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Exclusif! À Londres : la scène russe!

Nous y voilà... L’année nouvelle est fraîchement éclose, et déjà perle sur ses pétales diaphanes les prémices d'une aventure artistique nouvelle, où vous allez pouvoir étancher votre inextinguible soif de poésie et de culture.

Mais après les agapes qui vous ont certainement laissé, en bas, sous les côtes, là où ça a gonflé, au foie puisqu’il faut le dire, comme une lourdeur contaminant légèrement vos neurones, nous allons aborder l'aventure culturelle nouvelle doucement, en commençant par un rien, un voile, quelque chose qui se mange sans faim, une mousse légère de mots et de permutations : la contrepèterie.

Ne partez pas!...

Houlà!... Je vous ai vu : vous avez tiqué! Pourtant, en dehors du fait qu'elle s'applique à dire des vacheries à mots couverts, ou des insanités à garder hors d'atteinte des oreilles chastes, l'antistrophe, puisque c'est son nom réel, n'est pas qu'un passe temps de vieillard libidineux. C'est aussi une discipline littéraire, à l'égal de l'oulipo, enseignée par exemple au Collège de Pataphysique, ce qui est une référence, non?... Bien qu'en vous le disant, je doive bien m' avouer in petto préférer le côté sous-entendu graveleux, ce doit être mon côté autodidacte....

Inutile de vous dire, très sérieusement, que ce qui suit est destiné à un public averti, majeur et vacciné...

Vous connaissez le principe : on inverse les sons, et non les syllabes, d'une phrase très bien élevée, et on se retrouve avec une insanité à faire glousser un amoral qui aurait des qualités. Oui oui, c'est commencé, vous pouvez chercher... Ainsi, même si cette vieille terre est ouverte aux militantes reste très correct, je suis pas sûr que la traduction le soit. Vous devrez d’ailleurs la trouver vous même, comme le veut la tradition. En effet, pour qu’une contrepèterie soit bonne, il faut trois personnes : une qui l’énonce, une qui la comprend et une qui ne la comprend pas.

Les contrepèteries : où en trouver?...

Merci aux hommes honorables qui nous ont fait cadeau de permutations immortelles: Il faut rassembler beaucoup de fonds pour former des cliques. Ces parasites nous brouillent l’ écoute!

Les plus connus créèrent l’Album de la Comtesse M. de la F., qui apparut en 1951 dans les colonnes du Canard Enchaîné, qui est rapidement devenu une référence en la matière, proposant une prose si obscure que les services secrets y virent un jour une communication codée avec les agents de l’Antifrance! Le nom même de cette rubrique vient de François Rabelais : « Panurge disoit qu'il n'y avait qu'une antistrophe entre femme folle à la messe et femme molle à la fesse.

On y trouva Louis Perceau (Avez vous lu Perceau?...), auteur de La Redoute des Contrepèteries, Yvan Audouard et Luc Etienne, crédités l’un et l’autre de la création de la célèbre Comtesse (Folle de la Messe, donc!), Joël Martin, auteur d’une définition de la contrepèterie : l’art de décaler les sons que débite notre bouche...

Sous la plume des précités, il y fut écrit qu’ il y a des livres qui demandent beaucoup de peine, et que la Comtesse était passée sous des piliers de mine, et aussi qu’elle prêtait son dû à tous ceux qui banquent.

En 1960, on y lut : Notre Général, quel oeil, et quel organe! qui s'est transformée, de nos jours, en: Amène le porc!

Le Général, on ne cite pas le nom, il n'y en a qu'un, fut une des têtes de turc de la Comtesse. Mais d'autres furent antistrophés à répétition. On se souvient par exemple de ce Claudel, voilà une chose qui me fait bien prier!, certes plus élégante que cette pitrerie poétique : “Fous moi le camp avant que je te brûle, cria Verlaine, qui avait déjà abusé du gros vin de ce ribaud!”

Petit présent...

Ces temps étant propices aux cadeaux, voici vos étrennes... Comme je vous vois intéressés, et impatients d'en découdre, je vous propose de vous attaquer à un texte remarquable que le Canard présenta comme l’oeuvre d’un modeste anonyme, et dont j’ai retrouvé l'original, édité par le Livre de poche et titré : le Général est arrivé à pied par la Chine (c'est une de mes préférées, bien qu'elle soit très connue...)

L'ouvrage présente cette ode comme un aboutissement, que vous voudrez bien prendre comme tel. L'auteur mériterait d'être connu : à chaque vers son antistrophe...

Plaintes d’une femme déçue

L’hommage de leurs vers qu’à l’envi les poètes
À la femme déçue offrent toujours ardent
Flatte certes le but, mais n’apaise la quête :
L’attente a des plaisirs qu’on ne fait qu’un moment.
Aussi, jouet des vents qui l’hiver me rudoient,
Sur des talus où vont, se fanant, mes appas
En un dense réduit où je n'ai point de joie,
Veux je conter ce don que Thyrsis bafoua.
Las! la pâle Thyrsis avait la mine austère :
Le sentant sur le banc près d’elle un peu tarder
L’amante bien des fois lui fit en vain la guerre :
Ferme et froid cependant jamais il ne doutait.
Pour voir se dénouer ce voeu, que de tendresse!
Que, docile à sa voix et promise à son lit,
J’eusse aimé dans ses bras m’adonner à l’ivresse!
Mais le vin que j’offrais jamais ne le conquis.
Ses doigts pouvaient jouer aux fous entre mes tresses,
D’un vent hardi parfois copiant les effets :
Il fallait à mon but d’autres riens, des caresses
Moins lourdes dont mon goût se fût mieux satisfait.
Aux livres confiée une peine farouche
Cède à des plaisirs doux qui lui prêtent un fard;
Mais l’ouvrage choisi quand j’abordai ma couche
Me fit perdre la tête, et je luttai sans art.
Certain jour, face au bois, je me crus bien lésée :
Le vent sifflait, la chasse au loup battait son plein;
La bête bien tapie était près de l’orée :
Ah! Que le son du cor semblait clair et prochain!
Voyant un nid offert, sur la mousse allongée,
Je sentis tout en moi la peine qui fondait,
Quand presque quitte au but il m’a soudain laissée :
Il jouit de mon trouble, et ne fit que passer.
“Achève”, dis-je, “et mets céans la vierge en terre!
Les couleurs de mon don te laissant sans émois
”Accorde au moins ce but, cruel, à ma prière :
De ce fer qui fait mon envie, ah! perce moi!”
Il flétrit mes “ave” d’une parole amère :
“Je priais pour gagner le plus mâle des sots!
D’un don coûteux je sus la cruelle misère :
Aux mythes pour le bien je renonçait tantôt.
Mais que te mine un jour ta peine sur ces rives :
Ton cri restera vain; ta voix clamant tes maux,
Pour ce mal que tu fis à l’amante naïve,
Ne trouveras de mont qu’attendrisse l’écho!

Merci à l'artiste!... Et bon courage à vous! L'aspirine est dans le placard à droite!...

Notez seulement que je ne ramasse pas les copies tout de suite: je vous laisse le choix dans la date...

32 commentaires
1)
fxprod
, le 08.01.2008 à 00:16
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Pour la traduction tu nous offres un repas, j’adore la tourte aux cailles….

2)
Jeansérien
, le 08.01.2008 à 00:47
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Je m’inscris! mais atendez-moi, J’arrive à pied par la chine!

Bruno

3)
GG
, le 08.01.2008 à 00:56
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Ah que c’est joli, de traiter ainsi de l’avidité des concierges, des gîtes que cette pauvre femme habita ou des laborieuses populations du Cap… Sans oublier que l’abeille coule, ou que quand on touche à son petit banc, cet enfant boude, ou même que la fermière sait que sa poule mue… voire que Tacite se promène en babouches !

Mais bon, heureusement, comme le dit la contrepèterie belge : “il fait beau et chaud” :-)

4)
XXé
, le 08.01.2008 à 00:57
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L’aspirine est dans le drakkar à ploite ?
Mais, ça veut rien dire…
Bon je vais me coucher…

Didier, mort de rire… (non, cherchez pas, y a pas de contrepèterie là :-D)

PS1 : usant mais excellent, Modane :-)

PS2 : bon, allez, une petite, voire deux : nous habitions des gîtes infâmes, quai Branly (le Père Noël est une ordure).

5)
lol.973
, le 08.01.2008 à 02:04
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Les populations du Cap qui sont connues pour mettre en valeur les échecs

on peut aussi citer : la philanthropie d’un ouvrier charpentier

Que de culture sur Cuk..

après la pierre d’alun… (j’attends un article sur la MoonCup Madame Poppins (je pense pas qu’il y est de contrepèterie là..)), les récits de voyages, et tant d’articles passionnants, enfin un article sur le contrepet, avec des réponses qui montrent que le genre est répandu et apprécié.

Allez, je sauvegarde le tout pour passer les longues nuits de la saison des pluies qui commence au fin fond de ma jungle a traquer le contrepet. D’ailleurs, en général, ce sont des nuits où les nouilles cuisent au feu de bois

Merci encore pour cet article.

6)
martin
, le 08.01.2008 à 02:35
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En voilà une bien vilaine:

L’Afrique est bonne hôtesse, mais les canicules ne m’ont pas emballé.

7)
loic
, le 08.01.2008 à 03:19
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les nouilles cuisent au feu de bois? et au jus de cane… Et si la fermière sait que sa poule mue, aussi vit-elle au champ. Quant au repas offert, il faut être peu pour bien diner… et éviter les cuvettes pleines de bouillons.

Certaines contre pétries aident à supporter le quotidien, comme: on reconnait les concierges à leur avidité, ou: le clerc de notaire peine à atteindre son but.

8)
gbuma
, le 08.01.2008 à 04:43
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Merci pour ces bons mots.

Je vais glisser dans la piscine.

9)
fxprod
, le 08.01.2008 à 05:14
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je vais glisser dans la piscine.

dit le moine qui réfléchit…

10)
François Cuneo
, le 08.01.2008 à 05:36
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Ça me fait un mal de plot ces trucs…

Je suis tellement nul! Je n’y comprends rien.

Mais bon, ça a l’air rigolo!:-)

12)
Saluki
, le 08.01.2008 à 07:45
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Quand les moines bouddhistes s’immolaient par le feu en protestation contre la guerre du vietnam, l’Album de la Comtesse a sorti:Brûle essence!

Aujourd’hui c’est plus cool, on pense au Ministre de la Justice: Quelle tente Khadafi !

13)
gerbaud
, le 08.01.2008 à 08:12
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Merci Mot d’Ane de débuter la journée par cette gymnastique. – Il n’y a pas de quoi, ma Sœur, pour un si petit don !

15)
coacoa
, le 08.01.2008 à 08:41
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Ben zut.

Moi qui m’attendais à découvrir le nouveau Constantin Sergueïevitch Stanislavski sur la scène du Théâtre Royal de Drury Lane, alors qu’il ne s’agit que des gâteries d’Élisabeth II, la butineuse, l’abeille cool…

Comme le dit le poète : “Je le jure, sur sa motte, ah !, la pelle butte”.

16)
nicos
, le 08.01.2008 à 09:30
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en ces temps tendus, la chine se souleve face aux nippons. et qui n’a jamais revé de se trouver face à un …parachute? En Italie, ou j’habite, les cuisiniers secouent les nouilles.

20)
Menalb
, le 08.01.2008 à 11:12
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J’assistais à l’élection du recteur lorsqu’une masse de perturbateurs envahit la scène. Immédiatement les bancs se vidèrent !

Si il faut être deux pour bien dîner, le menu n’est pas sans importance ! Une escalope sur une belle salade est un met de choix !

Bonne année et bonne santé à toutes les Cukiennes et à tous les Cukiens

21)
superpantoufle
, le 08.01.2008 à 11:26
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J’adore. J’ai effectivement un méchant mal de plot, et ma collègue me fait des gros yeux parce qu’elle me voit tour à tour concentré sur mon écran, l’air très docte, et éclater de rire…

En ces temps de renouveau politique suisse, je me permets d’y aller de ma modeste contribution, bien que ce soit l’une des pires qu’il m’ait été donné de lire:

Le Conseil fédéral

23)
Madame Poppins
, le 08.01.2008 à 12:35
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C’est bien précisé, il faut trois personnes : ne vous battez pas, je suis celle qui ne comprend pas ! Donc, je—> avec mon manteau et mon air digne…

24)
Modane
, le 08.01.2008 à 12:41
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Quel dommage, Madame Poppins! Une personne de votre qualité! D’un autre côté, vaut peut être mieux… Pour la même raison…

26)
benoit
, le 08.01.2008 à 13:03
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la tête me tourne il faut que je parte,

parce que ça en fait un paquet de contrepétries, tout cela, difficile de faire le compte,

Heureusement, aucun homme n’est jamais assez fort pour ce calcul

27)
zit
, le 08.01.2008 à 13:52
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Ah, le contrepet, merci Modane!

Souvent à peu, nous allons dîner; au palais de la Chine, une bonne table. Après l’apéro, bien mus par l’anis, la rouille coule dans la soupe, des nouilles, à qui? La bête aux livres

z (malalatêêêeêête)

29)
Sadique de la forêt
, le 08.01.2008 à 22:00
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Alors là Modane, tu as touché ma corde sensible!

J’adore, même si une bonne partie des contrepétries citées précèdemment sont d’un trop haut niveau pour moi.

Allez, une petite de la campagne: les fermiers carressent le cou de leurs boeufs…

Bon, je vous laisse, j’ai un canard sur le feu