toutes les implications philosophiques qui en découlaient. En quelques pages d'un article magistral, il m'avait convaincu de me procurer ce qu'on pouvait bien appeler le Graal de tout amateur de rock.
Il se trouve qu'à quelques centaines de mètres de chez mes parents (car j'habitais encore chez mes parents...), il y avait justement un vieux concessionnaire qui fermait boutique. Je me déplaçai donc jusqu'à sa cambuse pour voir s'il avait quelque chose pour moi. Il me proposa d'acheter un Rock-Ola Empress de 1962, le dernier beau Rock-Ola avant les véritables caisses à bois qui sortirent à partir de 1963. La machine était toute démontée et il me promit de la remonter. Il mit cinq mois pour faire le boulot, car il n'était sobre et en état de travailler que quelques minutes par jour. Finalement, un soir entre Noël et Nouvel-An, il débarqua à l'improviste avec la bête. Il me demanda 250 francs (suisses) en précisant que la vente se faisait "sans garantie". Entre-temps j'avais vu le film Alice dans les villes, de Wim Wenders, qui me conforta dans ma décision d'entrer dans le mythe:
Dans le film, on peut voir le modèle Regis, de 1961.
Inutile de dire qu'un des premiers 45T que j'y ai mis était On The Road Again, de Canned Heat. D'ailleurs, lorsque j'ai des visites, les gens me demandent immanquablement: "Tu l'as eu avec les disques?" A quoi je réponds: "Evidemment non!" Les 45 tours sont tous soigneusement choisis par moi en suivant mes goûts et mes humeurs. Personne n'achète un iPod rempli de musique choisie par quelqu'un d'autre! Voici l'état actuel du choix:
Les prismes vus du côté droite. Cliquez pour agrandir.
Les prismes vus du côté gauche. Cliquez pour agrandir.
Le critère que je me suis fixé dès le départ: pas de musique qui date d'après 1969. Et, comme le dit si bien Manœuvre: avoir un jukebox, c'est s'arracher un bras chaque fois qu'il faut sortir un disque pour le remplacer par un nouveau.
Louie Louie: The Kingsmen
Baby Come Back: The Equals
Pour en revenir au titre de cet article: il n'y a rien de mieux qu'un jukebox pour écouter du rock ou de la soul. Tous vos mp3, AAC, Qobuz et autres streaming, c'est de la gnognotte, à côté! Essayez juste une fois d'écouter Honky Tonk Woman, des Stones, Roll Over Beethoven, de Chuck Berry, Skinny Jim, d'Eddie Cochran ou My Girl, des Temptations sur un jukebox de cette époque. Ça n'a rien à voir avec une chaîne, même très très beaucoup Hifi! Vous vous croyez simplement à côté de l'ampli de tous ces artistes. La basse, la batterie, c'est par les tripes que vous les écoutez! La musique devient un spectacle dans votre salon!
Pour trouver de quoi nourrir la bête, j'ai longtemps fréquenté les puces. Mais la source est maintenant tarie, à moins d'être fan de Mireille Mathieu ou des Compagnons de la Chanson. Je fais donc mes courses aux Etats-Unis, par exemple chez Thursday's Golden Goodies, où je trouve mon bonheur pour des prix dérisoires. Voici par exemple ma dernière commande:
La plupart sont des repressages (pas des réenregistrements, hein!), mais ça m'est bien égal. Je ne fais aucun purisme à ce sujet-là. Si le son est bon, c'est l'essentiel!
En 2012, mon jukebox aura 50 ans. Le même âge que les Stones, les Beatles ou les Beach Boys. Il va beaucoup tourner pour restituer cette musique qui est FAITE pour lui. Ecouter ces groupes sur un jukebox, c'est restituer le VRAI son conçu par les ingénieurs de l'époque, sans remastérisation et autres flltres: que-du-bo-nheur!
Voilà. Il ne vous reste plus qu'à vous mettre à la recherche d'un joli jukebox. Après la folie de ces dernières années, il me semble que les prix ont un peu baissé (Rock-Ola) (Wurlitzer) pour les modèles comme le mien, contrairement aux modèles mythiques des années 40 et 50. De toute manière, comme le dit si bien Philippe Manœuvre en conclusion de son fameux article (et en majuscules): "LE ROCK ABSORBE TOUT ET REND A CHACUN AU CENTUPLE SELON SON MERITE."
Un dernier pour la route: Roll Over Beethoven - Chuck Berry
A lire absolument sur le sujet: le magnifique et très documenté livre de Christopher Pearce: Les juke-box de collection, paru chez Soline en 1991.




