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Catalogage, streaming et rêve…

Ma bibliothèque à moi que j’ai

Lorsque j’ai découvert iTunes, il y a bien quelques années, j’ai trouvé intéressant de pouvoir écouter, tranquillement chez moi, plein d’extraits d’albums sans être limité par le stock et les heures d’ouverture du disquaire, et surtout sans avoir l’impression (parfois justifiée) de m’incruster et lui prendre un temps disproportionné par rapport à mon faible volume d’achat.

Là, je me dois de préciser une chose: les avantages susmentionnés étaient concomitants à une certaine dose de culpabilité. En reportant ma clientèle sur un service en ligne, je me sentais un peu comme un traître à la corporation des petits commerçants. Car, vois-tu, il se trouve que j’avais été petit commerçant dans le domaine de la musique (partitions, disques, instruments) et que, par ce fait, j’avais une conscience assez précise des difficultés que rencontrent les disquaires pour survivre. Conscience également de la valeur d’un service personnalisé, de la relation qui peut s’établir entre le disquaire et son client, tout ça. Mais bon. Ce débat n’étant pas celui du jour, je referme cette parenthèse, avec toutefois un certain malaise.

Ayant fait l’achat d’un iPod et y ayant déversé toute ma CDthèque, je fus très rapidement séduit par le confort que représente le fait de pouvoir trimbaler toute ladite CDthèque dans ma poche. Pas besoin de choisir quelle(s) cassette(s) prendre pour mon baladeur, pas besoin de changer de cassette pour changer de musique, le pied, quoi.

Par contre, j’ai vite été confronté à une difficulté: si je trouvais sans peine mes albums de Pink Floyd sous la lettre P, ceux de Michel Jonasz se trouvaient sous M, ce qui heurtait ma fibre cataloguesque. (Mais bien sûr que ce mot existe! La preuve, il est écrit juste là, avant la parenthèse ouvrante.) Plus difficile encore, mes différents albums de J.S. Bach se trouvaient classés sous les noms de leurs interprètes respectifs. Il me fallait basculer sous la vue «Compositeur» pour pouvoir les retrouver. Et encore. Certains sous Bach, d’autres sous J.S. Bach, ou encore sous Jean-Sébastien Bach, voire Johann-Sebastian Bach. Si donc je recherchais les sonates pour violon, je devais d’abord me rappeler l’orthographe du compositeur sur cet enregistrement pour savoir où chercher. Pas glop.

Ce que constatant, ma fibre cataloguesque (oui, je sais, mais on en a déjà parlé…) me poussa à réaliser deux modifications dans ma bibliothèque iTunes:

  1. Reporter le nom du compositeur sous «Artiste» (pour la musique dite classique)
  2. Unifier la graphie desdits artistes, notamment en mettant le nom en premier, puis une virgule, puis le prénom. Comme dans les milliers de catalogues dont j’étais familier durant ma carrière de vendeur de partitions de musique.

Je te dis pas le temps passé à retaper tout ça! Un gros chantier lors de la première opération globale, puis, à chaque achat ou numérisation, modifier les champs pour rendre l’outil utilisable selon mes normes.

De plus, dans le domaine de la musique dite classique, je me suis également attelé à renommer la quasi-totalité des pistes, de manière à pouvoir les lire sur le petit écran de mon iPod. Parce que, quand tu as une suite de pistes ainsi titrées

  • La Stravaganza Op.4, Concerto 1 in Bflat major, RV 383a: I Allegro
  • La Stravaganza Op.4, Concerto 1 in Bflat major, RV 383a: II Largo et Cantabile
  • La Stravaganza Op.4, Concerto 1 in Bflat major, RV 383a: III Allegro
  • La Stravaganza Op.4, Concerto 2 in E minor, RV 279: I Allegro
  • La Stravaganza Op.4, Concerto 2 in E minor, RV 279: II Largo
  • etc.

… cela signifie que le premier caractère qui permet de différencier les différents concertos est le 31e. Or l’affichage de l’iPod ne permettait pas d’afficher ce 31e caractère. Ce qui donnait une liste qui ressemblait à ça:

  • La Stravaganza Op.4, Conce…
  • La Stravaganza Op.4, Conce…
  • La Stravaganza Op.4, Conce…
  • La Stravaganza Op.4, Conce…
  • La Stravaganza Op.4, Conce…
  • etc.

Ce qui n’est absolument pas utile!

J’ai donc décidé de renommer toutes les pistes de manière à ce que l’affichage soit significatif, ce qui donne par exemple pour les pistes ci-dessus:

  • Cto Bflat RV 383a 1: Alleg...
  • Cto Bflat RV 383a 2: Largo..
  • Cto Bflat RV 383a 3: Alleg...
  • Cto e RV 279 1: Allegro
  • Cto e RV 279 2: Largo

Cto signifie concerto, le titre «Stravaganza» est mentionné dans le titre de l’album, la tonalité (Bflat, e) est exprimée en majuscule ou minuscule selon qu’elle est majeure ou mineure.

Il y a également un certain nombre d’abréviations pour les nom d'instruments (non précisé ici puisque «La Stravaganza» est une collection de concertos pour violon), abréviations qui permettent d’unifier les termes. Ce qui sera appelé «Harpsichord Concerto» ici, «Cembalo konzert» là, ou encore «Concerto pour clavecin», sera abrégé «Cto cemb» chez moi. J’ai choisi des abréviations dans différentes langues, en fonction de leur longueur et de la familiarité qu’elle avait pour moi.

De nos jours, les écrans de nos bidules permettent l’affichage d’un plus grand nombre de caractères, mais le problème demeure, à une autre échelle.

Sites de streaming

Quelques années après ma découverte d’iTunes et des joies de la commande de musique dématérialisée, j’ai découvert le streaming. C’était notamment suite à l’article de François sur Qobuz. Le fait d’avoir accès à toute cette musique sans quitter mes pantoufles me ravissait.

Il y avait eu aussi un débat sur l’alternative achat vs streaming. J’ai personnellement opté pour un mix. J’écoute en streaming quand j’ai du ouifi (ou ce que j'ai importé lorsque j'en avais), mais je continue à acheter des albums qui me semblent importants, pour être sûr de pouvoir toujours les écouter même s’ils disparaissent du catalogue. Et il y a aussi certains labels qui refusent le streaming, par exemple ECM. Donc là, forcément, j'achète l'album si l’extrait me convainc... et si mon budget m'y autorise.

Par contre, le streaming me permet de varier mon écoute. Je ne suis plus lié à mon catalogue, et je peux écouter une plus grande variété de musiques, sortir de mes zones de confort esthétique, découvrir… Il y a donc quelque chose en moi qui me pousserait à cesser d’acheter, et écouter en streaming. En explorant les listes de nouveautés, je varie mon écoute et fais de ma consommation musicale une expérience de découverte plutôt qu’une stagnation dans des mondes connus.

Bon. En même temps, il faut reconnaître qu’il y a tout de même des fondamentaux auxquels je reviens toujours avec plaisir et sans culpabilité. Il ne saurait être question de me limiter à la découverte. Et c’est là que mon problème de catalogage me pose… problème.

Parce que, par définition, le fait d’écouter en streaming sur Qobuz par exemple me soumet à leur catalogage, lequel est peu homogène en raison du fait que les métadonnées sont issues des différents catalogues des labels, donc sans cohérence entre elles. Et là, je ne peux pas renommer des pistes, classer toute la musique de Bach sous le même libellé de nom… Or, si j’ambitionne par exemple de rechercher de la musique du père de Bach, dont j’ai oublié le prénom. Je saisis Bach dans le champ de recherche chez Qobuz, et cela donne une liste de 79’800 artistes, dont plusieurs occurrences de J.S. Bach, mais aussi Bach Electronic, Bachman Turner Overdrive, Lausanne Bach Ensemble et même… Les Fleurs de Bach!

Et c’est là que je vois l’autre avantage de l’achat: je peux intégrer ce que j’achète dans ma bibliothèque musicale et donc le cataloguer à ma sauce.

On peut rêver?

Il me prend des fois de rêver à un système de base de donnée personnelle centralisée, que je pourrais alimenter avec mes références musicales, et reliée aux différentes sources. J’imagine:

Dans ma BDD, je sélectionne Bach, Concerto, Violon et:

  • J’accède à l’enregistrement d’Elisabeth Wallfisch que j’avais numérisé depuis ma CDthèque. Je le PLAY et le système me le lance dans iTunes ou Musique suivant que je suis sur Mac ou iPhone.
  • Ou alors je sélectionne l’enregistrement de Sigiswald Kuijken, repéré sur Qobuz, et le système lance la lecture dans le Qobuz player.

Autre exemple: Je sélectionne Efrén López et j’accède au CD que j’ai acheté lors d’un concert genevois, mais aussi à différents enregistrements de ses différents projets qui se trouvent répartis entre Qobuz, Deezer, iTunes et son propre site.

Alors bon: je ne parle pas d’un machin magique qui me trouverait miraculeusement tout ce qui existe partout et me le restitue sous la forme qui me plaît à moi, mais bien d’une base de données que j’alimente moi-même en métadonnées, avec des liens que je définis moi-même vers les différentes sources musicales et les programmes capables de les lire. Ce serait du boulot, certes, et j’imagine bien qu’un tel programme, s’il existait, ne rendrait pas son auteur riche (!) Mais si j’étais programmeur, il me semble que j’adorerais m’arracher les cheveux à tenter de concevoir un truc pareil, ne fut-ce que pour mon usage personnel.

Ou alors, tant qu’à rêver: une sorte de Wikimusipedia, site collaboratif, avec une convention de catalogage, des thésauri, des équivalences entre les orthographes des noms de compositeurs dans différentes langues, et des liens vers les différents sites de streaming et/ou de ventes, avec possibilité de se loguer et de taguer sa propre sélection et pouvoir en importer une version locale, offline mais synchronisée…

On peut rêver?

10 commentaires
1)
Modane
, le 10.05.2016 à 08:29
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Je ne suis pas un fan du catalogage, et j’admire le boulot!

Moi, j’ai juste un problème avec iTunes : je ne comprends plus comment ça marche. Avec le Cloud, j’ai maintenant l’impression d' »acheter du streaming ». Je ne sais jamais ce qui est sur mon disque, et, comme justement je ne catalogue pas, j’ai vraiment l’impression de voir disparaître des choses, entre les CD persos importés et les compos persos.

iTunes, je suis en train de m’en débarrasser; et je cherche activement le logiciel simple, bien foutu, et pas trop cher qui convient…

2)
ToTheEnd
, le 10.05.2016 à 08:31
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Pour info, nouvelle version de iTunes et Music en juin au design « simplifié ». Je doute que ça règle le boxon de ces apps mais y a de l’espoir comme on dit…

T

3)
skyroller01
, le 10.05.2016 à 11:12
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@ Dom:

« … je varie mon écoute et fais de ma consommation musicale une expérience de découverte plutôt qu’une stagnation dans des mondes connus. »

C’est exactement ce que je fais, un mélange d’acheté « dématérialisé », de CD rippés, et de flux audios/radios/streaming. Et j’adore ça ;-)

Autrement, iTunes a été un merveilleux programme, et les dernières versions sont « pénibles » à appréhender, si j’ose dire…

Pour ma part, j’ai retiré la gestion de la musique à iTunes, pour faire mon propre rangement; c’est indépendant de l’appli, et surtout non-lié à un quelconque nuage (pour ce qui est acheté en physique et/ou dématérialisé). Quand je veux écouter dans iTunes, je crée une nouvelle liste, et j’y glisse ma musique/liens dedans, en ayant retiré au préalable la gestion/copie automatique. C’est un bête « terminal » de lecture.

En voici une synthèse intéressante ici.

Au plaisir de vous relire.

4)
ysengrain
, le 10.05.2016 à 11:26
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J’ai catalogué ms x centaines de cassettes et bandes Revox.
Toujours de cette manière
Initiales du compositeur (sans ponctuation, car parfois la ponctuation fait bugguer iTunes)
le nom du compositeur en entier, oui je sais Cassanéa de Mondonvile ou Pignolet de Montéclair c’est long
Le titre de l’oeuvre avec les opus ou la classification (BWV, K, …) Le nom de l’interprère principal.
Dans les artistes, j’ai inscrit l’intégrité des musiciens.

**IMPORTANT** je fais toujours précéder tout ça d’une numérotation: les 54 parties d’une passion de Bach l’imposent si on ne veut pas être dans l’embrouillamini. Attention cette numérotation doit TOUJOURS commencer par un zéro, car iTunes fait suivre le numéro 1 par le numéro 10, puis 11 etc.
Ceci est mon expérience.

5)
François Cuneo
, le 10.05.2016 à 12:15
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Bon, le logiciel idéal, pour moi, c’est Audirvana.

Là, tu peux tout changer.

Mais pas dans la partie Streaming, bien sûr. C’est vrai que c’est embêtant de chercher un concerto pour violon qui peut être placé sous violin concerto et de ne pas trouver.

Il faudrait vraiment que Qobuz fasse des liens entre divers mots en diverses langues pour que l’on puisse être plus exhaustifs dans les recherches.

Et iTunes, juste pour dire, je ne sais même plus la tronche qu’il a.

Je déteste ce logiciel.

Heureusement, il semble qu’ils risquent de faire un iTunes à nouveau spécifiquement pour la musique…

6)
lvme
, le 10.05.2016 à 17:51
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Allez, j’y vais également, je me suis comme tout le monde habitué à iTunes.

En me contentant de la fonction musique (cela fait des lustres que je n’ai pas branché un iBidule sur le Mac) j’utilise ce logiciel comme il y a dix ans (bon, j’ai eu du mal à retrouver la barre de gauche quand ils l’ont caché ces bougres) et ça marche très bien. J’utilise un classement assez bête du style magasin physique (entrée par genre, puis artiste)(pour le classique un genre générique, un genre clavier, un genre cordes, un genre corde vocale, puis classement par compositeur)

iTunes Match marche bien, il m’a toutefois modifier d’autorité les genres et jai du me battre un peu avec lui pour retrouver mes petits.

Pour le reste, comme dans toute base de données, il suffit d’être rigoureux et organisé, pas la peine de pleurer si on utilise plusieurs variantes du même nom, on se. Prend à soit même

En revanche, je n’aime pas du tout la gestion des compilations et des 45t, ici également jai du me battre pour rassembler les poussins.

M’enfin, globalement le machin marche, mais j’attends comme tout le monde l simplification esthétique du truc

7)
Dom' Python
, le 10.05.2016 à 21:06
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Je réalise une chose: j’utilise iTunes pour stocker ma musique (en synchronisation avec mon iPhone). Je me tâte depuis un moment quant à l’utilisation de iTunes Match, mais je n’ai pas envie de voir Apple me bousiller mon catalogage en remettant partout ses propres métadonnées. D’où mon rève d’une base de données indépendante avec des liens que je gère moi-même.

skyroller01: ta proposition est intéressante. Limiter iTunes à un terminal, pas bête… En même temps, la synchro avec l’iPhone offre une certaine garantie de “copie de sauvegarde”. Mais je vais relire ton article plus en détail pour bien comprendre.

ysengrain: concernant le nom des compositeurs, par curiosité: comment gères-tu les de, les von et autre particule?
Par ailleurs, tu nous explique ce que “l’intégrité de musiciens” a à voir avec le catalogage? ;-)))

François: Je suis allé relire ton article du 30 janvier 2015 sur Audirvana Plus. Tous les arguments qualitatif ne me concernent pas étant donné le type d’instalation que j’ai. Par contre, tu y as écrit:

« Pour vous dire très franchement, je n’attends qu’une chose, c’est qu’Audirvana soit compatible nativement avec le streaming de Qobuz.

Un rêve? Pas vraiment, le développeur travaille dessus, et la chose a été préannoncée tant par Qobuz que par Damien Plisson.

Alors là ce sera vraiment génial! »

As-tu des nouvelles? mais surtout comment serait-il possible de gérer la question du catalogage? T’as une idée? Parce que je comprends bien l’intérêt concernant la qualité audio, mais je vous mal comment avoir un catalogage cohérent dans Audirvana s’il se “contente” de reprendre les métadonnées Qobuziennes.

Merci à tous!

8)
Costi
, le 10.05.2016 à 21:15
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Quelqu’un utilise-t-il Swinsian ? Ça a l’air plutôt bien ce truc comme remplacement de iTunes, pour la musique en tout cas.

9)
ysengrain
, le 11.05.2016 à 08:04
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@ Dominique:
Le nom des compositeurs est toujours écrit de la même manière: initiale(s) du/des prénoms sans aucune ponctuation. von, de etc sont écrits intégralement. Quand j’ai fait la saisie, j’ai d’abord afin d’aller un peu plus vite saisi v pour von etc… puis j’ai renommé en lots.
L’intégrale des noms des musiciens ne sert qu’à ma satisfaction personnelle. Par exemple, quand j’ai enregistré un concert, j’aime bien pouvoir me dire a posteriori en regardant le nom me remémorer les attitudes etc.
iTunes permet aussi de faire des listes intelligentes permettant par exemple les regroupements avec un musicien (chanteur inclus), ou des associations. Par exemple de différencier des enregistrements de concert des frères Kuijken, avec Leonhardt ou Robert Kohnen, sans Barthold (arrivé plus tard, étant le cadet) etc…
J’ai par exemple séparé les cantates de Bach interprétées par Harnoncourt de celles de Leonhardt. Pour ça, la source se trouve dans http://www.bach-cantatas.com où le livret de chaque enregistrement est disponible en PDF

10)
ToTheEnd
, le 17.05.2016 à 09:48
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Bon… Apple vient de sortir iTunes 12.4 avec une « nouvelle » interface… j’ai de la peine à voir la différence… ce n’est donc pas gagné!

T