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Mercredi 10 février 2010
Racontars et billevesées...

Culture...

Vous me connaissez. Je ne suis pas du genre à tirer sur une ambulance. Ou alors juste un peu. Pour rire. Parce qu'elle ne m'est pas sympathique. Ou qu'elle trouble mon wa, comme disent les japonais. Ou mon recueillement, comme disent les flemmards honteux.

Et il y a de ces ambulances que je ne côtoie pas intimement. Plein. Des ambulances dont je n'entends parler, à la saison des ambulances, que par le fracas médiatique qui les accompagne. Comme Bernard-Henri Lévy. Belle ambulance. Dont l'exaspérante promotion de son chaque dernier bouquin me fait regretter qu'il ne soit pas, effectivement, son ultime.

Je n'aime pas le bonhomme. Son côté suffisant me rappelle le gros Monsieur Balladur. Mais après tout, cet homme n'a que faire, je suppose, de mon appréciation. Ou d'une autre, d'ailleurs. Ainsi sont les hommes forts, dit-on...

Toujours est-il que Bernard-Henri Lévy sort le 10 de ce mois une somme philosophique titrée, non pas 45°, mais "De la guerre en philosophie", où, paraît-il, il règle une bonne fois pour toute leur compte à ces sombres crétins ses prédécesseurs que sont Kant, Marx et consorts, enfin... ses comparses du club de belote du Café des Philosophes, restaurant ouvrier, prix modiques, sept jours sur sept, la maison ne fait pas crédit, dont il envisage le succès avec concupiscence.

La philosophie a souvent été pour moi et mon immense déficience culturelle source de joie. On me parle Spinoza, je comprends bière ibérique et je cours chercher le décapsuleur. Cela situe le niveau.

Vous imaginez bien, alors, quelle joie est la mienne, au son de la première sirène instigatrice d'achat librairique librairicien librairetaire (cherchez tout seul, je ne trouve pas!...). Je ne me tiens alors plus d'espérance. Tant d'idées nouvelles! Tant de culture! Sans compter qu' on va certainement voir Arielle!...

J'ai donc lu le premier entrefilet, la première note du concert, en quelque sorte. C'était dans le Nouvel Obs. Je cite.

"Ce devait être le grand retour philosophique de Bernard-Henri Lévy. Patatras ! L’opération semble compromise par une énorme bourde contenue dans « De la guerre en philosophie », livre à paraître le 10 février"...

Ah ah ah! Je fonce! Et alors?...

A la page 122, il dégaine l’arme fatale. Les recherches sur Kant d’un certain Jean-Baptiste Botul, qui aurait définitivement démontré "au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans sa série de conférences aux néokantiens du Paraguay, que leur héros était un faux abstrait, un pur esprit de pure apparence". Et BHL de poursuivre son implacable diatribe contre l’auteur de « La Critique de la raison pure », "le philosophe sans corps et sans vie par excellence."

Et alors? Et alors?...

Vous n'allez pas le croire! Le certain Jean-Baptiste Botul est... un canular! Vivivi!..."... Le fruit de l’imagination fertile de Frédéric Pagès, agrégé de philo et plume du « Canard enchaîné », où il rédige notamment chaque semaine « Le journal de Carla B."

D'aucuns s'en seraient troublé. Personnellement, je me serais même trouvé un ermitage troglodyte au fin fond d'une province oubliée de Moldavaquie inférieure. Je me serais couvert la tête de cendres. Sombré dans une méditation définitive sous un bloc de granit. Mais je n'aurais jamais eu le courage démentiel, le déni fulgurant de répondre de toute ma hauteur à Libération :

"Chapeau pour ce Kant inventé mais plus vrai que nature et dont le portrait, qu’il soit donc signé Botul, Pagès ou Tartempion, me semble toujours aussi raccord avec mon idée d’un Kant (ou, en la circonstance, d’un Althusser) tourmenté par des démons moins conceptuels qu’il y paraît."

Alors là, je range l'artillerie. Une ambulance pareille, ça ne tire plus, ça se respecte comme une apparition de Bernadette Soubirou! On lève son chapeau! On salue l'artiste! On encense, on révère! On admire en silence, l'émotion dans la larme! On se collectionne le moment dans l'intimité pour le raconter à nos arrière-petits enfants! Ce Bernard-Henri, alors!... On le croyait pédant? Quel joyeux drille!...Sacré déconneur, va!...

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