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Pour la langue française

J’ai plaisir à livrer ces quelques pensées à nos lecteurs de Cuk.ch, ce site suisse dont j’aime dire et écrire que l’on s’y exprime toujours en bon français, pendant que les Français eux-mêmes semblent se délecter à massacrer leur langue, tous médias confondus.

Les étrangers non francophones d’origine sont souvent les meilleurs défenseurs de la langue française. Souvenir d’un Portugais, ingénieur Génie Civil de son état, avec lequel j’ai eu à rédiger des marchés de travaux pour la Sénélec (notre EDF nationale). C’était un perfectionniste, intraitable sur certaines tournures de phrase. Il m’a beaucoup appris sur les finesses de ma langue maternelle.

L’ÉCRITURE

Je n’ai jamais appris l’orthographe mais j’ai toujours étonné mes professeurs de français dont l’un s’amusait à me faire corriger les dictées de toute la classe après les heures de cours.

C’est seulement à vingt-quatre ans que j’ai compris les raisons de ce don, à l’occasion de reconnaissances de rallyes automobiles à travers les pistes de la brousse sénégalaise.

Pendant la compétition, dix jours après une reconnaissance et souvent en pleine nuit, je savais qu’il fallait bifurquer à tel arbre remarquable pour éviter un obstacle dangereux qui allait apparaître quelques centaines de mètres plus loin sur la piste principale. Cela étonnait toujours mon coéquipier du moment…

C’est ainsi que j’ai découvert que j’avais une mémoire visuelle hors du commun.

Comme j’ai lu très jeune (et beaucoup), j’ai enregistré l’image des mots que je retrouvais en fermant les yeux.

Mais au-delà de l’orthographe, c’est aussi l’écriture, le style et le bon choix des mots qui font un bon auteur.

Roger Peyrefitte

Pendant longtemps, ce fut mon maître, celui dont je tentais désespérément de calquer le style.

Même si j’ai lu toute son œuvre au fil des années et si ma bibliothèque est chargée de tous ses ouvrages, j’ai une préférence pour certains de ses romans tels « Les clés de Saint-Pierre », « Chevaliers de Malte » ou « Les fils de la lumière ». Comme il se revendique de Voltaire pour son style, « Voltaire, sa jeunesse et son temps » et « Voltaire et Frédéric II » sont des ouvrages de référence.

Les cles de Saint Pierre

Les Clés de Saint Pierre – 1955

Chevaliers de Malte

Chevaliers de Malte – 1957

Les Fils de la Lumiere

Les fils de la lumière – 1961

Voltaire Tome 1

Voltaire, sa jeunesse et son temps – Tome 1 – 1985

 

Voltaire Tome 2

Voltaire, sa jeunesse et son temps – Tome 2 – 1985

Voltaire et Frederic II

Voltaire et Frédéric II – Le coffret en 2 tomes – 1992

Seule réserve de ma part, sa monomanie pédérastique (pas homosexuelle) le rend parfois lassant dans certains de ses ouvrages par ses commérages qui visent à dévoiler l'homosexualité de quelques-uns de ses contemporains. Ce n’est pas toujours du meilleur goût…

Jean d’Ormesson

Personnage élégant dont l’écriture fait ressortir cette qualité. C’est toujours un régal de lire ses livres qui ne laissent aucune place à l’acrimonie envers ses contemporains mais affiche au contraire un optimisme qui persiste avec le temps.

Raymond Devos

Authentique jongleur de mots dont certains des sketches sont devenus des morceaux d’anthologie.

LES INTERPRÈTES

Ceux-là n’ont pas la prétention d’écrire mais portent la langue française vers des sommets par leur interprétation de textes qui ont été écrits par d’autres, parfois depuis des siècles.

Michel Bouquet

J’ai découvert sa voix dans « Les Maîtres du mystère », une émission de radio de France Inter qui était diffusée à l’International par l’intermédiaire des stations de radio locales.

De 1958 à 1962, alors que j’étais pensionnaire au Collège des Pères Maristes de Dakar, je l’écoutais chaque mardi soir dans le silence du dortoir, sous les draps, à l’aide d'un transistor et d’un écouteur.

Depuis, Michel Bouquet a vécu une très longue carrière d’acteur au cinéma et au théâtre, souvent dirigé par Claude Chabrol qui lui donna ses meilleurs rôles.

En 2005, il joua le personnage de François Mitterrand dans « Le promeneur du champ de mars » de Robert Guédiguian sur les souvenirs vécus de Georges-Marc Benamou, qui racontent les toutes dernières années de Mitterrand. Pendant le tournage, il avait exactement l’âge qu’avait le « Florentin » au moment des faits. On assiste à un phénomène de mimétisme impressionnant !

Le promeneur du champ de mars

Le promeneur du Champ de Mars – 2005 – Dix ans après la mort du « Florentin »

Fabrice Luchini

Molière, La Fontaine, Rimbaud mais aussi Céline et Roland Barthes.

Ce sont les auteurs que Fabrice Luchini a choisi de servir à travers ses différents spectacles où il est seul sur scène. Par son interprétation unique et très particulière (on aime ou on déteste) il parvient à remplir des salles de théâtre en faisant découvrir au public le génie de la langue française à travers ses auteurs préférés.

Le Point sur Robert

Le point sur Robert – Son premier spectacle filmé

Au fil des années, il va perfectionner ce style inimitable qu’il avait montré dès ses dix-sept ans dans « Tout peut arriver » film de Philippe Labro de 1969 qui fut son tout premier rôle au cinéma. On l’a vu depuis dans de nombreux films dont mes préférés restent « Dans la maison » de François Ozon et « Alceste à bicyclette » de Philippe Le Guay où le théâtre retrouve ses droits puisque c’est d’Alceste du « Misanthrope » de Molière qu’il s’agit.

Dans la maison

Dans la maison – Film dramatique de François Ozon

Alceste a Bicyclette

Alceste à bicyclette de Philippe Le Guay – Un moment de folie

UN CAS PARTICULIER

Sacha Guitry

Sacha Guitry est un cas particulier puisqu’il alliait l’écriture et l’interprétation de ses pièces de théâtre ou de ses films. Sa grande culture et sa connaissance de la nature humaine nous ont laissé des textes qui restent aujourd’hui très modernes.

Dans « Le diable boiteux » (film de 1948) il est au sommet de son art, tant dans l’écriture des dialogues que dans le jeu d’acteur. Sa voix et sa diction inimitables finissent par nous faire aimer le Prince de Talleyrand au fil des républiques et des empires.

Il ne se passe pas un mois sans que je revoie ce film, pour le plaisir d’entendre sa voix et me régaler des dialogues.

Le diable boiteux

Le diable boiteux – Un des meilleurs film de Guitry

Mais c’était avant tout un auteur de théâtre. Souvenir de « Jean de La Fontaine » magnifiquement joué par Claude Rich au théâtre de la Gaîté Montparnasse. J’enrageais d’être seul au milieu de huit cents spectateurs et de ne pouvoir partager ce moment avec un proche.

« Jouer la comédie » était toute la vie de Guitry. Je me souviens d’une interview entendue à la radio, que je n’ai jamais retrouvée sur aucun site, y compris dans les archives de l’INA pourtant très riches.

Alors que le journaliste lui demandait s’il allait arrêter un jour de jouer la comédie, la réponse de Guitry fut la suivante :

« Bien sûr que j’arrêterai un jour de jouer la comédie. J’organiserai d’ailleurs une conférence pour annoncer mes raisons d'arrêter. Je lirai un texte que j’aurai préparé. Parfois, j'ajusterai mes lunettes et  j’approcherai une feuille de mes yeux parce que j’aurai du mal à la lire. À d’autres moments, je remettrai des feuilles à l’endroit parce qu’elles auraient été mal classées. Et c’est ainsi que je jouerai la comédie pendant une heure et demie, devant des feuilles blanches ».

Comme il l’aurait dit lui-même, voilà une phrase définitive et sans appel…

34 commentaires
1)
Rab3h79
, le 02.08.2016 à 04:38
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Mon très cher M.G.,

Heureux de pouvoir te relire après quelques mois de silence. De Montréal où je me trouve actuellement, je puis confirmer que la langue française a dépassé les frontières de la seule France, au moment où celle-ci applique une réforme de son orthographe. Ici nul panneau « STOP », mais bien des signalisations écrites en français « ARRÊT ».

Je te proposerai de rajouter à ta liste d’auteurs :

Guy de Maupassant, dont les romans retiennent l’attention par leur force réaliste et par le pessimisme qui s’en dégage le plus souvent, mais aussi par la maîtrise stylistique qu’il emploie.

Jules Vernes, dont les œuvres de fiction ont inspiré, ou du moins anticipé certains événements ou créations contemporains. D’ailleurs au 19e siècle, nous parlions de roman d’anticipation, le terme de « science-fiction » n’étant apparu qu’en 1925.

Charles Baudelaire : ses poèmes sont et restent très modernes dans leur forme.

Certes, il s’agit d’auteurs du 19e siècle, mais ils sont pour la littérature française, des créateurs aux fortes personnalités artistiques qui ont marqué ce qu’il convient d’appeler l’âge d’or de la poésie et du roman français.

Le 21e siècle est malheureusement celui du « tout consommable ». Autant que les matériels, l’art et la littérature sont devenus des produits de consommation. Cela affecte indubitablement sur le bon usage de la langue française, mais aussi de toutes les langues en générale.

R.F.

2)
Puzzo
, le 02.08.2016 à 07:14
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Merci pour cet article ponctué d’anecdotes touchante.

Pour ceux qui sont du côté de Morges, sachez que Fabrice Lucchini présentera « Poésie ? » au mois de novembre à Beausobre.

3)
Argos
, le 02.08.2016 à 09:28
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Ah Guitry. C’est Jean-Luc Godard qui me l’a fait découvrir à l’époque de la Nouvelle Vague. Il avait choisi de présenter à côté de l’un de ses propres films Les Perles de la couronne, chef-d’oeuvre de virtuosité narrative. Un choc pour un cinéphile comme moi qui considérait Guitry comme un vieux réac cantonné dans le théâtre filmé. Bien plus tard, à Moscou, Christian-Jaque, cinéaste proche du parti communiste qui fut la cible de Truffaut et Godard, me raconta qu’il avait étroitement collaboré avec avec Guitry, pourtant son parfait opposé idéologique, sur ce film en tous points remarquable.

Certes, Guitry avait des tics et sa manière de se mettre en avant ne pouvait que choquer les réserves jansénistes. Mais le Roman d’un tricheur reste l’un des plus grands films du cinéma français, portant il y a exactement quatre-vingts ans un regard impitoyable sur notre propre société dominée par l’argent.

5)
ToTheEnd
, le 02.08.2016 à 10:03
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Oui, il y en a qui savent manier la langue comme personne et ils aident au rayonnement de la langue… ça en devient un art.

Je suis par contre plus circonspect sur par exemple la première intervention du jour qui semble indiquer qu’il faut protéger la langue à tout prix comme si cette dernière ne devait plus changer. S’émerveiller d’un « arrêt » plutôt que « stop » me semble bien absurde dans la démarche… combien d’étrangers conduisent sans savoir ce que veut dire « arrêt »?

La langue française a beaucoup évolué depuis le moyen âge mais depuis un siècle, j’ai un peu l’impression qu’on a des ayatollah de la langue et que plus rien ne doit bouger au risque de remettre en question tout un peuple ou un pays… c’est absurde.

T

6)
M.G.
, le 02.08.2016 à 10:34
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S’émerveiller d’un « arrêt » plutôt que « stop » me semble bien absurde dans la démarche… combien d’étrangers conduisent sans savoir ce que veut dire « arrêt »?

J’avais l’habitude de dire que le Québec était le seul pays au monde où, pour cause de Loi 101, sur les panneaux STOP il était aussi écrit ARRÊT. Mon souvenir date de 1988.

Un tour sur Wikipédia m’a permis de revoir « mon » panneau à double marquage qui n’est plus réglementaire depuis début 1988 ;-)

Il faut savoir que le Québec est en guerre contre l’anglais depuis toujours et se veut francophone absolument. Cela donne une langue charmante mais incompréhensible des Français dans le langage de tous les jours… C’est pourquoi il existe un dictionnaire Français-Québécois ;-)

As-tu entendu Céline Dion parler en québécois « pour le fun » sur le plateau de Michel Drucker ?

Cela dit, tous les intellectuels québécois parlent très bien le français et l’utilisent en présence de Français.

À noter que tous les films québécois diffusés sur TV5 sont sous-titrés en français…

7)
M.G.
, le 02.08.2016 à 10:45
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Certes, Guitry avait des tics et sa manière de se mettre en avant ne pouvait que choquer les réserves jansénistes.

« Si les gens qui disent du mal de moi savaient ce que je pense d’eux, ils en diraient bien plus encore »
C’est de lui, évidemment.

8)
M.G.
, le 02.08.2016 à 11:05
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@ mon très cher Rab3h79
T’es ben chanceux (!). Montréal est une ville magnifique et la nature environnante, somptueuse.

Cela dit, le but de mon article était de rendre hommage à nos contemporains du XX° siècle (et maintenant du XXI°) qui savent faire apprécier notre langue à travers leur métier.

Souvenir de Léa Salamé sur le plateau de Ruquier qui reprochait à Fabrice Luchini de mettre en avant ses origines libanaises en lui adressant la parole. La réponse de Luchini la calma : « Léa, vous savez bien que si je m’adresse à vous de cette manière, c’est parce que le Liban est francophone, au même titre que le Québec et qu’il défend la langue française avec la même passion ».

J’en connais d’autres ;-)

10)
ToTheEnd
, le 02.08.2016 à 12:44
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J’ai sorti l’exemple du « stop » car il était mentionné…. de plus, vivant depuis quelque temps à Barcelone, je vois très bien comment certains imposent le Catalan à tout le monde sous le sacro-saint besoin impérieux de « sauver » la langue. Alors qu’en fait, il s’agit d’un outil utilisé pour diviser les gens en faisant bien comprendre que c’est la langue des locaux et que les autres sont des étrangers.

Je le répète mais une langue a quelque chose de vivant… elle change, elle évolue et se mélange. Vouloir maintenir coute que coute une langue et promouvoir une loi (Toubon au hasard) pour l’imposer va à l’encontre de toute l’évolution des langues de l’humanité.

T

12)
M.G.
, le 02.08.2016 à 14:36
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Alors qu’en fait, il s’agit d’un outil utilisé pour diviser les gens en faisant bien comprendre que c’est la langue des locaux et que les autres sont des étrangers.

Je l’avais bien compris en voyant « L’auberge espagnole » de Cédric Klapisch.

Je le répète mais une langue a quelque chose de vivant… elle change, elle évolue et se mélange.

C’est évident et d’ailleurs Fabrice Luchini ne se gêne pas pour introduire des scènes en Verlan tel qu’il est parlé dans les banlieues. J’avoue que ça me trouble mais ça prouve au moins qu’il est attaché à la modernité du langage.

Je ne crois pas qu’il cherche à sauver quelque langue que ce soit mais ce qui est certain c’est qu’il tente de nous faire aimer celle qu’il a trouvée dans les livres.

13)
M.G.
, le 02.08.2016 à 14:51
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Léa Salamé est bien d’origine libanaise et Lucchini rital come lo sono.

Ghassan Salamé, le père de Léa, je l’ai rencontré à l’ambassade du Liban à Dakar lors d’une réception, alors qu’il était ministre de la Culture de Rafik Hariri. C’est un « bon » Libanais comme je les aime, fier de sa culture française.

Quant à Fabrice Luchini, c’est un vrai rital de la Goutte d’Or. Toi, je ne savais pas ;-)

14)
Rab3h79
, le 02.08.2016 à 15:24
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L’Archiduc Otto d’Habsbourg-Lorraine disait que « Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va, car il ne sait pas où il est. En ce sens, le passé est la rampe de lancement vers l’avenir ».

On ne saurait ignorer la marque des auteurs du passé dans les œuvres contemporaines. Mais je suis conscient qu’on ne saurait éditer une liste exhaustive des noms de ceux ayant marqué la littérature française.

Il est indubitable que ces œuvres nouvelles contribuent à l’évolution de la langue française.

Effectivement, une langue a quelque chose de vivant, elle évolue et semble tendre progressivement vers un langage universel connu de tous et c’est tant mieux pour l’humanité.

Mais ce mélange linguistique semble faire perdre de sa richesse à la langue française tant dans le style que dans les nuances de langage qui usaient des synonymes pour graduer l’expression d’un sentiment.

Certes, la complexité de la langue française est pointée du doigt, surtout à l’étranger où elle perd du terrain. Cela a d’ailleurs entrainé une réforme de l’orthographe en 1990, celle-là même qui sera appliquée à la prochaine rentrée scolaire soit 26 ans après avoir reçu l’avis favorable de l’Académie française.

Reste à savoir quel sera son impact sur les générations à venir.

Pour autant, je suis tout à fait d’accord qu’il faut vivre avec son temps.

R.F.

15)
tibet
, le 02.08.2016 à 15:58
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@ToTheEnd
La langue vivante comme dans la belle province où je note deux [plus très jeunes] expressions qui malgré leur justesse n’ont pas trouvé leur place chez nous « In France » : Dans la belle province donc, les « bed & breakfast » sont devenus les « Café Couette » et le « tchat » devient le « clavarge » (de clavier et bavardage).
Pour ceux qui s’y intéresseraient, je relais l’article de J.-C. Courte sur le rappel des feuilletons des radios francophones pour 10 émissions de l’histoire de Brassens. À écouter absolument. Le lien… là …

17)
tibet
, le 02.08.2016 à 16:01
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Aaaarrggghhhhh ! Ça ne veut pas apparaître !!

Je colle une dernière fois https:// puis urbanbike.com/index.php/site/comments/tonton-georges-toujours-vivant-a-la-radio

19)
ToTheEnd
, le 02.08.2016 à 18:54
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Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va, car il ne sait pas où il est. En ce sens, le passé est la rampe de lancement vers l’avenir

Il y a quelque chose dans cette citation qui me perturbe et si je pense que transmettre le savoir et éduquer la prochaine génération est un must pour lui donner une direction, je trouve qu’elle est facile dans la bouche d’un héritier. En quelque sorte, je trouve que c’est un porte drapeau pour les monarchies… on s’en fout d’où on vient, l’important c’est de savoir où on va.

Dans la belle province donc, les « bed & breakfast » sont devenus les « Café Couette » et le « tchat » devient le « clavarge » (de clavier et bavardage).

Voilà de bons exemples qui, poussés dans leur extrême, ne servent à rien…

On vient de la même planète et nous partageons, à quelques exceptions près, un ADN commun. Le développement de l’humanité et de ses langues est le résultat d’isolation ou de migration géographique. Aujourd’hui, la planète a 64 millions de km de routes, 4 millions de km de rails, 2 millions de km de pipelines, 1 million de km de fibre optique… sans compter les satellites de communication et tout ça sert à connecter les gens.

Mais on voudrait nous faire croire que nous sommes différents, voire même séparés alors que ça n’a jamais été aussi faux.

En réalité, ce qui nous rend artificiellement différent, c’est ces foutues religions et 500 mille km de frontières dessinées arbitrairement sur des cartes réalisées par nos soins. C’est fort.

T

20)
M.G.
, le 02.08.2016 à 20:01
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Dans la belle province donc, les « bed & breakfast » sont devenus les « Café Couette » et le « tchat » devient le « clavarge » (de clavier et bavardage).

Clavage ? Ce ne serait pas plutôt Clavardage ? Cela dit, nos cousins québécois sont en effet prolixes d’expressions traduites de l’anglais, loi 101 oblige.

C’est souvent cohérent, parfois drôle, souvent cela frise le ridicule. Chez McDo, le « hamburger » est devenu un « hambourgeois ». Rien à dire. Mais un « hotdog », devenu un « chien chaud », ça fait tout drôle… Même si ça reste imagé. Les « sundays » deviennent des « glaces molles ».

Quand nous allons « faire des courses », il vont « magasiner » (de shop, shopping en anglais).

Une faiblesse : ils ne savent pas que nous avons les cacahuètes pour caractériser des choses de peu de valeur. Hélas, le « peanuts » anglais est devenu « pinotes » en québécois. Dommage… Le dollar est banni et devient une « piastre », les « cents », des « sous ».

Parfois, ils montrent du génie pour nommer un produit qui n’existe pas dans le monde anglo-saxon. Savez-vous ce qu’est un « sous-marin » que l’on peut trouver chez MacDo (oui, ça se mange) ?. C’est un sandwich fait avec une mini-baguette de pain français et non du pain de mie anglais. Voyez-vous l’image ?

Tout cela est bien sympathique au demeurant.

Un conseil aux voyageurs : dans la rue à Montréal, n’interpellez jamais un Québécois en anglais, à moins de parler cette langue absolument sans accent ! Vous vous feriez immédiatement rabrouer par un « tu ne peux pas parler français comme toute le monde ? ». Avec l’accent québécois, évidemment ;-)

22)
Rab3h79
, le 03.08.2016 à 00:09
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La contribution de ToTheEnd me fait penser à une œuvre, contemporaine cette fois, s’agissant du roman de science-fiction de Lois Lowry « The Giver » ou « Le Passeur » au Québec, paru en 1993 et adapté au cinéma par Phillip Noyce en 2014.

Le synopsis nous raconte que dans le futur, les émotions ont été supprimées grâce à l’effacement de toute trace d’histoire. Tous les individus sont formatés pour se comporter de façon préétablie, mais comme souvent un événement vient perturber l’ordre.

Ce roman n’est pas sans rappeler les années du maccarthysme, qualifiées fréquemment de périodes de chasse aux sorcières s’agissant du communisme. Dans le contexte de l’époque, nous sommes au milieu des années 50, il s’agissait de traquer et enfermer tous ceux qui avaient une opinion hors du courant des pensées américaines, en opposition au système soviétique.

Albert Einstein dénonçait le maccarthysme comme « un danger incomparablement plus grand pour notre société que ces quelques communistes qui peuvent être dans notre pays », ajoutant que « ces investigations ont déjà largement miné le caractère démocratique de notre société »

C’est dire que le rejet des différences entre les hommes et les peuples tend justement aux crises et aux guerres qui minent l’actualité.

Je pense au contraire que l’homme doit s’enrichir de ces différences, quelles qu’elles puissent être.

« La différence est nécessaire, le manque aussi, pour que naisse le désir et survienne la rencontre. » Citation de Jacques Salomé ; Bonjour tendresse (1992)

23)
Serge
, le 03.08.2016 à 04:18
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Mon cher M.G., le dollar n’a jamais été banni au Québec, car jamais vraiment adopté. « Piastre » est un mot utilisé depuis des lunes, ici. Mon grand-père, le grand-père de mon grand-père et le grand-père du grand-père de mon grand-père ont tous fait leurs achats avec des piastres. Quant aux sous, l’usage peut varier selon le locuteur. Certains diront 25 sous et d’autres 25 cents (« cennes »). Mais on parle ici bien sûr de langage populaire. Officiellement, tous les prix sont affichés en « dollars ».

Le sous-marin n’est pas un néologisme, mais plutôt une traduction littérale de « submarine », un mets né aux États-Unis dans les années 40. Le sous-marin québécois, lui, a fait son apparition au menu des restaurants locaux dans les années 60.

Nous savons ce que sont les cacahuètes. Nous en mangions beaucoup naguère, jusqu’à ce qu’elles soient progressivement remplacées par des « peanuts ». Comme chez vous, elles peuvent être utilisées pour désigner des choses de peu de valeur (« ça vaut pas des peanuts »), mais aussi des choses achetées à bas prix (« ça m’a coûté des peanuts »). Le terme officiel est « arachides ». Vous avez du beurre de cacahuètes, nous avons du beurre d’arachides.

« Magasiner » vient de « magasin », mot qui désigne un établissement commercial. Pas sûr toutefois que son usage ait quelque chose à voir avec l’influence de l’anglais.

« Hambourgeois » est une des toutes premières créatures issues de la mouvance nationaliste et « traductrice à tout prix » des années 70. Un phénomène qui perdure et donne encore régulièrement naissance à des perles comme baladodiffusion (podcast) ou perche à égoportrait (selfie stick). Quant au « chien chaud », son origine est plus lointaine. Il est issu du langage populaire et ne découle pas de cette volonté de protéger le français contre vents et marées qui caractérise le Québec. Il a connu une certaine popularité dans les années 60 et est vite tombé dans l’oubli. Dans les faits, personne ici ne mange de hambourgeois ou de chien chaud. Et le restaurant qui oserait afficher ces mets à son menu ne manquerait pas d’être tourné en ridicule.

Finalement, si vous êtes Français, Suisses ou Belges et que vous accostez un Québécois en lui demandant : « where is ze nearest hotel ? », il est certain que l’on va vous regarder avec suspicion. Ça n’en a peut-être pas l’air comme ça, mais nous comprenons très bien le français. Vous pouvez donc, en toute quiétude, vous adresser à nous dans cette langue. :)

24)
ToTheEnd
, le 03.08.2016 à 08:28
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Visiblement, on a un nouveau roi de la citation.

Quand je parle de l’évolution d’une langue, c’est bien parce qu’elle est influencée ou qu’elle s’inspire d’une autre langue. C’est donc enrichissant et on ne devrait pas freiner ou entraver ce phénomène.

Mais c’est clair qu’à l’heure actuelle, les différences entre israéliens et leurs voisins les rapprochent… tout comme l’interprétation de textes religieux par quelques débiles sont en train de semer une belle collaboration enrichissante entre l’occident et le moyen orient…

T

25)
Argos
, le 03.08.2016 à 09:39
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On s’égare, on s’égare, voilà qu’apparaissent même les islamistes et le conflit israélo-palestinien…

Moi j’ai été amusé par les références à cette chochotte de Roger Peyrefitte, auteur des « Amitiés particulières » qui provoquèrent en leur temps un léger scandale, à ne pas confondre avec le cousin Alain. Lors de mon tout premier voyage à Rome, c’était au début des années soixante, j’avais pris avec moi Les Clés de Saint Pierre qui contrastaient passablement avec le Guide bleu, et j’avais vérifié que les blasons des quatre colonnes centrales représentaient bien des torses féminins nus attribués à la maîtresse du pape Sixte. Bon, l’intrigue affiche sa parfaite nullité et depuis Vatican II cela a bien vieilli même si les variations autour du prépuce de Jésus restent amusantes…

Pour moi, l’un des plus beaux exemples de l’écriture française, à mettre au Panthéon à côté de Voltaire et Proust, reste le Mémoires de Casanova. Et c’est un Vénitien du dix-huitième siècle qui nous donne une leçon. Enfin, un homme qui écrit « La mort est un monstre qui chasse du grand théâtre un spectateur attentif, avant qu’une pièce qui l’intéresse infiniment finisse » ne saurait être entièrement mauvais.

26)
M.G.
, le 03.08.2016 à 10:59
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Ça n’en a peut-être pas l’air comme ça, mais nous comprenons très bien le français. Vous pouvez donc, en toute quiétude, vous adresser à nous dans cette langue. :)

Je ne reprendrai que la conclusion du commentaire de Serge pour confirmer que les Québécois maîtrisent très bien le français, même si entre eux ils parlent bel et bien québécois. Pour le reste, je confirme qu’il s’agit bien d’observations que j’avais faites en 1988 dans un McDo où l’affichage était bilingue, loi 101 oblige.

Cela dit, la règle au Québec est que vous avez *le droit* d’être servi dans la langue de votre choix, français ou anglais (même les actes officiels sont édités dans l’une ou l’autre langue, au choix du demandeur). C’est vrai aussi dans les commerces ou les services sur un appel téléphonique. Idem pour les policiers lors d’une interpellation dans la circulation routière.

Conséquence inattendue : vous ne pouvez pas obtenir un emploi en relation avec le public si vous n’êtes pas parfaitement bilingue ! C’est la rançon de la loi 101…

Un contre-exemple : en Floride, pas besoin de parler anglais pour se faire comprendre d’un commerçant ou d’une serveuse de restaurant. L’espagnol suffira ;-)

27)
M.G.
, le 03.08.2016 à 11:10
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et j’avais vérifié que les blasons des quatre colonnes centrales représentaient bien des torses féminins nus attribués à la maîtresse du pape Sixte.

De même que dans « Chevaliers de Malte », Angelo de Mojana, le personnage qui intrigue pour devenir Grand Maître avait bel et bien décroché le poste en 1962, cinq ans après la parution du roman !

Quant à Casanova, j’ai commencé la lecture d’« Histoire de ma vie » dans l’édition de la Pléiade. L’écriture est en effet d’une qualité rare.

28)
Dom' Python
, le 03.08.2016 à 11:49
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Je partage avec vous un goût prononcé pour la belle langue, même si je suis très loin d’avoir votre culture. Quel plaisir de lire ou d’entendre une phrase bien tournée! Et quel plaisir, lorsque j’écris, de peaufiner un texte pour optimiser ses chances d’être à la fois plaisant et clair (dans la modeste mesure de mes moyens)!

Mais j’avoue que j’aime aussi prendre des libertés avec les règles, inventer des mots, tordre certaines expressions, autrement dit malmener la langue pour en faire un terrain d’expérimentation, de jeux, d’aventure…

Concernant les anglicismes et le Québec, connaissez-vous les vidéos de cette « Youtubeuse », Solange te parle? Elle en a fait une sur l’usage des anglicismes. J’aime bien ce qu’elle dit à la fin sur la mixité des langages.

S’agissant de l’anglais, si je déplore une certaine forme de « collonialisme américain » via la langue, je trouve bien pratique que cette langue soit si répandue, à défaut d’Esperanto.

La vidéo dont je parle est titrée « F*ck les anglicismes ». Elle dure 10 minutes, mais j’aime bien le ton de cette nana, même si je n’apprécie pas tout ce qu’elle fait.

30)
Dom' Python
, le 03.08.2016 à 16:10
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Marc, si tu l’apprécie comme moi, en voici une autre, sur un tout autre sujet, mais que j’aime beaucoup: ici
(Attention, ne pas se laisser abuser par les premières minutes!)

édit: Marc, pourquoi petite…?

31)
M.G.
, le 03.08.2016 à 17:08
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Marc, pourquoi petite…?

C’est de ma part un terme affectueux qui caractérise une nana mignonne qui n’a pas froid aux yeux et raconte tout plein de choses sensées dans une langue bien sympathique ;-)

À mon âge, le sien n’a plus guère d’importance et cela reste pour moi une « petite ».

33)
M.G.
, le 03.08.2016 à 20:15
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Voui mais: aurais-tu écrit « petit » si c’était un homme?

Voui, absolument ! Mais là, je serais beaucoup plus restrictif quant à son âge, qui se limiterait aux canons grecs des garçons avant leur entrée au Gynécée. Passé cet âge, ce serait ridicule et contre nature.

Il est fabuleux, ce petit ;-)

34)
Smop
, le 08.08.2016 à 00:42
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Un autre monstre sacré de la langue française, et surtout de sa diction, aurait trouvé sa place dans ce sympathique billet : Louis Jouvet. Je suis trop jeune pour avoir eu la chance de le voir sur les planches, mais ses apparitions au cinéma donnent la mesure du talent du personnage. Tout le monde connait bien sûr « Hôtel du Nord ». Pour ma part, c’est son film suivant qui m’a laissé un souvenir impérissable, « La Fin du jour » de Julien Duvivier. Une version restaurée éditée par Pathé est disponible depuis peu en DVD/Blu-Ray. A voir ou à revoir…