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L’an de trop

Je viens de fêter, le mot n’est pas exact, mais je ne sais pas par lequel le remplacer, mes septante-sept ans (soixante-dix-sept pour les Français vieillissants), âge « considérable », me direz-vous et puisque ce vocable signifie « qu’il mérite qu’on s’y attarde », je vais m’y arrêter quelque peu.

Je me souviens que quand j’avais quinze ans j’attendais avec impatience d’en avoir vingt, aujourd’hui, je vous assure que je ne suis pas pressé d’arriver à quatre-vingts, et ceci non pas parce que j’en serai personnellement meurtri, atteint, mais à cause du regard que les autres posent sur les gens âgés.

Si à chaque anniversaire le temps ajoute un an à mon capital-vie, je m’aperçois que mis à part la surprise du chiffre aujourd’hui atteint, je ne ressens aucune raison de m’inquiéter. Je réalise pourtant que je suis apparemment le seul de cet avis quand j’affirme que je me porte parfaitement bien, car j’ai souvent l’impression d’être déjà considéré comme un vieux machin. Oui, pour beaucoup d’autres je suis, au mieux, un gentil petit vieux, pourtant encombrant et prétentieux quand je saisis l’occasion d’émettre un avis (ou que j’en viens à m’énerver si on m’explique que « soixante-dix-sept » en France signifie « septante-sept en Suisse »).

J’admets que les promenades que je faisais autrefois en trois heures, aujourd’hui m’en demandent trois et demie, quatre, pour faire plaisir à mes contradicteurs acharnés, que je soulève plus difficilement les bonbonnes de gaz quand je dois les changer, qu’il a quelques gestes qui me paraissent un peu plus difficiles à accomplir, que j’ai quelques difficultés avec l’informatique (cette question n’a d’ailleurs rien à voir avec l’âge, chez moi c’est congénital), mais bon, pas encore de quoi fouetter un chat ou me mettre au rebut.

Je n’en suis pas à imaginer qu’on me prend pour un déchet, mais je vois bien, quand je participe à une discussion, que mes propos sont reçus avec une certaine condescendance, parfois des sourires, ou des regards pleins de sous-entendus (c’est du moins ainsi que je les traduis).

À mon entrée dans un transport en commun par exemple, s’il arrive que quelqu’un me cède sa place j’accepte volontiers son invite alors que je n’aurais aucune difficulté à rester debout. Je tiens à faire plaisir à la personne qui a fait preuve d’égards envers moi, surtout quand c’est un adolescent, et je m’assieds en proférant un grand merci et en poussant un profond soupir, celui du type épuisé : je suis un tant soit peu comédien, il faut bien jouer son rôle et j’ai compris que dans notre société un vieux est forcément fatigué. C’est ma manière de rendre la politesse.

Il m’est arrivé, il y a bien des années, une aventure, la première qui m’ait alerté sur ce sujet. Je me déplaçais à vélo sur une route de campagne quand, à l’occasion d’un changement de vitesse, la chaîne de ma bicyclette est sortie de son dérailleur. Obligé de m’arrêter, j’ai mis pied à terre et je commençais à remettre le vélo en état de marche, quand un cycliste est arrivé en sens inverse. C’était un jeune homme d’une trentaine d’années, qui m’a dit très gentiment : « je peux t’aider pépé ? »

Son apostrophe m’a transpercé comme une épée, je n’avais pas encore cinquante-cinq ans et le mot pépé m’a frappé, je n’imaginais pas encore pouvoir être pris pour un vieux. Ce jour-là, j’ai reçu son épithète comme une insulte, c’était ma première rencontre avec le problème de l’âge.

Ma seconde alerte, je l’ai subie lors de mes soixante-cinq ans. J’exerçais depuis une quinzaine d’années la fonction de maître de théâtre dans une école et j’avais grand plaisir à travailler avec des élèves de treize à quinze ans que je mettais en scène pour le spectacle de fin d’année ; parallèlement, je donnais des cours de « pose de la voix » à des enseignants en formation à l’Institut de Formation de l’École Secondaire de Genève. Dans l’une et l’autre de ces activités, je m’éclatais, mon enthousiasme n’avait d’égal que mon plaisir. Mes cours, qui étaient facultatifs aussi bien pour les élèves que pour les apprentis enseignants, rencontraient un grand succès et j’avais énormément d’adeptes, ce qui constituait pour moi la reconnaissance d’un bon travail.

Or, le jour que j’ai atteint l’âge de soixante-cinq ans, avec la conscience d’être parfaitement vivant et utile pour ceux avec lesquels je me donnais, le glas a sonné : la règle étant la règle, je n’ai plus eu le droit de travailler et ceci malgré l’intervention du directeur de l’institut de formation qui désirait me garder. Sans vouloir me vanter, je sais qu’il a eu beaucoup de peine à me remplacer, être comédien est une chose, avoir le sens de la pédagogie, surtout avec des adultes, en est une autre et j’avais la chance d’en être pourvu.

Ma situation soudaine de retraité, avec une rente insuffisante pour me permettre de vivre décemment (je n’avais enseigné qu’une quinzaine d’années et pas toujours à temps plein), je me suis mis à mon compte à partir de ce que je savais faire, comme on dit dans les affaires.

J’ai préparé des spectacles autour des poètes que j’ai proposés dans tous les Cantons romands et en France avec succès, pour la plus grande satisfaction des élèves et de leurs enseignants.

Mais voilà, le temps passait, mes propositions recevaient de moins en moins de sollicitations et je manquais peu à peu d’occasions de poursuivre une activité à la fois agréable à pratiquer et utile et plaisante pour ses destinataires.

Je me suis posé la question de ce manque naissant d’engagements, me demandant si le cachet que je demandais était trop élevé. J’ai appris par des personnes concernées que j’étais au contraire bien moins cher que beaucoup d’autres spectacles engagés. J’ai alors compris la raison exacte du désert qui s’ouvrait devant moi : « septante-sept ans, monsieur. Soyez réaliste, vous êtes bien trop vieux pour intéresser nos élèves ».

De plus, j’ai soudain réalisé que c’est la dernière année qu’on m’autorise à prendre un Tintin en main, « La BD pour les jeunes de 7 à 77 ans ». Je comprends bien qu’il s’agit d’un simple slogan publicitaire qui m’a fait rire jusqu’à aujourd’hui, mais je le trouve désormais moins drôle et je dirai même détestable, parce qu’il est significatif du mépris qu’il inspire pour les personnes ayant atteint cet âge et j’en suis désormais.

Me priver par-dessus le marché de Tintin, un comble !

Je dois avouer que, projeté dans l’idée inconsciente que je m’étais fabriqué comme nous tous de la vieillesse, je n’avais jamais imaginé que l’équation : « vieux = inutile = à remplacer », finisse par me concerner un jour. Vous me direz que c’est bien le cas d’un ordinateur, d’une voiture, d’un appareil de photo et de beaucoup d’autres objets, alors pourquoi cette formule ne serait-elle pas valable pour moi ? Poser la question c’est s’exposer à recevoir la réponse inéluctable : « mon bon monsieur, vieux, c’est vieux, c’est tout ».

Pourtant, quand je pars en promenade, quand je fais des courses, quand je conduis une voiture, quand je prépare mes spectacles, que j’apprends mes textes ou que je les joue, je réalise que j’ai encore mes compétences physiques, intellectuelles et mes réflexes. Apparemment uniquement bon pour l’EMS, j’ai la prétention de me sentir encore vaillant, solide, et quand je me trouve devant un miroir je n’ai pas l’impression de tomber en décrépitude.

Je sais que les personnes qui ont du vécu derrière elles doivent apprendre à se retirer peu à peu pour laisser la place active aux plus jeunes, mais ce qui me gêne c’est de constater qu’il ne leur reste alors pas d’autre endroit où aller qu’un mouroir, bien qu’elles pourraient, avoir des compétences en quantité et en qualité, justement grâce à leur vécu.

Je constate moi aussi tous les jours combien il y a de personnes âgées malades, déliquescentes, voire handicapées, mais l’un n’implique pas forcément l’autre, pas plus que jeune, intelligent et sain d’esprit et de corps, ne vont pas toujours ensemble.

J’ai connu en Provence un vieux berger qui à quatre-vingts ans n’avait jamais été à l’école et qui ne savait ni lire ni écrire. Il jouait tous les jours avec nous à la pétanque et il pointait et tirait mieux que nous tous. Un jour, je lui a dit : Marius, tu m’apprends à tirer ? Il m’a répondu : « tu veux apprendre à tirer ? Et bien, tire ». Sa réponse m’a marqué.

Un vieux est quelqu’un qui a de la sagesse instinctive et ça, c’est autrement aussi utile que la force et la vivacité de la jeunesse. Cessons d’alimenter l’antagonisme entre jeunes et vieux, nous avons besoin les uns des autres, nos potentiels sont complémentaires.

Dernièrement, j’ai lu un magnifique livre de Sylviane Roche qui porte pour titre « Le Temps des cerises », paru aux éditions « camPoche » (je vous le conseille vivement). Il parle de la trajectoire d’un homme qui a milité toute sa vie pour l’avènement de jours meilleurs et qui, à ses septante-six ans, relate combien il pourrait être déçu de constater que ce à quoi il avait cru (il avait milité au Parti Communiste Français), s’est cassé la figure et par conséquent combien il pourrait être déçu et pessimiste pour l’avenir de l’humanité.

Il ajoute pourtant pour terminer : « si la voie que nous avons prise n’était pas la bonne, je sais qu’il y en a une et que d’autres la trouveront.

Je sais qu’il y aura toujours des hommes pour la chercher et pour y croire, et ils finiront par engager l’humanité. Il ne faut jamais désespérer ».

Je crois qu’il n’y a qu’un être parfaitement sain d’esprit, homme ou femme qui a du vécu, pour exprimer des mots aussi forts, aussi vrais et que ce ne sera qu’à travers l’union entre les jeunes et les vieux que nous parviendrons à trouver ensemble cette voie, car nous avons besoin les uns des autres et nous en avons bien besoin et les uns et les autres.

30 commentaires
2)
Madame Poppins
, le 28.08.2015 à 06:03
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Roger,

Ton texte me touche tout particulièrement, d’une part parce que ma mère est née en 38 et qu’elle est tout sauf vieille, d’autre part parce que je viens de passer un jour et demi à l’hôpital dans la même chambre qu’une femme de 83, bientôt 84 ans.

J’ai DETESTE l’attitude du corps soignant à son égard « que voulez-vous, vous êtes une petite grand-mère maintenant ! » lui disaient certains, ce qui avait le don de la fâcher : je me suis permis de lui dire qu’elle avait tellement raison de ne pas accepter de tels vocables parce que pour être petite, il faut faire 1m50, pas comme elle 1m70 !

J’ai également ADORE sa soif de vivre, son espièglerie et son souhait de rester coquette malgré ses soucis importants de santé : alors que je suis restée en training toute la journée, elle s’est habillée le matin d’une belle robe, après s’être soigneusement coiffée « vous comprenez, c’est moche, ces uniformes d’hôpital » !

Ce que ton billet n’évoque pas, c’est le refus de la « société » (même si je ne sais pas très bien qui est la société) d’envisager que les personnes dites « âgées » (je ne sais pas là non plus à quel âge ça commence) puissent avoir des relations sexuelles ou souhaiter, comme n’importe quelle personne de 30 ans, d’en avoir.

Alors qu’elle attendait son tour pour aller à la douche (local commun), je lui ai proposé qu’on se mette sur les sièges juste devant la porte : ça lui permettait de ne pas manquer le moment où les douches étaient (enfin) libres et de ne pas manquer son tour avant que les douches ne deviennent « for men » !

Elle m’a souri et m’a dit que c’était une excellente idée : on pourrait ainsi voir les hommes arriver. J’ai souri et au même moment, elle m’a dit « mais j’espère que je ne vous choque pas en parlant de la libido débridée d’une grand-mère ! »

Là, j’ai éclaté de rire et ai répondu que rien ne me réjouissait plus que de parler de sa libido. Je tairai les confidences alors échangées mais elle m’a fait beaucoup rire, surtout quand, après la visite du néphrologue à mon chevet, elle a « explosé » et m’a dit « vous n’avez pas remarqué comme vous lui avez tapé dans l’oeil, à cet homme ? Il faisait le coq devant vous, c’était fascinant, son langage corporel ! Remarquez, il est bel homme et certainement pas bête… »

Mais tout cela pour dire que merde, une femme n’est pas une « petite grand-mère », un homme n’est pas un « p’tit vieux »; ces femmes et ces hommes ne sont pas asexués et il est scandaleux de leur cacher des informations médicales à leur propre sujet (surtout quand ils ont, comme Lilly, une entière capacité de discernement).

Bien sûr, quand Lilly et moi faisions ensemble des longueurs de couloir, elle marchait avec un déambulateur mais son esprit était au moins aussi vif que le mien et pourtant, elle a (presque) le double de mon âge !

Donc, Roger, ne te laisse plus jamais qualifier de « pépé », tu es beaucoup de choses – un homme de coeur, un être d’expérience, un citoyen engagé – mais pas un « pépé » !

Je t’embrasse et te souhaite une très belle journée.

Quant à moi, je vais retourner voir Lilly ce matin, toujours hospitalisée elle, parce que sa compagnie est bien plus rafraîchissante que celle de (certaines) personnes qui ont 20 ans de moins que moi.

A bientôt,

3)
Dom' Python
, le 28.08.2015 à 08:51
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Pépé! À 54 ans! J’en ai 59 et j’imagine très bien l’effet que ça peut faire!

Je m’amuse à chercher une réplique possible (c’est plus facile à distance) et me vient celle-ci, dite avec grande onctuosité:

« Mais très volontiers, mon petit! Et lorsque tu m’auras appris à réparer mon vélo, pour te remercier je t’apprendrai à parler aux grandes personnes! »

Mais je sais très bien qu’à ta place, j’aurais au mieux pu lui lancer, dans un rire forcé, un « Tu sais ce qu’il te dit, le pépé? ».

Il y a fort à parier que, de sa part, ça n’était qu’un clin d’œil très innocent, et qu’il aurait tout à fait accepté que tu lui répondes en l’appelant gamin. (Mais bon, 54 ans, quand même!) Ce d’autant plus que tu dis que ça n’était pas un ado, mais un adulte.

Une fois de plus, on voit que les mots résonnent différemment selon qu’on les prononce ou les reçoit. Sans compter les différentes résonance que nous leur donnons, en fonction de l’histoire et de la nature de nos résonateurs propres.

Je suis à six ans de la retraite et je commence à y penser. Principalement sur le plan de l’activité, de la structure que je vais devoir donner à mon temps si je ne veux pas le passer à me liquéfier devant la télé ou l’internet. Car j’ai la liquéfaction pantouflarde facile!

Ton billet me touche beaucoup, Roger. Ce texte m’interpelle et me fait me dire que je ferais également bien de me préparer à cette étiquette de retraité qui me vaudra alors certainement plein de « pépé » dans les regards si ce n’est dans les mots.

Vénérable* jeune homme, je te remercie pour ta plume, que personnellement je regrette de ne pas rencontrer plus souvent ici.

* J’espère que ce qualificatif ne te heurte pas. Il est à mon sens éminemment positif et ne veut pas exprimer l’âge biologique, mais plutôt une certaine sagesse. Il manifeste une forme d’estime, sans flatterie.

4)
Macramé
, le 28.08.2015 à 08:59
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J’ai 64 ans, je ne me sens pas « vieux » et je n’ai encore jamais eu l’impression que l’on me considérait comme un « vieux », surtout comme un « vieux » à ménager ou qui radote … Et c’est tant mieux !
Peut-être un jour …
Ton texte me donne quand même à réfléchir … Merci à toi.

5)
ysengrain
, le 28.08.2015 à 09:31
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C’est ça le jeunisme ambiant qui fait que le monde n’est qu’agitation hystérique – cf les chaines d’info qui nous abreuvent des mêmes événements en boucle, en les « breakingnewsant » ?
Cette frénésie de consommation ?
Cette envie de faire de nous des spectateurs d’une vie qui n’est pas la nôtre.

Alors, oui, Roger rapporte bien la situation.
J’en ajoute une couche.
À l’heure où en France, les hôpitaux prennent soin plus des protocoles que des patients, une très mauvaise anecdote.
Un de mes amis, âgé de 89 ans, en pleine forme physique et intellectuelle, ancine prof à Dauphine, musicologue plus que respecté, fait récemment un léger malaise dans un restaurant. Température extérieure 38.
Il est hospitalisé pour bilan: rien à dire, normal.
Le lendemain vers 14 h, heure de début des visites, son épouse le retrouve en pyjama avec une couche !!!
Réponse de l’infirmière; c’est notre protocole.

Où est passée le respect des anciens ? On met ceux de 55 ans en retraite, les plus âgés en EPHAD.

Société de fous.

6)
guru
, le 28.08.2015 à 09:36
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Roger, tu écris très bien ce que je vis et que j’ai vécu ces dernières années. Mes 73 ans m’étonnent tous les jours car je ne les sens pas. Bien sûr, je vais devoir aller au garage pour la révision de mes yeux, je roule moins vite en moto (voir lundi prochain), mais pour le reste, je n’ai jamais été aussi occupé.

Durons, mon cher, durons et surtout profitons car nous sommes des privilégiés !

7)
ToTheEnd
, le 28.08.2015 à 09:43
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C’est vrai qu’on a des idées préconçues sur les vieux… tout comme on en a sur les jeunes ados ou les gamins. Or, pas tous les ados ou gamins font preuves d’immaturité, de bêtise ou encore de crétinerie.

C’est la même chose pour les vieux et très clairement, si dans certains métiers ils peuvent coûter plus chers ou dans certaines professions ils peuvent être diminués (je pense à la construction), ils sont aussi porteur d’une expérience qui n’a pas de prix. Combien de fois je me suis retrouvé dans des séances où les vieux avaient des remarques très pertinentes grâce à leur expérience? Bon, en toute honnêteté, il y a aussi eu des séances plus pénibles mais globalement, c’était plutôt positif.

A partir du moment qu’un vieux garde une ouverture d’esprit et souhaite encore apporter sa contribution à la communauté, je ne vois pas pourquoi la société se priverait d’une telle montagne d’expérience. D’ailleurs, pourquoi est-ce que toutes les annonces de recrutement parlent « d’expérience obligatoire »? Probablement parce que c’est un aspect essentiel dans le cadre d’un travail.

T

8)
ToTheEnd
, le 28.08.2015 à 09:46
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C’est ça le jeunisme ambiant qui fait que le monde n’est qu’agitation hystérique – cf les chaines d’info qui nous abreuvent des mêmes événements en boucle, en les « breakingnewsant » ?

Et voilà, un stéréotype bien pertinent… je connais des jeunes qui n’ont pas Facebook et ne regardent pas les infos.

T

9)
ysengrain
, le 28.08.2015 à 10:03
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Et voilà, un stéréotype bien pertinent… je connais des jeunes qui n’ont pas Facebook et ne regardent pas les infos.

Ce n’est pas stéréotypique !! Je n’ai pas évoqué les jeunes, mais le jeunisme !!
Tu ne peux nier, que majoritairement, « notre » monde est celui que je cite.
Cf le billet de Roger

10)
ToTheEnd
, le 28.08.2015 à 10:07
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Jeunisme? Définition par wiki:

Le jeunisme est un néologisme généralement péjoratif qui décrit la volonté supposée de donner une place plus importante aux jeunes, ou aux notions liées à ces derniers.

Le terme est utilisé dans des cadres professionnels pour décrire les discriminations par l’âge, mais également dans de nombreux corps de métier pour dénoncer le remplacement d’employés par de jeunes diplômés. On parle également de jeunisme pour désigner l’engouement pour les techniques de chirurgie esthétique, de soins du corps et de culte de la jeunesse en général.

12)
cvanquick
, le 28.08.2015 à 10:24
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Je ne sais pas pourquoi mais en lisant le 1er paragraphe j’ai su que Tintin allait faire son apparition.

Merci pour ce texte et merci pour ce « septante-sept » tellement chantant à mes belges pavillons.

14)
Migui
, le 28.08.2015 à 12:51
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Merci, Roger, pour ce texte si rafraîchissant!

Agé de 47 ans, c’est toujours avec un pincement au coeur que je vois partir à la retraite certains collègues: ils peuvent encore apporter, cette combinaison de savoir, d’expérience, de sagesse et d’intuition qui font si souvent défaut dans notre société!

15)
Hervé
, le 28.08.2015 à 12:57
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Salut contemporain !

Contrairement à toi, ayant une carrière commencée à 17 ans, j’ai pu prendre une retraite confortable il y a plus de 18 ans. Et si je souscris à tous tes ressentis, je m’en moque éperdument. Les cinq dernières années m’ont vu sillonner la Jordanie, la Syrie (une semaine avant le déclenchement du cataclysme), le Vietnam, le Cambodge, l’Argentine, la Tanzanie, l’Ile de Pâques, les Galapagos, la forêt amazonienne et New York, le tout en indépendants, car je confirme que mon épouse (deux ans de plus que moi !) me suit et me précède souvent partout.Sans oublier la Grèce qu’on parcourt en long et en large.

Et tout cela en combinant un triple pontage coronarien, une fracture du cotyle gauche, puis celle du bassin et enfin la résection d’un anévrisme aortique détecté par hasard. Certes on m’offre souvent une place dans le bus que, comme ma femme, je refuse gentiment lorsqu’elle vient d’une personne qui manifestement à passer les huit dernières heures au travail et en a bien plus besoin que nous.

Alors, âgé, oui, vieux, non ! Et vive la retraite…

17)
Philob
, le 28.08.2015 à 13:38
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J’ai longtemps hésité, mais nous sommes entre « amis », alors je me lance.
Je n’ai pas fait d’études (tout de suite), je suis passé par la case apprentissage, donc dès l’âge de 16 ans j’ai travaillé dans la vie réelle, 4 semaines de vacances par année, en saison des semaines de 55 heures, je n’ai jamais connu des semaines plus courtes que 43 heures, des métiers beaux, mais très pénibles (jardinier, pépiniériste, ensuite bifurcation dans le social, donc des horaires permettants une prise en charge 24/24 et 7/7 avec des « patients » qui parfois pèsent 100kg), alors j’ai le dos en compote et à 58 ans je fatigue un peu.
Et vous savez-quoi? Rien ne me ferait plus plaisir que de prendre ma retraite demain, et qu’on me traite de vieux ou de retraité, j’en ai absolument rien à faire, car je n’ai jamais laissé les autres me qualifier; oui, j’ai une certaine estime de moi et ça me suffit.
Bien que les différents postes de travail (et certains avec des responsabilités) que j’ai fait m’ont apporté beaucoup de satisfaction, je n’ai jamais eut l’impression que c’était seulement le temps que j’ai passé à travailler qui me définissait et qui m’amenait une « notoriété », j’ai fait de très belles choses, dont je peux être fier, et toutes en dehors de ma vie professionnelle,.
Je n’imagine pas que la retraite puisse m’empêcher de continuer à avoir un rôle, quelque soit mon âge. Il est vrai que je suis plutôt modeste et que je n’ai pas et pas eu d’ambitions particulières.
Je suis fatigué de travailler et vive la retraite, je me réjouis de me faire traiter de pépé ( je suis d’ailleurs grand-père), et ça fait longtemps que dans les transports publiques je ne me lève plus pour laisser ma place à un « vieux »

19)
Tilékol
, le 28.08.2015 à 15:02
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Excellent article, bravo !

En ce qui me concerne, je me souviens parfaitement des questions que je me posais lorsque j’étais plus jeune : « Est-ce que je vais m’habiller comme un vieux quand je serai vieux ? Est-ce que je vais écouter de la musique de vieux quand je serai vieux ? Est-ce qu’en vieillissant on change à l’intérieur de notre tête ? »

A 55 ans, j’écoute toujours AC/DC à des niveaux sonores peu raisonnables, plus toutes les autres musiques, de Mozart à Eminem, je porte toujours des jeans (je n’ai jamais rien su porter d’autre), et j’adore toujours autant les blagues stupides ainsi que les jeux de mots laids pour gens bêtes.

C’est plutôt rassurant, ou désespérant quand on observe des vieux croulants de 30 ans. Mais c’est quand même étonnant. La vie est un beau voyage, le corps est le véhicule, il accuse parfois son kilométrage, mais à l’intérieur de la boîte crânienne, nous restons les mêmes, exactement les mêmes, à la différence près que nous accumulons les expériences.

Jusqu’au jour où…

20)
Roger Cuneo
, le 28.08.2015 à 15:12
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Bonjour, j’ai lutté tout le matin contre mon Mac pour parvenir à répondre à vos commentaires et ce n’est que par l’intervention,  » magique » de Noé, que j’en ai enfin la possibilité.
Pour aller dans le sens à Madame Poppins et ysengrain, il est évident que dans les hôpitaux, les EMS et autres instituts pour personnes âgées, les comportements des soignants sont souvent inadmissibles.
Je me souviens d’Anne, ma soeur, âgée de quatre ans de plus que moi, qui, un mois avant de sombrer dans l’état de coma où la maladie l’a plongée, avait refait en entier la traduction en anglais du « Le Trajet d’une rivière », parce que la traductrice désignée avait utilisé le passé simple au lieu du passé composé auquel elle tenait absolument. Et elle a traduit encore un autre de ses livres en italien. Et bien, chaque fois qu’une infirmière l’approchait, c’était pour lui parler avec ce ton qu’on utilise essentiellement avec les vieux et les tout petits enfants. Ça la rendait folle de rage, ce n’était pas pour l’aider à se remettre.
Quant à Hervé, je pourrais dire « salut, vieux frère », tu es l’exemple même de ce que je dis quand j’affirme que vieux ne signifie pas débile.
Je dirai encore à Philob que «vieux» et «retraité» n’ont rien de forcément commun, si ce n’est l’âge : ils sont même antinomiques, demande à Hervé.
Quant à François que lui dire de plus que « salut petit gars ».

22)
François Cuneo
, le 28.08.2015 à 16:06
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Bon… Je te rassure, les problèmes avec le Mac, c’est pas l’âge, je trouve même que ça va de mieux en mieux… si l’on peut dire…:-)

23)
Madame Poppins
, le 28.08.2015 à 16:28
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Dom, la dernière photo est en effet superbe, merci ! Et j’adore toujours autant l’humour du Chat : à « mes » étudiants, je donne toujours celle-ci

Bon week-end, il s’annonce radieux !

24)
Roger Cuneo
, le 28.08.2015 à 16:52
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Dom’Python
Tes clins d’oeil valent bien le coup d’oeil, et cette dernière est magnifique, c’est vrai.

25)
Sirrensis
, le 28.08.2015 à 18:30
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@Roger
Un grand merci pour ce texte revitallisant; il y en a même qui dépasse allègrement les 100 ans. Quand on se dit que nous passons dans notre vie plus de temps à ne pas être au travail qu’à l’être!
@Madame Poppins
Un régal et merci de continuer à poursuivre la levée de ces tabous. Il est vrai que gamin, je me disais que cela s’arrêtait tôt. Plus tard je me suis dit « ça doit sûrement bien aller jusque vers la cinquantaine, quand ils commencent à vieillir. » Et puis, l’observation, les lectures, les discussions, ma vie m’ont montré la beauté de la vieillesse, l’importance de la poursuite de la sexualité. Oui cela m’offusque que ces personnes soient en situation d’être privées de leur droit légitime. Allez savoir les « bonnes » raisons utilisées pour les en empêcher!

26)
Zallag
, le 28.08.2015 à 21:47
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Cher Roger, ainsi donc toi et moi, à quelques années près, sommes de la même génération, mais je ne me suis que rarement senti « vieux » au sens où tu le décris.

Par contre, je ressens l’écoulement des années au travers de certains livres que j’ai lus et dont je parle, de chanteurs dont je connais des chansons de leurs débuts, d’acteurs de cinéma. Au travers de phrases comme « Ah ! mais, la chanson de Brel, tu sais, celle qui s’appelle Le Diable, tu l’avais vraiment entendue quand elle est sortie ? Mais elle est de… elle est de 1953 ? T’avais quoi pour écouter le CD ? C’était pas un CD ? ». Ah bon ? Sur un pick-up ? J’en n’ai jamais vu ».

La manière dont on est considéré par des plus jeunes ? Intéressant aussi d’en parler. Parce que ça dépend du jeune.
Il m’est arrivé de me prendre une leçon dont je me souviens avec honte, vraiment.

Il y a quelques mois, j’étais dans un bus, debout. Une jeune Africaine me proposa aimablement de me céder sa place, et voilà que je lui dis quelque chose comme « je ne suis pas si vieux que ça, ça va comme ça, merci ». Et la voilà qui rougit, bredouille, comme décomposée, et moi plus encore, en réalisant subitement que je venais de lui refuser une manifestation de respect envers moi. De me nier en tant que personne âgée, de refuser, en quelque sorte, sa politesse et sa bienveillance envers moi.
On a discuté ensuite une dizaine de minutes. J’avais vu juste, elle l’a formulé très indirectement, en me parlant de sa famille « élargie » en Afrique. On s’est quittés sur un « Bonne journée ». Je n’oublierai pas cette leçon.

27)
Roger Cuneo
, le 29.08.2015 à 09:21
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Que répondre à ton commentaire ? Moi non plus je ne me sens pas vieux, bien au contraire, mais je constate que parce que j’ai atteint un certain nombre d’années il ne me reste que peu de place dans notre société. Et ce que je ressens c’est à travers de nos idées communes et de nos pratiques quotidiennes. Dans d’autres pays, dans d’autres époques, on considérait le vieux comme le sage et on le considérait pleinement pour tel. Ici, aujourd’hui, va voir dans les EMS, les hôpitaux gériatriques ou partout où l’on réunit nos vieux à quels traitements ils ont encore droit…
Moi, quand on m’offre une place, même si je ne suis pas « fatigué », je la prends volontiers et je dis merci parce qu’à une politesse je réponds par une politesse et je suppose même que dans un certain nombre d’années je serai même heureux qu’on me l’offre encore. Je comprends donc la surprise de cette Africaine, d’autant plus que dans ses régions natales on porte une réelle considération aux personnes âgées.
Si je ne revendique rien, je constate le décalage qu’il y a entre les possibilités réelles qui me restent de prendre une part active dans notre société et la place que je peux prendre pour la réaliser.

28)
Jean-Yves
, le 29.08.2015 à 16:00
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Post d’un séxa éhonté pour rappeler l’évolution d’expressions définissant depuis le siècle dernier cette situation, temporelle mais non temporaire, et affirmer le plaisir indéfinissable que j’éprouve à en bénéficier !
Jusqu’aux années 70 :
– Les vieux (À la retraite, souvent à plus de 65 ans).
Depuis les années 80 :
Le troisième âge (Dès la retraite. 60 ans pour les plus précoces).
– Le quatrième âge (Au-delà de 75 ans).
Pour la presse, respectueuse de son lectorat, nous restons des…
Séniors.
Définition du Robert :
1. Sportif de la catégorie adulte (plus âgé que les juniors, plus jeune que les vétérans).
2. Personne de plus de 50 ans.
3. Professionnel expérimenté.

Les images proposées par Dom en sont un bon résumé ;-)

29)
Roger Cuneo
, le 30.08.2015 à 07:35
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Je sais qu’il est possible de garder un contact social en prenant part à une activité de bénévole et je le fais souvent dans mon domaine qui est celui de la chanson, de la poésie et du théâtre. Comme disait Prévert : Embauché malgré moi dans l’usine à idées j’ai refuse de pointer, mobilisé de même dans l’armée de idées, j’ai déserté, il n’y a jamais « grand chose, ni petite chose, il y a autre chose. Autre chose c’est ce que j’aime, qui me plaît et que je fais ».

30)
M.G.
, le 30.08.2015 à 20:12
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Il y a quelques mois, j’étais dans un bus, debout. Une jeune Africaine me proposa aimablement de me céder sa place, et voilà que je lui dis quelque chose comme « je ne suis pas si vieux que ça, ça va comme ça, merci ».

La même mésaventure m’est arrivée à l’aéroport de Dakar-Yoff le 8 juillet dernier en montant dans le bus qui assure la navette vers l’avion pour Paris.

J’ai compris immédiatement que je venais de commettre une bourde monumentale, d’autant que la majorité des passagers étaient des Sénégalais, en effet très respectueux des anciens.

Par la suite, et jusqu’au tapis à bagages à Roissy j’ai tout fait pour me rendre agréable à cette petite que j’avais blessée.

C’est vrai que je suis passé depuis un moment du statut de Tonton à celui de Papa auprès des jeunes que je rencontre dans Dakar.

Les soixante-dix ans que j’aurai le 6 janvier prochain ne vont rien arranger à l’affaire…