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Mercredi 11 août 2010
Modane à la pêche...

Bon... Je ne vais pas retourner le couteau dans votre plaie en vous parlant de mes préoccupations actuelles, alors j'abrège : calme, nature, zen. Respirer, cuisiner, lire...

Dur

C'est fou l'effort qu'il faut faire pour ne plus penser à autre chose qu'à ce qu'on est en train de faire. Surtout quand on ne fait pas grand-chose, et c'est un euphémisme. L’essentiel, dans cet effort, est de trouver un environnement favorisant la chose.

J'ai d'abord essayé en Bretagne, en retournant chez mon amie Gwenola, qui m'a chaudement remercié d'avoir ramené la pluie qui lui manquait si fort depuis mon départ, l'année dernière. À l'en croire, elle était presque fâchée d'avoir dû supporter tout ce soleil, cette quasi-sécheresse, tout ce beau temps si inhabituel, et il lui tardait que je revienne pour retrouver un peu sa breizheuse météo. Il était donc temps que j'arrive.

Non... Je plaisante! Nous avons eu un temps magnifique, et en l'absence de Madame Modane, qui est à la nature ce que le poil à gratter est à la méditation zen, nous avons pu, Petit Modane et moi, tester les journées de pêche, grimpés sur les rochers ou les pieds dans la vase, droits dans le vent et sous le soleil.

La pêche, c'est un drôle de truc... Les idées reçues veulent qu'on y attrape des poissons. Et des paires de cornes. Pour les cornes, la Bretagne a ceci de pratique que le vent vous les arrache vite. Et que beaucoup de jolies bretonnes semblent avoir un marin de retard.

En ce qui concerne le poisson, je peux vous assurer que c'est très exagéré. Du poisson, il y en a. Certainement. On en voit sur les marchés, aux étals de poissonniers et aux menus des restaurants. On en voit aussi les alevins dans les flaques. Mais au bout des lignes, moins. Ou peu. Voire pas. Bref, à Petit Modane  qui a « réussi à choper une petite vieille », je rappelle qu'il faut souligner la majuscule de Vieille, faute de quoi on passe de pêcheur débutant à vilain délinquant...

 

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une Vieille...

Quant à moi, je resterai le seul pêcheur de crabe à la ligne à lancer, avec un score d'une étrille et un tourteau. Un habitué qui me regardait pêcher m'a dit que mon matériel était fort bon, et que « ce devait être ma canne qui était mal emmanchée ». Ce dont je suis bien obligé de convenir, même en étant, après réflexion, le seul manche envisageable dans cette expression...

Mais j'ai tout compris!...

Si j'ai bien compris, la pêche consiste à jeter des trucs dans l'eau, qui ensuite flottent, ou pas. Savoir les reconnaître est un premier objectif dans l'apprentissage de ce sport immensément et injustement sous-estimé.

En ce qui concerne ceux qui flottent, il faut leur rajouter du plomb afin qu'ils flottent moins. C'est primordial, car si on oublie de lester, ils ne s'accrochent plus aux rochers et on perd alors l'occasion si peu courante, et si intéressante, de les dégager en agitant frénétiquement la canne dans tous les sens, ce qui semble attirer la considération perplexe des autochtones. Après quelques minutes d'efforts, on réussit alors à casser le fil, ce qui nous donne une chance de refaire des noeuds dans la ligne qu'on remonte afin de la recasser très vite avec un autre flotteur.

Cette méthode de pêche est réservée aux méticuleux désireux de se gâter les nerfs. On peut corser le sport en oubliant ses lunettes, le montage des lignes devenant alors un jeu de hasard, ou en les faisant tomber du rocher où l'on pêche, ce qui oblige à rester jusqu'à marée basse pour fouiller les algues, occasion inespérée alors d'une chasse au trésor en famille, ce qui détend l'atmosphère. Je n'ai malheureusement pas expérimenté cette version familiale, faute de Madame Modane, qui est par ailleurs à la pêche ce que la sono d'AC-DC est à l'élevage des papillons. Je me réserve bien sûr pour l'année prochaine.

En ce qui concerne ceux, des trucs à lancer dans l'eau, qui ne flottent pas, cela s'appelle des leurres. Un leurre est un bout de plastique biscornu représentant un bout de plastique biscornu. Il en existe de toutes formes et de toutes couleurs, et ces appâts artificiels semblent remarquablement efficaces, surtout suspendus aux rayons de votre boutique de pêche où ils chatoient de mille couleurs.

À ce propos, je dois souligner l'extrême bonne humeur qui a animé mon négociant de matériel spécialisé tout au long de mon séjour. J'ai vu son sourire s'élargir de visite en visite, jusqu'à la dernière, où il semblait carrément suffoquer de bonheur, lui et ses amis qu'il avait invités, et qui m'ont raccompagné jusqu'à ma voiture en me félicitant comme quoi un pêcheur comme moi, ils n'en avaient quand même que rarement vu.

Plébiscité ainsi que je suis, je vais donc persévérer. Quand on a du talent, et un public...

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Un exemple de lieu de pêche, mais pas au milieu. On peut aller un peu à gauche... On peut aussi aller à droite...

Mais revenons à la technique.

Le "Leurre", donc, ressemble comme deux gouttes d'eau à un petit poisson. Cette ressemblance quasi-absolue permet, je pense,  de n'attraper que les poissons carnassiers malvoyants. C'est donc un système de pêche écologique. D'autant qu'il est absolument inefficace, ce dont j'aurais pu me douter, n'ayant jamais vu un poisson avec des lunettes.

Le Leurre est pourvu d'un hameçon géant et acéré permettant de le retrouver à coup sûr dans la boîte à pêche encombrée de chiffons par simple tâtonnement. L'extraire ensuite du doigt est un jeu d'enfant à qui sait un peu manier l'Opinel.

Il se fixe par un noeud de demi-baril, très difficile à faire, et qui a l'étrange particularité d'être soluble dans l'eau et de larguer le leurre au premier jeter. Ce qui présente l'avantage de ne jamais lancer deux fois le même leurre. À l'analyse, je pense que sinon le poisson s'habituerait, et les résultats s'en ressentiraient! Un désavantage, tout de même : une fois un peu initié à cette technique de pêche, on s'aperçoit qu'il est nécessaire de les acheter en gros et que la malle nécessaire à les ranger est un peu délicate à manier sur les rochers. Surtout la marée haute revenue, au niveau du gué.

Méthodologie...

Le leurre se lance à l'aide d'une canne à lancer. Pour en expliquer le maniement, on doit commencer par tenir le fil avec l'index contre la canne. On doit ensuite précautionneusement libérer le frein du moulinet. Là, on fait une « Perruque ». « Faire une Perruque » consiste à emmêler en une fraction de seconde trente mètres de fil en une boule de noeuds vicieux et rétifs coincée dans votre moulinet. Pour ceux qui s'y connaissent, je dois, sans forfanterie aucune, annoncer que peu de gens arrivent à m'y battre, à la perruque. Je suis un maître. Mes perruques sont denses et indomptables.

La perruque faite, donc, on coupe le fil avant et après, et on fait un noeud de baril pour rabouter. Entier, le baril, cette fois. Une sorte de double demi-baril, doublement soluble, donc. On recoince le fil avec l'index, on libère le machin qui cliquette, on prend son élan vers l'arrière, et on jette le leurre de toutes ses forces vers le large, ainsi que toute chose qu'on aurait laissé traîner derrière soi et accroché fortuitement mais avec enthousiasme, femme, enfants, veau, vaches, cochons, clés de voiture. Ce qui me permet, en digressant, et je m'en excuse, de remercier Monsieur Yann - Erwan Nédélec, garagiste à Plonévez du Traou, pour l' efficacité et le professionnalisme dont il a fait preuve à cette occasion, et surtout à cette heure tardive.

À ce moment du lancer, soit on a fait un bon noeud de baril, il se dissout et on ramène rapidement le fil pour fixer un nouveau leurre à jeter, et tout va bien, soit on l'a un peu raté, on n'est pas toujours au top, et on ramène difficilement une chose visqueuse, bariolée qui parfois essaie de vous mordre en gigotant sur le granit.

Évidemment, ce n'est qu'un incident très rare. En ce qui me concerne, on me l'a juste raconté, et je pencherais volontiers pour une légende locale. Mais heureusement, à ce qu'on m'a dit, il suffit de remettre ce truc à l'eau pour que la pêche, occasion de retour vers notre mère nature, puisse reprendre, dans une grande communion avec les éléments.

La possibilité de cet incident m'inquiétait toutefois un peu. Mais on m'a clairement rassuré. On m'a de nombreuses fois répété que ça ne risque pas de m'arriver... Jamais. En aucun cas. Ils me l'ont juré! Avec le grand sourire goguenard des gens à qui c'est un jour arrivé!

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