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Il est des questions qui n’ont pas de réponse…

"Dis, Maman, c'est quoi, l'art ?" m'a demandé Junior (bientôt 9 ans) alors que nous étions en route pour le Palais de Rumine, à Lausanne, dans le but de visiter une exposition au musée des beaux-arts.

J'aurais bien détourné son attention sur autre chose, ne sachant pas comment définir l'art, mais le procédé aurait été peu honnête.

J'ai donc tenté une ébauche de réponse, un truc genre "l'art, c'est tout moyen qui permet aux gens d'exprimer une émotion, que ce soit par la chanson, la musique, la peinture, la danse ou encore la photographie et l'écriture".

Il faut croire que mes propos ont été soit incompréhensibles pour lui, soit conformes à ses attentes : il n'a plus rien dit, ce qui m'a soulagée, n'étant ni pédagogue, ni spécialement érudite en matière d'arts.

Pendant que Junior et Mini (six ans et demi), un casque sur la tête, visitaient l'exposition au gré des commentaires enregistrés plus particulièrement à l'attention des enfants, j'ai déambulé d'un tableau à l'autre, très vite surprise par l'absence totale d'émotions ressenties devant ces oeuvres. Oh, bien sûr, de ci, de là, un sourire, un rire : je n'en attendais pas moins d'une exposition intitulée "quand l'art fait rire".

Si je me suis donc marrée en regardant les statues de l'île de Pâques affublées d'oreilles de lapin, je n'ai toujours pas compris à quoi rimaient d'autres "trucs" : franchement, une photo noir-blanc d'une mannequin riant aux éclats, je ne vois pas l'intérêt et je suis restée perplexe devant une espèce de sculpture rouillée tournant sur elle-même.

Je sais, les goûts et les couleurs... toutefois, là, j'ai eu l'impression, par moments, que cet art-là était réservé à une espèce de clan, de groupe, hermétique, qui aurait pris un air navré si j'avais pu exprimer mon incompréhension devant les travaux exposés.

A mes yeux, l'art perd beaucoup d'intérêt s'il a besoin d'un filtre, d'une explication, de commentaires particuliers qui, s'ils font défaut, rendent l'oeuvre inatteignable.

Les tableaux, par exemple, qui m'ont touchée jusqu'à présent, se passent de mots : le cri d'E. Munch, deux auto-portrait en particulier de Frieda Kahlo, l'un datant de 1944, l'autre de 1932.

La musique qui me bouleverse n'est pas forcément classique, elle peut être "rock" et ne sont pas obligatoirement publiés à la Pléiade les textes qui m'ont marquée, qu'il s'agisse du dormeur ou de Barbara.

Et non, selon moi, l'art n'est pas forcément grave, sérieux, il n'est pas obligatoirement l'expression d'une douleur, d'une peine, d'une folie : il peut être léger, tourbillonnant aussi. L'art peut être l'éclat de rire - je n'y peux rien, Muriel me fait chaque fois franchement rire et Dany, j'en suis fan -.

L'art, j'aime qu'il soit "immédiat", "facile" même lorsqu'on n'a pas grandi dans une famille d'artistes, qu'il m'en mette plein la gueule ou qu'il illumine ma journée; l'art, je déteste quand il est alambiqué, quand il est élitiste ou snob.

Réflexion faite, cette exposition, c'était quand même de l'art si j'en crois ma propre "définition" : l'ennui est aussi une émotion, non ?

Et pour vous, l'art, c'est quoi ?

16 commentaires
1)
Inconnu
, le 24.10.2011 à 07:25
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Je te rejoins sur Munch et Frida; Et aussi sur les 2 humoristes (je suis bon public).

Tu parles de “facile”, en fait tu veux dire “accessible”, non? Parce que je déteste la facilité dans l’art. J’ai toujours en tête le sketch des Inconnus sur les peintres, ces arrogants subventionnés qui vendent des merdes à prix d’or :)

C’est quoi l’art? Ce n’est ni de la nourriture, ni de l’eau, ni de l’air, mais cela nous nourrit quand même.

2)
Marcol
, le 24.10.2011 à 08:13
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maintenant que les artistes sont diplômés, j’aurais bien du mal à définir l’art autrement que comme une filière industrielle.

3)
Zallag
, le 24.10.2011 à 08:29
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J’aime voir dans de nombreux cas — avis personnel — un objet d’art comme une réalisation qui est souvent issue d’une forme d’artisanat sublimée. J’admire énormément des vases grecs, objets utilitaires pour la conservation du vin ou de l’huile, ou des ustensiles du quotidien des anciennes civilisations amérindiennes : je ne dissocie parfois pas la notion d’art de celle d’artisanat.

Les peintures rupestres sont une forme d’art, mais les chasseurs qui les réalisaient ne le faisaient peut-être pas pour faire de l’art. Ils étaient des chasseurs, pas des artistes de profession. Ètre artiste, c’est un don, il peut se travailler, grandir, évoluer, mais ça ne peut pas être une profession. Il y a des gens qui le prétendent, pourtant, et s’attribuent eux-mêmes cette qualité.

Un second critère personnel autant que le premier, c’est l’impossibilité que j’aurais à faire aussi bien. Mais si je peux faire aussi bien, j’estime avoir affaire à un rigolo qui exploite la sottise, le snobisme et la vanité de ses semblables. Je me souviens d’une caisse peu clairement étiquetée qui était parvenue au Palais de Rumine, à Lausanne. En même temps, des oeuvres étaient arrivées directement au musée des arts, dans le même bâtiment de Rumine, en vue d’une exposition d’arts plastiques. On s’était aperçu que le contenu de la caisse, des fils rouillés, du treillis de vielles barrières, constituait en fait le clou de l’exposition, mais les ouvriers avaient tout mis de côté en croyant que c’était des déchets de chantier qu’on avait laissé traîner dans les sous-sols à la suite de la rénovation des locaux, trois mois avant.

Enfin, j’ai toujours admiré la réponse nette et claire d’un célèbre expert en tableaux et objets d’art, et de surcroît commissaire-priseur chez Christie’s, à qui l’on demandait sa définition personnelle d’une oeuvre d’art. Il avait eu cette réponse superbe et définitive : “Un objet devient un objet d’art dès que quelqu’un est prêt à payer une fortune pour l’acquérir”… Cynique, mais lucide.

Mais je dirais la même chose que Madame Poppins, c’est la réponse la plus sincère de toutes. Quand il y a de l’émotion, il y a de l’art. Mais on devrait pouvoir formuler cette réponse pour mieux la préciser, c’est difficile.

4)
Philob
, le 24.10.2011 à 09:32
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Mais, l’art c’est ce qui est inutile, ce qui est en dehors des besoins primordiaux, non ? C’est peut-être pour cela que l’art est indispensable.

À Bienne, la ville de mon enfance, il y avait (je ne sais plus à quel rythme) une grande exposition d’oeuvres d’art dans la ville même, nous ne pouvions y échapper, et c’était bien. J’aimais me confronter à ces “choses” qui m’étaient complètement incompréhensibles, mais, les fréquentant tous les jours pendant un mois, devenaient familières et après l’étonnement, venait parfois l’émotion.

Petite anecdote, une “oeuvre d’art” constituée entre autres, de vieux téléviseurs et d’ustensiles de cuisine, empilés les uns sur les autres, fut ramassée par erreur par les employés de la voirie, pour eux c’était des déchets; on en a ri longtemps. Pour moi l’art, c’est exactement ça, je ne conçois l’art qu’avec un public et c’est lui le seul juge, dans mon exemple, ce ne sont pas les éboueurs qui n’avaient rien compris, c’est que l’oeuvre n’était pas en elle-même aboutie artistiquement.

Bien sûr, un artiste peut ne pas être reconnu de suite et devenir célèbre après sa mort, bien sûr que l’amoncellement d’objets cité précédemment, s’il avait été exposé devant Beaubourg, n’aurait jamais été pris pour un tas d’ordures.

Ça ne change rien, que le vrai verdict, c’est le public, mais on le sait depuis longtemps, un public est influençable et peut même se laisser manipuler.

Par contre, je ne rentre jamais dans une discussion sur la valeur financière de l’art, ça, c’est un débat totalement différent de la valeur artistique d’une oeuvre et ça ne m’intéresse pas du tout.

Mme Poppins, vous avez l’art de poser de bonnes questions.

5)
ysengrain
, le 24.10.2011 à 09:38
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Un objet devient un objet d’art dès que quelqu’un est prêt à payer une fortune pour l’acquérir

À cette conception, on peut opposer un écrit de François Couperin: J’avouerais de bonne foi que j’aime mieux ce qui me touche que ce qui m’émeut.

7)
coacoa
, le 24.10.2011 à 09:43
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Le philosophe Adorno a écrit “Toutes les œuvres d’art, et l’art en général sont des énigmes.” Voilà qui pose assez bien le problème, surtout venant de la part d’un homme qui a consacré une grande partie de sa vie à réfléchir à a question.

Bien que cela soit difficilement explicable à un petit garçon de neuf ans, on peut considérer – ce n’est pas une définition pour autant – que l’art, aux côtés de la science et de la philosophie, est ni plus ni moins qu’un des trois champs d’exploration de la pensée humaine.

Les artistes offrent un miroir déformé ou déformant du monde qui nous invite à le percevoir – et à le penser – autrement.

A mes yeux, l’art perd beaucoup d’intérêt s’il a besoin d’un filtre, d’une explication, de commentaires particuliers qui, s’ils font défaut, rendent l’oeuvre inatteignable.

Même avec la meilleure volonté du monde, on n’apprend pas le chinois en un jour. On peut apprendre quelques rudiments d’abord pour dire “bonjour” et se débrouiller dans la rue, mais on peut passer une vie pour tenter de saisir toutes les nuances de la langue. Alors oui, il faut parfois une explication pour accéder à une prose, un commentaire pour saisir un trait, un filtre pour appréhender une musique. Et pourquoi en serait-il autrement ? Au nom de quelle ordonnance céleste devrait-on pouvoir saisir d’un coup d’oeil la complexité d’une oeuvre qu’un artiste aura mis une vie à accomplir ? N’est-ce pas “snob” que de penser ainsi ?

Il ne vient à personne l’idée de reprocher à un scientifique de se spécialiser et de mener des recherches pointues. Parce que même sans rien y connaître, on admet une certaine utilité aux sciences. Bien que l’Histoire prouve que nombre d’oeuvres d’art ont anticipé de nouveaux savoirs, on peine à reconnaître à l’art son utilité (pour rappel, il n’en a pas toujours été comme ça).

Et ce n’est guère étonnant : dans un monde où tout doit être simplifié jusqu’à l’insupportable, où le devenir-marchandise de tout et n’importe quoi n’est plus contesté que par quelques irréductibles, l’immatérialité d’une pensée possiblement “complexe” fait peu le poids face au rouleau-compresseur dogmatique du “tout facile – tout consommable”.

C’est porter bien peu de considération aux gens qui font métier d’art que de les soupçonner d’élitisme (c’est par ailleurs, peu ou proue, le langage d’un certain parti démocratique du centre), et c’est faire un bien mauvais procès aux artistes qui travaillent à repousser les frontières du territoire de la pensée que de leur reprocher de ne pas jouer le jeu du tout-pré-mâché et de nous proposer des énigmes, nous invitant sans cesse à repenser nos manières de voir.

J’ai eu l’impression, par moments, que cet art-là était réservé à une espèce de clan, de groupe, hermétique, qui aurait pris un air navré si j’avais pu exprimer mon incompréhension devant les travaux exposés.

J’ai souvent entendu ces propos, mais ils sont rarement autre chose que ce qu’ils sont : une impression. Basée sur un cliché. Et qui en colporte. Evoluant dans un monde d’artistes, je n’ai rencontré qu’en de très rares occasions des groupes hermétiques se gaussant de l’incompréhension des spectateurs. Cela existe, certes, comme il existe des homosexuels extravertis se baladant avec des plumes dans le derrière mais pourquoi diable faut-il toujours qu’on fasse du cliché une généralité ? J’ai rencontré – souvent – des artistes heureux qu’on les aborde au sujet de leur travail, et qui ne demandent pas mieux que d’échanger.

Je m’emporte. Mais je vous remercie aussi, Madame Poppins. Parce qu’après avoir livré votre impression, vous ouvrez le débat. Et c’est très exactement ce qu’il faudrait faire – et largement – pour tenter de sortir des idées préconçues, terrorisantes (et il y en a déjà quelques-unes dans les commentaires ci-dessus) qui obstruent bien davantage notre rapport aux oeuvres que les langages singuliers des artistes.

8)
flup
, le 24.10.2011 à 10:45
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Je pense que plusieurs idées se superposent :

– le contexte: une chose sera ou non une œuvre d’art selon le processus qui aura donné naissance. Et selon qu’on aura ou non accès au processus (c’est-à-dire à une petite explication), la vision qu’on en aura sera différente. Songez à votre attachement au Mac et à son histoire, ça fonctionne de manière similaire.

– personne n’est obligé d’aimer, mais il est intéressant de séparer “j’aime” et “ça m’intéresse”. Former les goûts de quelqu’un (un enfant, des élèves petits ou grands, etc), c’est aussi lui montrer des choses qu’ils n’aime pas ou qui l’indiffère (autant j’aime certaines musiques contemporaines, autant d’autres ont uneffet “quasi laxatif”). Un jour, peut-être, ce déjà-vu entrera en résonance avec une expérience nouvelle.

– il y a évidemment des “clans” (comme il y en a dans la société en général); on pourrait rappeler ces dires d’un compositeur français qui considérait que ceux qui ne ressentaient pas son esthétique étaient inutiles (ce qui tient d’un raisonnement qu’on qualifierait de fasciste dans un contexte philosophique ou religieux, par exemple).

– ce qu’on appelle parfois le “modèle romantique” (chaque artiste est libre de constituer une esthétique propre, et ne s’en prive pas) s’applique évidemment au récepteur; et c’est là que la curiosité (et l’éducation à la curiosité) est importante.

– certaines disciplines artistiques sont plus difficiles à cerner que d’autres: dans le cas des oreilles de lapin sur un statue de l’île de Pâques, on peut encore faire un lien (le lièvre de Pâques qui remplace les cloches dans de nombreux pays, et pourquoi pas le lièvre de mars dans Alice). Une fois qu’on ajoute l’abstraction et le déroulement dans le temps (en musique par exemple), c’est beaucoup plus difficile et le pouvoir discriminant de l’oreille humaine perd pied.

– nous n’avons pas toujours la possibilité d’accéder aux informations qu’un artiste pourrait nous prodiguer, nous donnant quelques clés pour la compréhension de son travail. Et c’est frustrant :(

9)
Blues
, le 24.10.2011 à 11:55
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La peinture et autres arts picturaux = des goût et des couleurs > pour moi, on est touché ou non (émotions et autres…) c’est assez personnel. On peut aussi apprécier sans forcément aimer, ou même détester sans avoir à trancher. De là à essayer de l’expliquer, ce n’est pas évident ! Par ex. la musique ne me produit pas le même effet ou ne me touche pas aux mêmes endroits.

10)
Michel Gaboly
, le 24.10.2011 à 20:20
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En ce qui me concerne, je me sens bien plus proche de la position de Mme Poppins et de ses « clichés » que de l’analyse de coacoa.

Selon moi, je parlerais naturellement d’art à propos d’un objet ou d’une musique , si mon réflexe est de réagir en me disant que c’est magnifique.

Devant une œuvre que ne n’apprécie pas ou modérément, si une proportion significative des gens (disons le quart ou le tiers) qui y ont confrontés semble trouver cela très beau, je reconnaîtrais également que c’est de l’art.

Par exemple, je n’apprécie pas du tout les impressionnistes, car — peut-être parce que je suis myope, et perçois mieux les détails que la plupart des gens — si quelque chose me plaît, je veux pouvoir le regarder à 10 cm, pour mieux l’apprécier. Cette approche est évidemment incompatible avec l’impressionnisme. Je préfère infiniment Brueghel l’Ancien, mais j’admets que Monet ou Van Gogh sont aussi des artistes.

Pour poursuivre dans les « clichés », l’art qui aurait besoin d’une profonde culture spécialisée pour être appréciée, me fait irrésistiblement songer à l’histoire du roi nu.

La Fontaine de Duchamp) me paraît en être une excellente illustration. Un autre exemple, qui remonte aux années 80, ce sont les colonnes de Buren. Je rappelle, mais est-ce bien nécessaire, qu’il s’agit de petites colonnes en noir et blanc, qui ont été érigées à l’entrée des jardins du Palais-Royal à Paris. Elles sont toutes identiques, à la hauteur près, et auraient pu être fabriquées de manière industrielle (c’est peut-être le cas, mais je n’ai aucune envie de consacrer ne serait-ce qu’un instant à le vérifier).

Pour moi, les colonnes de Buren resteront à jamais une horrible verrue qui défigure un lieu magnifique. Ceci, ou un tableau monochrome, sans la moindre nuance dans la couleur choisie, je ne vois pas comment on pourrait appeler cela de l’art. Ce sont au mieux des délires personnels.

Par ailleurs, je suis assez d’accord avec Zallag à propos des vases grecs et des peintures rupestres (« artisan » et « artiste » partagent la meilleure racine) , à un élément près :

Les peintures rupestres sont une forme d’art, mais les chasseurs qui les réalisaient ne le faisaient peut-être pas pour faire de l’art. Ils étaient des chasseurs, pas des artistes de profession.

Ce n’est pas probablement aussi simple : tous n’étaient pas forcément chasseurs ; il pouvait y avoir des artistes travaillant au service d’un chaman, ou qui l’étaient eux-mêmes. Voir la très belle série des Enfants de la Terre.)

Par contre, contrairement à coacoa, je ne place absolument pas l’art au niveau des sciences.

Fondamentalement, pour moi c’est un loisir. Certains, particulièrement doués, ou parce qu’ils ont eu de la chance à un moment de leur vie, parviennent à en vivre, de la même façon qu’il y a des gens qui font du théâtre amateur, et des gens qui sont des professionnels.

La particularité de l’art est de parfois déclencher des émotions fortes chez les tiers, mais cela ne suffit pas à en faire quelque chose de vital.

La science au contraire, est à la base de toutes les techniques relativement complexes. Sans elle, il n’y aurait ni appareil photo, ni automobile, ni avion, ni vaccination, ni antibiotique, ni même radio, télévision ou chaîne Hi-Fi, ni bien sûr ordinateur et iPhone, et on pourrait aisément allonger la liste de beaucoup. Sans science, nous serions encore des chasseurs-cueilleurs. La Terre s’en porterait probablement mieux, mais ceci est un autre débat !

Enfin, pourquoi limiter l’art à une production humaine ? Certaines fleurs de montagne, orchidées ou insectes peuvent, avoir une livrée splendide, et les rencontrer dans leur biotopedéclencher chez moi une émotion bien + intense que ne pourrait le faire un tableau ou une musique !

11)
archeos
, le 24.10.2011 à 20:30
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Alors oui, il faut parfois une explication pour accéder à une prose, un commentaire pour saisir un trait, un filtre pour appréhender une musique. Et pourquoi en serait-il autrement ? Au nom de quelle ordonnance céleste devrait-on pouvoir saisir d’un coup d’oeil la complexité d’une oeuvre qu’un artiste aura mis une vie à accomplir ? N’est-ce pas “snob” que de penser ainsi ?

+1

L’art est réellement l’expression d’une idée, c‘est pourquoi je ne vibre jamais autant à une musique qu’à celle d’un artiste dont je connais intimement la biographie, le pourquoi de telle ou telle chanson, les raisons d’un texte qui autrement m’aurait paru plat.

De la part d’un irréductible.

12)
Soheil
, le 25.10.2011 à 01:01
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Je serais tenté de reproduire ici les trois points de ma réponse à une question similaire que vous posiez — déjà —, Madame Poppins, le 18 mai 2009 (réponse n° 47). Puisqu’on peut toujours les lire, je ne me copierai pas (mais je me répéterai quand même):

L’art n’existe pas dans la nature. La beauté naturelle se constate partout autour de nous, mais ce n’est pas de l’art et l’appréciation que nous portons sur elle relève de l’esthétique et non de l’art à proprement parler. L’art n’existe pas: ce qui existe ce sont des objets exécutés selon certaines techniques, qui révèlent le plus souvent un certain savoir-faire (où l’on reconnaît le sens premier du mot “art”). Devant de tels objets nous disons sans hésiter “ceci est une peinture” s’il s’agit d’une peinture ou “ceci est une sculpture” si c’est une sculpture, ou encore “ceci est une pipe” si l’objet est une pipe. Mais si quelqu’un, devant une peinture ou une sculpture nous dit “ceci est une œuvre d’art”, il y aura toujours quelqu’un pour dire que ce n’est pas de l’art, que son fils en fait autant, qu’il réserve ce mot pour désigner des œuvres qui l’émeuvent, que celle-ci ne l’émeut pas, etc. D’où il ressort que le mot “art” désigne en réalité une appréciation personnelle et ne devrait être utilisé que sous forme d’adjectif, comme quand on dit “je trouve que c’est laid” ou “je trouve que c’est beau”, ou “cela me touche, m’émeut, me transporte,…”. Transformer cette opinion en objet concret, comme nous faisons tous, est un raccourci audacieux dont nous ne percevons pas l’audace parce que la langue nous y autorise, et même nous y encourage. En voyant un substantif, nous croyons à la substance.

L’art est éminemment subjectif. En même temps, les sociétés humaines font toutes le pari que ce qui est subjectif demeure communicable. Non pas transmissible, puisque les perceptions des sens ne le sont pas, mais communicable: lorsque nous disons que le ciel est bleu, nous agissons comme s’il était évident que le mot “bleu” évoquait les mêmes sensations pour tout le monde. Or nous n’avons aucune preuve qu’il en soit vraiment ainsi et que les autres voient les couleurs comme nous les voyons. C’est, en quelque sorte, un acte de foi. Nous croyons, sans preuve, que nous éprouvons les mêmes sensations devant les mêmes spectacles et que les sentiments que ces sensations éveillent en nous, s’ils ne sont pas identiques, sont néanmoins semblables ou du moins comparables. Nous sommes naturellement bon public.

L’artiste sur son piédestal, demi-dieu intouchable ou grand prêtre d’une cérémonie à laquelle nous ne comprenons pas grand-chose, cette image a fait beaucoup de tort à l’art (je veux dire: aux opinions que nous avons sur les choses). L’artiste n’est évidemment pas seul juge de ce qu’est une œuvre d’art, il ne détient pas un pouvoir suprême qui lui permettrait d’anoblir un objet parce que tel est son bon plaisir. Son pouvoir est à la fois plus modeste et plus grand: c’est celui de prendre une matière ordinaire et de créer, par son travail, les conditions qui permettront à “quelque chose” de se produire. Quelque chose qui fait que des objets inertes s’animent soudain d’une vie particulière dans la subjectivité du spectateur. S’il y a un mystère de l’art, il est tout entier dans ce pouvoir qu’il a de métamorphoser une matière sans vie en un être doué de présence.

13)
Pierre.G.
, le 25.10.2011 à 01:34
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Jolies réponses, personnellement lorsque nous nous sommes lancés dans ce commerce, mon épouse(qui ne l’était pas encore) et moi, il y a maintenant quelques lustres, avons choisiun “logo” qui résumait notre vue de la chose, nous l’avons conservé depuis sans en changer une virgule, je vous le donne donc tel quel, c’est notre conception de “l’art”.

Objets de plaisir et de hasard

C’est donc absolument personnel, celui qui veut apprendre à autrui ce qu’est l’art est un utopiste dit poliment, chacun va trouver ce qu’il aimera selon ses critères, certaines personnes ont un goût désastreux selon vous, mais ce qu’elles ont accroché au mur est de l’art pour elles-mêmes et vice-versa.

Un coquillage est une oeuvre d’art comme une céramique de Chappallaz, un rouge-gorge ou une tabatière niellée, mais c’est mon point de vue privé et intime, je vais donc répondre, Madame Poppins, que l’art, c’est ce que l’on aime et trouve beau.

14)
FT'e
, le 25.10.2011 à 13:31
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L’art c’est facile. Beaucoup de gens voudraient nous faire croire que l’art n’est pas facile, mais si, l’art est facile.

L’art est le produit de la créativité.

On peut enrober la chose dans de multiples couches d’histoire, de culture, de sophistication, d’hermétisme parfois. On peut voir l’art lorsqu’on en a envie, tout comme on peut nier qu’il existe ici ou là. On peut avoir un discours très élaboré, ou très simple, pour définir l’art. J’ai choisi la voie la plus simple, non pas du fait de mes capacités limitées en la matière, mais parce que cette voie est la plus ouverte et celle qui laisse le plus de place à l’enchantement et à la découverte.

Je vois l’art dans la musique, dans la photographie… et je vois aussi, parfois, l’art dans des codes source résolvant des problèmes de façon vraiment créative.

L’art est partout, partout où l’humain a inventé ou créé un truc. L’art n’est pas qu’humain d’ailleurs, mais passons.

Vala. Facile cette question. :)

15)
zit
, le 25.10.2011 à 22:05
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Vaste question !

Et effectivement sans réponse.

Déjà, l’Ârt doit–il être beau ?

Et qu’est–ce que le beau (ce mot là, d’ailleurs, je le trouve assez laid) ?

Pour ma part, qu’il s’agisse de Guernica, cité en exemple par Okazou (tu nous manques !) dans le commentaire à l’article cité par Solheil ou le cri mentionné aujourd’hui par Mââââââme P., j’ai du mal à trouver ça beau, je comprends que l’on puisse éprouver une émotion en les regardant, mais je n’ai jamais entendu dire que c’était beau…

C’est comme les voitures, j’imagine que leurs concepteurs les trouvent belles, et ceux qui les achètent aussi (enfin, j’espère pour eux, vu le prix), et bien moi, je trouve ça moche (en plus que ça pue !). D’ailleurs, je ne trouve pas nécessairement un vélo beau, à part, peut–être celui–là :

Pour ce qui est de la critique, je ne dit jamais :« C’est à chier ! » ou « C’est de la merde ! », mais plutôt un timide « Je n’aime pas », jugement complètement subjectif mais qui n’a rien de définitif, qui n’engage que moi, et ne se réfère pas à un canon universel.

Et puis beau, beau ou laid, c’est une question de point de vue, complètement arbitraire, totalement non objective.

J’avoue avoir beaucoup de mal à apprécier de nombreuses œuvres d’Ârt, la question primordiale est pour moi : « Accrocherais–je ça au mur chez moi ? ».

Concernant ma pratique artistique (?), j’avoue me contenter d’essayer de faire quelque chose de joli (insulte absolue pour certains, le : « C’est joli… »), rien de plus. Je suis dans une démarche de recherche artisanale, dans laquelle la technique, le savoir–faire, le faire, priment absolument sur le sens. Ce que je fait n’a aucun sens, juste, je m’occupe, je m’amuse, par contre, je ne souffre pas.

Peut–être est–ce ça, d’ailleurs qui me différencie d’un véritable artiste. 

Encore une question : la souffrance est–elle indispensable à la création ???

Dans une des réponses à l’article sus–mentionné, Alec6 (ah, bin tu nous manques aussi !) disait :

« Le professionnel gagne du pognon avec son art et paye les charges qui incombent à tout revenu, l’amateur, dépense du fric pour pratiquer son art. C’est tout ! »

et bien je me sent vraiment amateur dans l’affaire, paske j’en claque un paquet, du pognon, juste pour essayer de faire des trucs jolis…

z (mais keske je m’amuse, par contre ! je répêêêêêêêêêête : je vous ferais voir, un jour, quand j’aurais fini un truc…)

PS : artisan, ouais, ça me plait bien, artisan…

16)
nathalie
, le 05.11.2011 à 22:07
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Je suis allée voir l’expo “Incongru” aux Musée des Beaux-Arts de Lausanne, c’est de là que Madame Poppins part dans sa réflexion. Ça tombait bien, on voulait aller voir une autre expo sur les Play Mobils au Mudac mais il y avait une queue monstre, alors on s’est dit, tant qu’à faire, allons voir cette expo nulle. Nulle?

Eh ben pas du tout. Je ne m’attendais à rien et j’ai été subjuguée. J’ai adoré. Je ne me suis pas ennuyée une minute, j’ai trouvé Daumier super, Tinguely chouette, le crâne à tête de clown hilarant, les statues de l’île de Pâque transformées en lapin hyper drôles, les photos de Nan Goldin somptueuses, l’accrochage subtil et excellent: par exemple ce portrait de Leni Riefenstahl par Helwein qui semble être le double d’une bourgeoise vaudoise qui lui fait face (un joli clin d’oeil).

La vidéo montrant George Bush en train de se préparer à parler de la guerre en Irak, (et que je grimace, et que je laisse la petite dame enlever les pellicules sur mon costard et m’épousseter, et que je piaffe d’annoncer au peuple américain qu’on entre en guerre), de cela, je m’en souviendrai longtemps!

L’expo était bien visitée, il y avait une bonne ambiance. Le personnel était aimable et nous donnait des pistes. Mes deux filles et une de leur copines ont adoré faire la visite avec un I-Pod, j’ai aussi profité des explications prévues pour les enfants, mais beaucoup d’adultes ont manifesté leur envie de s’y mettre également!

Bref, pour moi, la question de l’art ne m’a pas effleurée. De même que je ne me demande pas si j’ai affaire à une oeuvre d’art quand je me trouve devant un George Grosch ou un Warhol…

A quand la gratuité totale des musées dans le canton de Vaud?