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Voir Anvers et revenir

Ce dimanche 8 janvier, j'ai été pris d'une sorte de lubie.

La veille, il avait neigé, gelé et on avait du marche à marcher sur les trottoirs de Bruxelles tellement ils étaient glissants.

Mais pendant la nuit les températures étaient redevenues positives et le verglas et la neige avaient presque entièrement fondu. Ayant envie d'un peu d'originalité pour ma sortie dominicale, je me suis fixé comme objectif de relier Bruxelles et la bonne ville flamande d'Anvers (Antwerpen) à vélo, ce que je n'avais jamais fait auparavant.

Et donc, vogue la galère ! C'est parti pour un périple de 100 km, sur des routes plates comme la main ou presque (les ponts, ça compte comme côtes ?) dès la sortie de Bruxelles. Le long du boulevard de la Woluwe d'abord, dont j'avais parlé dans un autre article, puis tout bêtement le long de la route nationale 1 (N1) qui relie les deux métropoles les plus importantes de Belgique. Nationale munie de pistes cyclables presque tout du long, heureusement pour la sécurité vis-à-vis du trafic. Si seulement ces pistes étaient dans un meilleur état, ce serait parfait, mais bon, on pourrait dire cela d'une bonne partie du réseau routier belge… et je ne connaissais pas suffisamment cette zone pour me construire un itinéraire alternatif plus convivial qui ne rallonge pas trop le trajet. Pour ne rien arranger, je n'ai pas de GPS.

D'abord passage dans l'agréable commune de Zemst, encore en Brabant (flamand), que j'avais déjà évoquée dans l'article cité plus haut. Et puis entrée dans la province d'Anvers, et plus précisément dans la commune de Malines (Mechelen).

Je n'ai pas pu m'empêcher de faire un petit détour pour profiter de l'ambiance très « cosy » du centre de cette très agréable petite ville, co-siège de l'archidiocèse de Malines-Bruxelles et du primat de Belgique, Jozef De Kesel.

Hôtel de ville et bâtiments avoisinants (ancienne halle aux draps à droite). Cette photo et toutes les suivantes (sauf mention contraire) sont tirées de Wikipedia.

L'attraction touristique à ne surtout pas manquer (d'ailleurs faudrait être sacrément myope pour passer à côté) est la cathédrale Saint-Rombaut (Sint-Romboutskathedraal).

La cathédrale Saint-Rombaut et sa grandiose tour.

Sa tour de style gothique brabançon est une des plus impressionnantes que je connaisse. Si elle ne bat pas de record de hauteur (97 m quand même, en sachant qu'il était prévu qu'elle fasse plus de 160 m selon les plans d'origine…), elle donne une impression de force et de robustesse qui me laisse toujours un peu pantois quand je me trouve à proximité.

Pour ne rien gâcher, toutes les heures ou presque retentit le carillon de cette tour, un des plus imposants du monde, et toute la ville profite de cette musique céleste. L'école de carillonneurs de Malines est, de fait, réputée dans le monde entier.

Quand on pense qu'à quelques kilomètres à l'ouest de Malines, à Willebroek, se trouve le fort militaire de Breendonk qui a servi officiellement de camp de prisonniers à l'occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale, et en réalité de véritable camp de concentration… Le contraste ne peut pas être plus frappant.

La cour intérieure du fort de Breendonk…

Stop ! Pour cette fois, ne nous attardons pas sur ce passé sinistre,  et continuons le périple cycliste. Après Malines, la nationale se poursuit en ligne droite presque parfaite, et les agglomérations se succèdent, de plus en plus denses au fur et à mesure que l'objectif s'approche : les bonnes villes résidentielles de Rumst, Kontich, Mortsel défilent, jusqu'à entrer dans le district de Berchem qui fait déjà partie d'Anvers. Et puis le centre d'Anvers même.

Si vous venez en train visiter la ville, vous arriverez très probablement à la gare d'Anvers-Central (Antwerpen-Centraal), déjà une attraction touristique à elle seule :

Anvers-Central (Antwerpen-Centraal), « cathédrale du chemin de fer ».

Tout juste à côté de la gare, autre attraction touristique, renommée dans tout le pays : le zoo d'Anvers. Dix hectares, pas moins, réservés à  un espace zoologique en plein cœur d'une ville, c'est énorme, je n'en connais l'équivalent nulle part ailleurs.

Entrée du zoo d'Anvers.

 

Mais je ne suis pas venu pour ça cette fois (d'autant que le spectacle d'animaux captifs tournant en rond dans leur enclos n'est pas forcément des plus réjouissants). Plutôt pour revoir la cathédrale Notre-Dame d'Anvers (Onze Lieve Vrouwekathedraal van Antwerpen) et ses deux tours on ne peut plus dissymétriques. La plus haute ne fait pas moins de 120 m de haut (ce qui en fait la plus haute construction de style gothique de tout le Benelux), la plus petite aurait dû atteindre la même hauteur mais les guerres de religion au seizième siècle ont empêché que la construction se termine. Juste à côté, la Grand'Place d'Anvers, que la cathédrale domine de toute sa hauteur.

Sur le parvis de la cathédrale, on peut trouver depuis peu une statue représentant les personnages principaux d'un roman du 19e siècle, A Dog of Flanders, par Maria Louise Ramé (Anglaise comme son nom ne l'indique pas). Ces personnages sont un garçon, Nello, et son chien Patrache, venus mourir selon cette histoire dans la cathédrale anversoise. N'ayant pas lu ce livre, qui n'est d'ailleurs paradoxalement pas très connu en Belgique, je ne peux pas me prononcer sur sa valeur littéraire. Mais il a la particularité d'avoir eu un énorme succès au Japon et en Corée du sud. Et donc arrivent régulièrement à Anvers des groupes de touristes de ces pays, venus visiter l'endroit de la mort de ces héros romanesques !

Nello et Patrache, tels qu'on peut les voir représentés sur le parvis de la Cathédrale (photo tirée d'un article de la Gazet van Antwerpen).

 

Sur la Grand'Place voisine se trouve la statue de Silvius Brabo, illustrant une légende locale. Au temps des Romains, un géant nommé Druoon Antigoon aurait terrorisé la région en exactant un péage à tout ceux qui passait à proximité. Un soldat romain, ce Silvius Brabo, l'aurait vaincu et lui aurait tranché la main en guise de représailles. La statue le représente en train de jeter cette main dans l'Escaut… De là le nom de la ville, selon la belle légende : hand werpen, jeter la main, qui aurait donné Antwerpen… Plus prosaïquement, les spécialistes pensent que ce nom provient d'un mot gallo-romain signifiant « jetée »… fluviale.

Statue de Silvius Brabo devant l'hôtel de ville.

Le fleuve en question, c'est donc l'Escaut. Il passe juste à côté de la Grand'Place, et c'est à lui qu'Anvers, deuxième port commercial européen (après Rotterdam) doit sa prospérité passée et actuelle. Un peu plus loin vers le nord, commencent les constructions portuaires qui s'étendent à perte de vue, jusqu'à la frontière néerlandaise.

Les tours de la cathédrale, la grande et la petite, vues de l'autre côté de l'Escaut.

Les bâtiments bordant la Grand'Place ne sont pas loin de valoir en cachet ceux de son équivalente bruxelloise (bien que je sois toujours partial en faveur de cette dernière) :

Ceci dit, ce ne sont pas ces mirifiques bâtiments qui forment ma destination préférée à Anvers, mais bien le musée Plantin-Moretus :

La cours intérieure de la maison Plantin-Moretus, un havre de paix.

Christophe Plantin était un imprimeur tourangeau venu s'établir à Anvers au milieu du seizième siècle (l'âge d'or de la ville). Il y a fondé sa propre imprimerie, que son gendre, Jan Moretus, a reprise après lui, fondant ainsi une dynastie de typographes qui a duré pas moins de trois siècles. Leur maison et établissement est devenu par la suite ce musée, où sont conservés amoureusement les matériaux, fontes, presses et toute la technique d'imprimerie de l'époque. Un must absolu pour tout amateur de typographie qui se respecte, et un fan de LaTeX tel que l'est votre serviteur ne peut qu'être un inconditionnel de cet endroit !

Mais je ne peux pas la revisiter ce jour-là, mon vélo étant un bagage un peu encombrant pour cela, sans protection efficace contre le vol si je le laissais à l'extérieur du musée. Avec une pointe de regret, j'entame le chemin du retour, toujours par la voie la plus directe et la plus rapide, sinon la plus agréable.

Un peu avant d'arriver à nouveau à Malines, un panneau me signale l'existence d'une autoroute cycliste (fietsostrade) reliant Malines à Anvers, qui m'avait complètement échappée. Une autoroute cycliste, aussi appelé fietssnelweg en Flandre, c'est un concept récent : un itinéraire fléché, tranquille, en général réservé aux cyclistes (mais pas toujours) qui relie deux grandes villes. Si j'avais étudié le parcours un peu plus assidûment, je me serais fait un plaisir d'emprunter cette autoroute-là… Il y en a d'ailleurs une que j'emprunte souvent depuis sa création, mais entre Bruxelles et Louvain.

Une fois rentré, j'ai quand même un sentiment de mission accomplie. J'en ai pris plein les mirettes comme prévu, et même si je me suis bien dépensé physiquement, je ne suis guère fatigué, signe de bonne forme. Mais toute médaille a son revers : mon beau et fier destrier ne paie pas de mine après cette longue sortie hivernale sur routes détrempées. Mais je sais qu'il me pardonnera et qu'il acceptera de repartir vers de nouvelles aventures !

Juste après être rentré. La protection imperméable de la sacoche de selle n'était pas du luxe. Et non, je n'ai pas de garde-boue : ils font s'accumuler encore plus de saletés sur  les roues et moyeux, et quand c'est posé trop près de la roue, l'accumulation de ces saletés sur le garde-boue lui-même finit par frotter, voire bloquer ladite roue lors de longues sorties sur terrain douteux…

 

De la terre sablonneuse un peu partout sur le cadre, les roues, la transmission (surtout la chaîne)… Pas facile à nettoyer, tout ça ! Ces deux dernières photos ont été prises par moi-même évidemment (si si, ça m'arrive de prendre des photos !).

 

23 commentaires
1)
ToTheEnd
, le 12.01.2017 à 08:21
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Je me suis retrouvé à Anvers récemment pour le boulot et comme j’y suis arrivé par train, j’ai été impressionné par l’architecture de cette affaire. Un truc à mi-chemin entre une cathédrale, une gare et un palais… bref, j’ai adoré et j’aimerais bien y passer plus de temps que 24h.

T

2)
Franck Pastor
, le 12.01.2017 à 08:45
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Ce ne sont pas les choses à voir qui manquent dans cette ville, l’article en donne juste un aperçu. Largement de quoi y passer plus de 24 h ! Et puis la vie nocturne y est paraît-il très animée, comme dans la plupart des ports j’imagine. Ça devrait t’intéresser aussi ;-)

4)
Franck Pastor
, le 12.01.2017 à 09:27
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Jpg: En waarom had ik hem moeten melden ? Ik had dat liever niet gedaan, om de sfeer hier niet te verpesten (et pourquoi aurais-je dû le mentionner ? J’aurais préféré ne pas le faire pour ne pas détériorer l’atmosphère).

Mais bon, vox populi, vox dei, comme on dit : le bourgmestre actuel d’Anvers s’appelle Bart De Wever, il est le leader de la N-VA (Nieuw-Vlaamse Alliantie, nouvelle alliance flamande), la principale formation nationaliste flamande, par ailleurs démocratique mais très conservatrice, actuellement également au gouvernement fédéral belge. Vraiment pas mon type de politicien, mais bien moins pire que le Vlaams Belang raciste qui faisait régulièrement de gros scores ici… mais j’aurais préféré maintenir cet article dans le cadre du tourisme. Anvers est aussi bien autre chose que ça. Ville de vieille tradition socialiste qui pourrait rebasculer à gauche aux prochaines communales, et même à gauche toute puisqu’on prévoit une alliance entre les socialistes et les post-communistes du PTB (Parti du Travail de Belgique), ces derniers en plein boom actuellement.

5)
djtrance
, le 12.01.2017 à 09:33
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Zeer interessant artikel, maar geen woord over de burgemeester.

Je viens de me faire une trouille d’enfer: j’ai tout compris (et je ne suis pourtant pas du coin) :)

Merci pour cette belle balade Franck, comme d’habitude ;)

6)
guru
, le 12.01.2017 à 09:36
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1. Un vélo français en Belgique !
2. Le quartier Art Nouveau de Berchem vaut aussi le déplacement.
3. @jpg, il vaut mieux en rester à l’architecture…

7)
Franck Pastor
, le 12.01.2017 à 10:03
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@djtrance : merci !

@Guru : un vélo sur-mesure datant de 2002 (pour le cadre, les freins et les dérailleurs du moins, tout le reste a été changé depuis au moins une fois). Il commence donc à ressentir le poids des ans, mais j’aurai du mal à m’en défaire :-)

Je ne connaissais pas ce quartier à Berchem, merci pour le tuyau !

8)
jpg
, le 12.01.2017 à 11:13
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@Franck Pastor. Merci pour le complément. C’est quand même, dit-on, le bourgmestre actuel d’Anvers qui tire les ficelles du gouvernement fédéral belge. Ah zut, j’avais oublié qu’on ne parle plus de politique sur Cuk.

11)
ysengrain
, le 12.01.2017 à 12:36
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En zone de langue flamande, on voit souvent un panneau interdisant le stationnement aux vélos sur lequel est écrit cette phrase… Enfin celle que je crois avoir retranscrite

12)
jpg
, le 12.01.2017 à 12:52
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plaatsen et non platzen.
Niet hier plaatsen.
Cuk devient un bon site bilingue.
Cuk wordt een goede tweetalige website.

14)
dpesch
, le 12.01.2017 à 15:25
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Moi, je dirais plutôt « Geen Bartje plaatsen ». Et s’il pouvait dégager aux prochaines élections communales, j’en serais ravi. Il me semble que l’extrême droite est un sujet dont c’est un devoir de parler. On voit bien que les coreligionnaires de monsieur BdW qui sont au gouvernement fédéral ne se privent pas de propos racistes et xénophobes, ne se conforment pas aux décisions de la justice (concernant certains réfugiés) et n’oublient jamais que leur objectif est de désagréger la Belgique. Leur préoccupation actuelle étant de placer le plus de pions possibles en vue de l’annexion de Bruxelles à la future Flandre indépendante. A réécouter d’urgence : Jacques Brel.

16)
loulou
, le 12.01.2017 à 17:29
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Et si on en revenait au vélo, envers et contre tout ? C’est toujours un grand plaisir de rouler un bout de chemin avec Franck; merci pour ces chouettes articles. Moi, ma lubie hivernale, c’est le VTT dans la neige, sans clous ni pneus surdimensionnés. Excellent pour développer un peu d’équilibre…

17)
jpg
, le 12.01.2017 à 17:38
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Chassez le naturel, il revient à vélo. (Achille Chavée, Laetare 59, La Louvière)

19)
cukaboudesoufle
, le 12.01.2017 à 19:30
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Belle ballade Franck et merci pour l’article.
Pour le garde boue arrière, il existe des bouts de plastique à clipser, bien au dessus du pneu.

Roule loin !

20)
ToTheEnd
, le 12.01.2017 à 21:00
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Allons allons, je ne sors plus aussi souvent que ça et puis vers 3h ou 4h, je suis fatigué. D’ailleurs, je ne vais pas le nier ici, je suis prêt à prendre ma retraite bien méritée sous les palmiers, sur des pistes de skis ou dans une capsule spatiale en direction du satellite Europa parce qu’y a rien sur Mars!

Juste besoin d’une paire de patins à glace, une canne de hockey et un puck… je passerai jamais 2x au même endroit et chaque année je gagnerai la coupe stanley d’Europe à moi tout seule…

T

21)
Franck Pastor
, le 13.01.2017 à 06:14
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@Guru, merci pour la carte, j’irai faire un tour dès que possible.

@cukaboudesouffle, oui, je connais ces garde-boue clipsables sur la tige de selle, le problème est que, mon cadre n’étant pas sloping, la sortie de tige de selle est limitée et ma sacoche de selle prend toute la place.

@ToTheEnd : et ton vélo alors ?

@Loulou : pour moi la neige signifie l’arrêt du vélo… surtout que j’habite en pleine ville. Pas question donc de prendre des risques supplémentaires de chute.

D’ailleurs ça s’annonce mal par ici : mercure en chute libre, neige et verglas pour une bonne semaine. Pas glop !

23)
Franck Pastor
, le 14.01.2017 à 19:04
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C’est pas encore vraiment les conditions climatiques idéales pour le faire, mais j’espère que ça fait partie de tes bonnes résolutions de le sortir régulièrement cette année ! Tiens, et pourquoi pas te préparer pour cet événément-là ? ;-)